Le Mot de l'évêque

Qu'est-ce qu'une paix juste ?


Listen Later

Pour pouvoir répondre à la question « qu’est-ce qu’une paix juste ? », il faut peut-être d’abord se demander s’il y a des guerres justes. Dans la pensée chrétienne, de saint Augustin à saint Thomas d’Aquin et au-delà, il existe des guerres justes : ce sont celles où, ayant tenté jusqu’au bout de sauvegarder la paix, on se résout à faire la guerre « pour le bien commun, et même pour le bien de ceux que l’on combat »1 (Saint Thomas d’Aquin). C’est ainsi que ceux qui combattaient contre l’Allemagne nazie pendant la deuxième guerre mondiale se battaient pour le bien commun, et même pour le bien du peuple allemand qu’il fallait libérer d’un régime oppressif et barbare : car « celui que l’on prive du pouvoir de mal faire subit une défaite profitable ». L’impunité du méchant n’est un bien pour personne : c’est seulement une injustice ajoutée à toutes les autres.
On peut donc dire, poursuit saint Thomas, que « ceux qui font des guerres justes recherchent la paix ». Et en ce sens, on peut tenir le paradoxe de combattre dans un esprit pacifique, afin de conduire tous les belligérants jusqu’au « bienfait de la paix ».
Toujours selon saint Thomas, pour qu’une guerre soit juste il faudra trois conditions : d’abord, que celui qui en décide dispose d’une autorité légitime ; ensuite, que la cause de la guerre soit elle-même juste (par exemple la restitution de ce qui a été enlevé par violence) ; enfin, que l’intention de ceux qui font la guerre soit droite. « On doit se proposer de promouvoir le bien et d’éviter le mal. » C’est ainsi que, malgré toute la phraséologie déployée à l’époque, la guerre des États-Unis et du Royaume-Uni contre l’Irak en 2003 ne peut aucunement être qualifiée de guerre juste, malgré le caractère dictatorial et injuste du régime de Saddam Hussein.
Le fait qu’il puisse exister des guerres justes souligne suffisamment que la paix n’est pas la valeur suprême : il faut que cette paix soit elle-même juste, faute de quoi il sera plus légitime de prendre les armes que de vivre dans l’injustice. Il en est ainsi lorsque la guerre est défensive : les Ukrainiens attaqués par les Russes n’avaient d’autre choix que de riposter pour ne pas vivre sous le joug de l’occupant. Mais comment faire pour que le devoir de défendre son pays contre l’agresseur débouche sur une paix juste ? En l’occurrence, l’écrasement final de l’adversaire, comme celui de l’Allemagne en 1945, paraît hautement improbable. On voit tout aussi mal Vladimir Poutine soudain renversé par une révolte populaire ou par une intrigue de palais. Quant à une paix de compromis, elle risque fort d’être une paix injuste portant en germe de nouveaux conflits.
Il est pourtant urgent de réfléchir à la paix, car la logique des guerres, outre les souffrances qu’elles provoquent, est de s’étendre toujours plus loin. Mais quel espoir de paix nous reste-t-il aujourd’hui ? Je vous propose de continuer à y réfléchir dans la chronique de la semaine prochaine.

Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

...more
View all episodesView all episodes
Download on the App Store

Le Mot de l'évêqueBy Mgr Francis Bestion