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"Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage", dit le dicton.
Mais la vérité est parfois plus cruelle. Qui veut noyer son chien pense qu'il a la rage, devrait-on plutôt dire. Car le plus souvent, c'est nous qui projetons nos sentiments négatifs sur les autres. Et ce que nous leur reprochons, c'est le plus souvent ce que nous portons en nous.
Encore un de ces retournements sur lesquels est bâti le monde !
De cette projection, sort une construction en abyme : je me projette sur l'autre, qui se projette sur moi, dans un jeu de miroir incessant, et qui s'emballe et qui n'en finit pas. "- C'est toi !", dit l'un ; "- Non !, répond l'autre, c'est toi !", et le temps passe ainsi, de renvoi en renvoi.
On ne peut s'échapper de ce naufrage qu'en sortant de la boucle, du maelstrom qui tout engloutit. En décrochant, en s'éloignant, en parlant autrement, en agissant, en se réfrénant et en s'obligeant à ne pas aller jusqu'au bout, à ne pas épuiser ce qui nous apparaît comme notre bon droit. Une sorte de clémence.
Un geste d'amour.