Le Mot de l'évêque

Réflexions sur un impossible débat


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Je suis sûr que beaucoup de nos concitoyens, souhaiteraient un vrai débat sur la question de l’avortement. Mais ce débat s’avère impossible à cause de l’hystérisation qui règne autour de ce sujet. La pression exercée sur les sénateurs pour qu’ils capitulent sur l’inscription du droit à l’avortement dans la constitution en est aujourd’hui un signe inquiétant.
Un premier moyen de dépassionner est de rappeler les données historiques. Contrairement à ce qu’on laisse croire, la loi Veil de 1975 n’instaurait pas un nouveau droit : elle décidait une dépénalisation. « Dépénaliser » signifie renoncer à sanctionner un délit. Cela veut dire que la loi Veil, à bien des égards si critiquable, ne remettait pas en question le fait que l’avortement n’est pas un acte qui n’engage que le droit individuel dont chacun dispose sur son propre corps, mais reste un acte irréversible sur le corps et sur la vie d’autrui.
À la base de la demande que l’avortement soit considéré comme un droit, il y a l’affirmation résumée dans un slogan fameux : « mon corps m’appartient ». C’est précisément ce slogan qui devrait pouvoir faire l’objet d’un débat serein et responsable. En effet dans la question de l’avortement il ne s’agit pas de « mon corps », mais du corps d’un autre, et c’est là toute la différence. Autant le suicide ou la réassignation sexuelle, quoi qu’on en pense par ailleurs, peuvent être revendiqués par leurs partisans comme des droits individuels, autant ce genre d’argument est impossible pour l’avortement. Sauf à ne plus savoir de quoi on parle et à considérer l’enfant à naître comme un « amas de cellules », au mépris des données de la science la plus récente.
Ce ne sont donc pas ceux qui demandent un débat de fond qui sont les témoins d’une pensée archaïque (à part ceux qui en font une arme politique au service d’autres desseins plus scabreux). Ceux qui relèvent d’un mode de pensée archaïque sont ceux qui s’arc-boutent sur des mots d’ordre faisant fi des données de la science contemporaine. Au Moyen Âge, saint Thomas d’Aquin pouvait encore considérer que le fœtus n’était un être humain qu’à partir d’un certain stade de la grossesse parce que la science de son temps était encore dans l’enfance. Aujourd’hui il n’est plus possible de dire cela : un ovule fécondé contient en germe tout ce qui constituera la personne à venir, et on lui doit donc le même respect qu’à toute personne.
Ce que je viens de dire n’enlève rien au drame que vivent des femmes souvent très jeunes et laissées seules par leur compagnon devant une grossesse non désirée. Et on peut m’objecter qu’il est facile à un homme de parler en leur nom. Mais tout être humain, homme ou femme, a le droit de savoir et le devoir de dire ce qu’est un acte de mort. L’enjeu n’est rien de moins que notre commune humanité.

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Le Mot de l'évêqueBy Mgr Francis Bestion