Le Jardin des Délices

S02E06 - Art is resistance


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Art is resistance

À bout de souffle. À bout de course. Stupeur et tremblements.
Comment trouver l'inspiration lorsque l'inhumanité nous noie ?
Comment continuer de croire en la puissance transcendantale et émancipatrice de l'art face à l'horreur qui inonde le monde ?

La solution est-elle de se replier sur soi-même, en mode reclus.e, plus d'accès au monde et n'avoir que son nombril avec lequel discuter ? Se focaliser uniquement sur sa quête intérieure et quelques proches ?

Est-ce que l'âme peut se nourrir de cette façon ? Et l'art, lui, est-il nourri ? Peut-il encore s'épanouir, se déployer sans nourriture sociale, sociétale, humaine ?

Brisures de mon cœur, dites-moi comment me réparer et retrouver l'équilibre entre stupéfaction, revendications et création ?

Actions ou paralysie.

Se dissoudre dans les divertissements de masse pour oublier. Téter la culture éphémère peu nourricière au sein d'un ersatz de mère culturelle. La louve crie famine et de ses mamelles flétries ne suinte qu'un liquide appauvri d'images et de sons superficiels.

Tout se ressemble et mon cerveau ralentit, abruti par la somme incommensurable de copier-coller récréatif. Décréatif. L'esprit se disloque et fond.
Mes œillères sont épaisses, opaques. Elles m'isolent de la cruauté, du sadisme. Bulle de paix inhumaine, instant suspendu prolongé, hors du temps. Étouffer ce cri qui hurle en moi. Celui de l'impuissance, de l'inaction, de la collaboration passive de cellui qui voit mais n'agit pas. Par crainte, par douleur, par incapacité physique et mentale, par épuisement, par choix.
Par sentiment d'inutilité.

Désabusé.e.s.
Soumis.e.s.

Impuissance.
S'avouer vaincu.e.s avant chaque tentative de mouvement créatif.
Tristesse infinie.

L'art peut-il seulement encore entrer en résistance ?

Oui ! Leurs voix, en moi, me hurlent que, oui ! Tout est possible et que sans espoir il n'y a plus que l'avide néant qui de sa voracité engouffre en lui chaque parcelle de lumière pour les éteindre.

Alors oui, créons !
Même si ces actes laissent en bouche un goût de liberté qui navigue vers une contrée incertaine à l'avenir compromis.

Libérons-nous des entraves abominables de la cruauté pour la dénoncer. Pour redonner à l'humain son empathie, son humanité esSENStielle. Celle qui fait sens. Celle qui voit, qui ressent la souffrance des peuples dans sa chair, celle qui ressent la souffrance de la vie que l'on détruit et qui tend la main avec bienveillance.

Sans oublier d'accueillir et de respirer.

Choisir la poésie et l'écriture pour épancher ses états d'âme et les libérer des entraves liées à la peur. Celle d'entrer en action, de prendre des coups, d'être mutilé.e ou tué.e pour avoir osé s'exprimer ou s'opposer.

Déclamer des mots qui pulsent, des mots qui vibrent, des mots qui percutent, des mots qui réveillent les âmes en enrobant les cœurs d'un réconfort chaleureux pour que nous puissions trouver en nous la force de continuer d'avancer.

Choisir le dessin, la peinture, le graphisme pour imaginer un monde meilleur, ouvrir le champ des possibles, éveiller les consciences. Repousser les limites de notre réalité et la réparer.

Concevoir de nouvelles sociétés à la frontière de l'utopie, des sociétés qui s'imbriquent entre elles de façon fluide et qui s'aiment, mettre en scène des horizons inédits.

Choisir la sculpture, le modelage pour tester différentes perspectives de solutions, prendre de la hauteur, changer de point de vue en s'offrant la possibilité du dialogue, du débat en palabres respectueuses grâce au bâton de parole.

Installer des espaces de liberté, élaborer des refuges sécures qui permettent à chacun d'incarner pleinement sa singularité dans le respect de cellui qui marche à ses côtés.

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Le Jardin des DélicesBy Jessie A. Chevin