Fragment du réel

Stripped - Depeche Mode


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Il y a des albums qui n’arrivent pas dans ta vie : ils te ramassent.

Moi, j’avais quinze ans, un HLM trop silencieux, une mère qui se battait comme elle pouvait, et dans ma chambre presque vide, le soir, le vide gagnait toujours.

Alors je mettais mon Walkman Auto Reverse, ce compagnon de fortune, et je disparaissais.

Dans la nuit, j’étais un gamin qui cherchait une sortie d’urgence dans un monde qu’il ne comprenait pas.

Et Depeche Mode, eux, ils semblaient l’avoir trouvé.

Black Celebration, c’était le rite nocturne, la messe noire de ceux qui grandissent trop vite.

Une façon de dire : « d’accord, la vie est sombre, mais on peut marcher dedans ensemble. »

Stripped, c’était autre chose.

C’était le dépouillement total, l’envie presque animale qu’on te retire les couches inutiles, les façades, les gestes appris — pour revenir à quelque chose de nu, de vrai.

À quinze ans, je n’avais pas les mots, mais j’avais ce besoin-là : qu’on me voie sans armure.

Et puis A Question of Lust, avec sa fragilité assumée, venait refermer la plaie en murmurant qu’on peut trembler et aimer quand même.

Une chanson qui ressemblait à un aveu impossible : j’étais un garçon qui avait peur, et personne ne le savait.

Je passais mes nuits comme ça, ermite de fortune, échoué dans ma propre vie, à chercher un chemin dans l’obscurité.

Et, quelque part entre ces trois morceaux, j’ai compris que la solitude avait un son : celui d’un adolescent qui se construit en écoutant les fantômes des autres.

Et ce soir encore, quand j’entends Stripped, je retrouve ce gamin-là, assis dans sa chambre nue, essayant simplement de survivre à la nuit.

#fragmentsmusicaux #stripped #depechemode



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Fragment du réelBy Fragment du réel - par Minh Son