Comment résister à cette phrase, prononcée au bord de leur lit, au moment du petit bisou du soir ?
Je vois leur mère qui acquiesce, alors avec un large sourire (et beaucoup d’émotion), je leur réponds :
« Bien sûr que je viendrai vous chercher ! Maman va m’expliquer et je serai là, demain, à la sortie de l’école ».
Je les vois sourire. Ils ont l’air heureux de ma réponse.
Je suis touché par cette volonté de m’intégrer un peu plus à leur quotidien.
Les lumières s’éteignent. Ils s’endorment.
A la cuisine, je vois ma chérie qui écrit quelques lignes dans les cahiers des enfants.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Je préviens que c’est toi qui viendras les chercher demain à l’école :
Tu ne fais pas (encore) partie des personnes qui ont le droit de le faire.
N’oublie pas ta pièce d’identité. »
« D’accord »
L’école n’est donc pas un drive où l’on peut venir récupérer l’enfant que l’on veut, selon son humeur… C’est plutôt rassurant !
Viens, ensuite, le moment des consignes :
« Tu sais où se trouve l’école ? »
« Oui, tu me l’as déjà montrée. »
« Tu vas voir, ça n’a rien de compliqué :
Il faut récupérer M à 16h20, dans un premier bâtiment.
Tu peux y être un peu avant parce que les maîtresses savent que ça peut prendre un peu de temps.
Il faut que tu entres dans le bâtiment, tout de suite à droite.
Tu empruntes le plan incliné qui est sur ta gauche.
En haut, tu tournes à droite et c’est la deuxième porte à gauche.
Là, tu te présentes à la porte et tu dis que tu viens chercher M.
Quand il sort, il faut retrouver ses chaussures, poser ses pantoufles, qu’il enfile son blouson et prendre toutes ses affaires.
Attention à ne pas trop traîner parce que sa sœur sortira quelques minutes plus tard, de l’autre bâtiment, de l’autre côté de la rue.
Pour elle, c’est encore plus simple :
Tu attends devant et elle viendra à toi.
Tu es grand : elle te verra sans problème. »
A ce moment précis, plus d’expression sur mon visage.
Je regrette de ne pas avoir pris un bloc note et un stylo pour dessiner un plan à la Ocean’s eleven…
Après un silence, je reprends mes esprits et je sors un « OK ».
Ma chérie sourit et me redonne quelques indications que j’essaie d’intégrer, un peu abasourdi par la quantité d’infos.
Après la deuxième explication, ça me parait plus clair.
Je suis prêt ! Enfin, j’espère…
Paré pour ma mission !
Pas stressé et très confiant, j’arrive environ… 25 minutes trop tôt !
Avec autant d’avance, aucun problème pour trouver une place de parking.
Je me gare et je révise :
C’est ce bâtiment pour M et celui-ci pour L.
Je reste sagement dans ma voiture quand, après plusieurs minutes, je vois un attroupement devant l’école de M.
Je me dis que je dois me dépêcher, comme si arriver trop tard m’enlevait le droit de le récupérer !
Je suis en retrait d’un groupe de mamans agglutinées derrière un portillon.
Sortie de nulle part, une femme vient l’ouvrir et le mouvement s’amorce.
Je me rappelle les consignes : porte à droite, plan incliné à gauche, puis à droite et c’est la troisième… non… euh…
Sûr ! Ce n’est pas la première. Je passe devant la deuxième porte, cachée par des mamans qui récupèrent leurs enfants à la chaine !
Par-dessus, je vois dans la classe des petits êtres qui semblent être du même âge et de même taille que ma cible : je suis confiant !
« Bonjour Madame, je viens récupérer… ce petit bonhomme qui vient de s’agripper à mes jambes ».
Quel accueil !
Bisous, câlin puis on passe à la deuxième partie du plan, même si la cible ne semble pas du tout décidée à collaborer.
« Lui, c’est mon copain. Elle, c’est ma copine. Regarde ce beau dessin que j’ai fait. Tu t’es garé où ? On va chercher L, après ? »
Tout en essayant de tenir mes objectifs, je découvre cette capacité des enfants à parler de vous comme si vous n’étiez pas là.
« C’est ton Papa ? »
« Mais non ! Lui c’est le chéri de Maman »
Chaussures : OK
Pantoufles rangées.
La cible continue à me parler pendant que je lui passe son blouson, mais ça y est :
Mission accomplie !