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Je me souviens des conversations que j'avais, en hypokhâgne (et khâgne aussi, d'ailleurs), avec mes camarades, durant lesquelles nous brassions de grandes questions philosophiques et existentielles. L'une d'elle concernait - excusez du peu - le sens ou le but de l'existence. Et je me souviens que, lorsque cette question m'était posée, je répondais qu'à mon sens, ce que nous recherchions au travers de tous nos comportements, de tous nos actes, de tous nos efforts, était de plaire et plus encore d'être aimés. Nous voulions être aimés et cela dirigeait notre vie.
Quelques dizaines d'années plus tard, je ne ferais plus exactement la même réponse : d'abord, j'enlèverais de ma réponse - Grâces en soit rendue à l'aimée - le "plaire", qui n'a nulle bonne raison d'y figurer. Ensuite, j'ajouterais "aimer", car donner de l'amour, indépendemment du fait d'en recevoir ou pas, me paraît une grâce, en soi. Mais je conserverais probablement le "être aimé" car être aimé est aussi une grâce.
Aimer est une grâce, qu'il y ait ou non amour en retour. Mais je ne pense en revanche pas qu'on puisse - ni qu'on doive d'ailleurs - être indifférent au fait de recevoir ou non de l'amour. Conditionner l'amour qu'on donne à l'amour qu'on reçoit, c'est probablement manquer à l'amour ; y être indifférent, c'est tomber dans l'indifférence - qui est tout le contraire de l'amour.
Telles sont idées agitées au cours de cette improvisation enregistrée du matin...
PS : les auditeurs attentifs remarqueront que je commets un lapsus. Je parle, à un moment donné d'"attachement" quand c'est "détachement" que j'avais dans l'esprit...