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Or


Le 3 mars 1876 s’annonçait comme une matinée claire et fraîche dans le comté de Bath, dans le Kentucky, à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Lexington. Rien ne laissait présager que cette journée entrerait dans l’histoire comme l’un des épisodes les plus étranges jamais rapportés aux États-Unis : la fameuse “Kentucky Meat Shower”, littéralement, la “pluie de viande”. Peu avant midi, des morceaux de chair commencent à tomber du ciel.
L’événement ne dure que quelques secondes — à peine deux minutes selon les témoignages — mais il laisse derrière lui un spectacle surréaliste : une zone de la taille d’un terrain de football couverte de fragments de viande fraîche et sanglante. Au centre de cette scène improbable : Rebecca Crouch, occupée à fabriquer du savon dans la cour de sa ferme. Quelques semaines plus tard, elle raconte la scène à un journaliste du New York Herald : Le ciel est dégagé, le soleil brille, une légère brise souffle de l’ouest. Et sans le moindre avertissement, la “pluie” commence. Son petit-fils, présent à ses côtés, s’écrie d’abord : « Grand-mère, il neige ! ». Mais ce ne sont pas des flocons.
Rebecca Crouch voit un morceau s’écraser derrière elle, avec un bruit sec. La plupart des fragments sont de petite taille, comparables à de gros flocons de neige. D’autres sont bien plus grands. Le plus volumineux qu’elle observe mesure la longueur de sa main, pour environ un centimètre d’épaisseur. Elle le décrit comme cartilagineux, “comme s’il avait été arraché à la gorge d’un animal”. Puis, aussi soudainement qu’elle a commencé, la pluie s’arrête. En moins de deux minutes, la cour est maculée de chair. Lorsque son mari rentre, il ramasse plusieurs morceaux. Avant même son retour, raconte-t-elle, les insectes, les poules, le chat et le chien avaient déjà commencé à les manger — et semblaient les apprécier.
Les autorités décident alors de conserver des échantillons et de les envoyer à des scientifiques à travers le pays. Les hypothèses fusent. En juillet 1876, le magazine Scientific American publie l’avis du scientifique Leopold Brandeis. Selon lui, il ne s’agirait pas de viande, mais de Nostoc, une cyanobactérie gélatineuse — un organisme microscopique pouvant former des masses visqueuses. Les spores, transportées par le vent sur de longues distances, pourraient proliférer rapidement dans un environnement humide. Mais cette explication peine à convaincre. Une semaine après l’incident, le New York Times publie une théorie satirique : peut-être que, tout comme il existe des ceintures de météorites tournant autour du Soleil, il existerait une ceinture de mouton et de venaison, dont la Terre aurait croisé la trajectoire… L’humour montre à quel point le mystère intrigue. L’hypothèse qui s’impose progressivement, pourtant, est beaucoup plus terre-à-terre — et avait été évoquée dès le départ par certains habitants. Le docteur A. Mead Edwards, président de la Newark Scientific Association, avance une théorie plus plausible : un groupe de vautours aurait survolé la ferme et régurgité son repas en plein vol.
Les vautours, notamment les urubus, ont en effet pour habitude de vomir lorsqu’ils sont effrayés ou pour alléger leur poids en vol. Si plusieurs oiseaux ont fait de même simultanément, à haute altitude, les morceaux auraient pu être dispersés par le vent et retomber sur la propriété. Le professeur L. D. Kastenbine, chimiste au Louisville College of Pharmacy, soutient cette idée. Selon lui, la régurgitation collective de vautours volant à grande hauteur constitue l’explication la plus crédible. Aujourd’hui encore, cette hypothèse reste la plus largement acceptée par les scientifiques. Mais malgré ces explications, le doute subsiste. Un échantillon subsiste toutefois : conservé dans un flacon d’alcool au Monroe Moosnick Medical and Science Museum, à l’université Transylvania de Lexington. Dernier vestige d’un matin de mars où, dans une ferme du Kentucky, il n’a pas neigé. Il a plu de la viande.
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By Sans déconnerLe 3 mars 1876 s’annonçait comme une matinée claire et fraîche dans le comté de Bath, dans le Kentucky, à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Lexington. Rien ne laissait présager que cette journée entrerait dans l’histoire comme l’un des épisodes les plus étranges jamais rapportés aux États-Unis : la fameuse “Kentucky Meat Shower”, littéralement, la “pluie de viande”. Peu avant midi, des morceaux de chair commencent à tomber du ciel.
L’événement ne dure que quelques secondes — à peine deux minutes selon les témoignages — mais il laisse derrière lui un spectacle surréaliste : une zone de la taille d’un terrain de football couverte de fragments de viande fraîche et sanglante. Au centre de cette scène improbable : Rebecca Crouch, occupée à fabriquer du savon dans la cour de sa ferme. Quelques semaines plus tard, elle raconte la scène à un journaliste du New York Herald : Le ciel est dégagé, le soleil brille, une légère brise souffle de l’ouest. Et sans le moindre avertissement, la “pluie” commence. Son petit-fils, présent à ses côtés, s’écrie d’abord : « Grand-mère, il neige ! ». Mais ce ne sont pas des flocons.
Rebecca Crouch voit un morceau s’écraser derrière elle, avec un bruit sec. La plupart des fragments sont de petite taille, comparables à de gros flocons de neige. D’autres sont bien plus grands. Le plus volumineux qu’elle observe mesure la longueur de sa main, pour environ un centimètre d’épaisseur. Elle le décrit comme cartilagineux, “comme s’il avait été arraché à la gorge d’un animal”. Puis, aussi soudainement qu’elle a commencé, la pluie s’arrête. En moins de deux minutes, la cour est maculée de chair. Lorsque son mari rentre, il ramasse plusieurs morceaux. Avant même son retour, raconte-t-elle, les insectes, les poules, le chat et le chien avaient déjà commencé à les manger — et semblaient les apprécier.
Les autorités décident alors de conserver des échantillons et de les envoyer à des scientifiques à travers le pays. Les hypothèses fusent. En juillet 1876, le magazine Scientific American publie l’avis du scientifique Leopold Brandeis. Selon lui, il ne s’agirait pas de viande, mais de Nostoc, une cyanobactérie gélatineuse — un organisme microscopique pouvant former des masses visqueuses. Les spores, transportées par le vent sur de longues distances, pourraient proliférer rapidement dans un environnement humide. Mais cette explication peine à convaincre. Une semaine après l’incident, le New York Times publie une théorie satirique : peut-être que, tout comme il existe des ceintures de météorites tournant autour du Soleil, il existerait une ceinture de mouton et de venaison, dont la Terre aurait croisé la trajectoire… L’humour montre à quel point le mystère intrigue. L’hypothèse qui s’impose progressivement, pourtant, est beaucoup plus terre-à-terre — et avait été évoquée dès le départ par certains habitants. Le docteur A. Mead Edwards, président de la Newark Scientific Association, avance une théorie plus plausible : un groupe de vautours aurait survolé la ferme et régurgité son repas en plein vol.
Les vautours, notamment les urubus, ont en effet pour habitude de vomir lorsqu’ils sont effrayés ou pour alléger leur poids en vol. Si plusieurs oiseaux ont fait de même simultanément, à haute altitude, les morceaux auraient pu être dispersés par le vent et retomber sur la propriété. Le professeur L. D. Kastenbine, chimiste au Louisville College of Pharmacy, soutient cette idée. Selon lui, la régurgitation collective de vautours volant à grande hauteur constitue l’explication la plus crédible. Aujourd’hui encore, cette hypothèse reste la plus largement acceptée par les scientifiques. Mais malgré ces explications, le doute subsiste. Un échantillon subsiste toutefois : conservé dans un flacon d’alcool au Monroe Moosnick Medical and Science Museum, à l’université Transylvania de Lexington. Dernier vestige d’un matin de mars où, dans une ferme du Kentucky, il n’a pas neigé. Il a plu de la viande.
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