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Or


À l’été 1945, les États-Unis viennent d’ouvrir une ère nouvelle et terrifiante : celle de l’arme atomique. Le 16 juillet, un premier essai a lieu dans le désert du Nouveau-Mexique. Puis viennent Hiroshima, le 6 août, et Nagasaki, le 9 août. Deux villes japonaises anéanties. Deux bombardements qui ont figé le monde.
Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’après Nagasaki, l’histoire aurait pu continuer.
En juillet 1945, les Américains disposent de suffisamment de matière pour trois bombes complètes : Gadget, utilisée pour l’essai Trinity ; Little Boy, larguée sur Hiroshima ; et Fat Man, utilisée à Nagasaki. Il leur reste même presque assez de plutonium pour une quatrième arme. Autrement dit : le processus ne s’arrêtait pas à deux bombes. Il était en marche.
Au lendemain de l’essai Trinity, le général Leslie Groves, directeur militaire du projet Manhattan, estime déjà qu’il faudra probablement trois bombes, peut-être quatre. Cette idée n’a rien d’extravagant à l’époque. Les dirigeants américains n’imaginent pas forcément que deux frappes suffiront à forcer le Japon à se rendre. Ils pensent que la bombe atomique est une arme nouvelle, puissante, mais ils ignorent encore si elle sera décisive à elle seule. D’autant que le Japon n’a pas cédé malgré des mois de bombardements conventionnels. Depuis mars 1945, les raids incendiaires américains ravagent les villes japonaises. Tokyo, notamment, a déjà connu une nuit de feu qui a fait plus de 100 000 morts. Plus de soixante autres villes ont subi des destructions massives. Et pourtant, le pouvoir japonais tient encore.
Côté américain, les choses sont claires : l’ordre du 25 juillet 1945 n’autorise pas une seule attaque atomique, mais prévoit que des bombes supplémentaires seront larguées dès qu’elles seront prêtes. C’est un point essentiel. L’ordre ne porte pas seulement sur Hiroshima. Il ouvre la voie à une série de frappes nucléaires. Et après Hiroshima, on n’attend pas longtemps : la météo annoncée comme défavorable pour le 10 août pousse les responsables sur place à avancer la mission. Sans consulter Truman, ni même le secrétaire à la Guerre Henry Stimson, ils décident d’utiliser Fat Man dès le 9 août. Ce sera Nagasaki. Ce détail compte énormément : Truman avait été informé de la première attaque, mais pas de la seconde. Il découvre que les militaires se considèrent, en pratique, autorisés à poursuivre dès qu’une bombe est disponible. Or, au même moment, la suivante approche.
Le 10 août,Truman réagit. Il fait transmettre une instruction ferme : aucune nouvelle bombe ne doit être utilisée sans son autorisation expresse. Pourquoi ce changement ? Les historiens débattent encore. Certains estiment qu’il veut reprendre le contrôle politique d’un processus qui lui échappe. D’autres pensent qu’il est horrifié par l’idée d’un nouveau massacre. Selon le journal de son secrétaire au Commerce Henry Wallace, Truman aurait dit qu’il trouvait trop horrible l’idée de tuer 100 000 personnes de plus, parlant même de “tous ces enfants”. Mais il ne renonce pas pour autant à l’option nucléaire.
Pendant que les discussions traînent entre le 10 et le 14 août, les chefs militaires continuent à raisonner comme si une troisième attaque allait devoir avoir lieu. Quelques heures seulement avant la capitulation japonaise, Truman confie même à l’ambassadeur britannique qu’il n’a désormais “pas d’autre choix” que d’ordonner une nouvelle attaque atomique si le Japon persiste. Puis, finalement, le Japon accepte de capituler. C’est ce qui empêche la troisième bombe de tomber.
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By Sans déconnerÀ l’été 1945, les États-Unis viennent d’ouvrir une ère nouvelle et terrifiante : celle de l’arme atomique. Le 16 juillet, un premier essai a lieu dans le désert du Nouveau-Mexique. Puis viennent Hiroshima, le 6 août, et Nagasaki, le 9 août. Deux villes japonaises anéanties. Deux bombardements qui ont figé le monde.
Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’après Nagasaki, l’histoire aurait pu continuer.
En juillet 1945, les Américains disposent de suffisamment de matière pour trois bombes complètes : Gadget, utilisée pour l’essai Trinity ; Little Boy, larguée sur Hiroshima ; et Fat Man, utilisée à Nagasaki. Il leur reste même presque assez de plutonium pour une quatrième arme. Autrement dit : le processus ne s’arrêtait pas à deux bombes. Il était en marche.
Au lendemain de l’essai Trinity, le général Leslie Groves, directeur militaire du projet Manhattan, estime déjà qu’il faudra probablement trois bombes, peut-être quatre. Cette idée n’a rien d’extravagant à l’époque. Les dirigeants américains n’imaginent pas forcément que deux frappes suffiront à forcer le Japon à se rendre. Ils pensent que la bombe atomique est une arme nouvelle, puissante, mais ils ignorent encore si elle sera décisive à elle seule. D’autant que le Japon n’a pas cédé malgré des mois de bombardements conventionnels. Depuis mars 1945, les raids incendiaires américains ravagent les villes japonaises. Tokyo, notamment, a déjà connu une nuit de feu qui a fait plus de 100 000 morts. Plus de soixante autres villes ont subi des destructions massives. Et pourtant, le pouvoir japonais tient encore.
Côté américain, les choses sont claires : l’ordre du 25 juillet 1945 n’autorise pas une seule attaque atomique, mais prévoit que des bombes supplémentaires seront larguées dès qu’elles seront prêtes. C’est un point essentiel. L’ordre ne porte pas seulement sur Hiroshima. Il ouvre la voie à une série de frappes nucléaires. Et après Hiroshima, on n’attend pas longtemps : la météo annoncée comme défavorable pour le 10 août pousse les responsables sur place à avancer la mission. Sans consulter Truman, ni même le secrétaire à la Guerre Henry Stimson, ils décident d’utiliser Fat Man dès le 9 août. Ce sera Nagasaki. Ce détail compte énormément : Truman avait été informé de la première attaque, mais pas de la seconde. Il découvre que les militaires se considèrent, en pratique, autorisés à poursuivre dès qu’une bombe est disponible. Or, au même moment, la suivante approche.
Le 10 août,Truman réagit. Il fait transmettre une instruction ferme : aucune nouvelle bombe ne doit être utilisée sans son autorisation expresse. Pourquoi ce changement ? Les historiens débattent encore. Certains estiment qu’il veut reprendre le contrôle politique d’un processus qui lui échappe. D’autres pensent qu’il est horrifié par l’idée d’un nouveau massacre. Selon le journal de son secrétaire au Commerce Henry Wallace, Truman aurait dit qu’il trouvait trop horrible l’idée de tuer 100 000 personnes de plus, parlant même de “tous ces enfants”. Mais il ne renonce pas pour autant à l’option nucléaire.
Pendant que les discussions traînent entre le 10 et le 14 août, les chefs militaires continuent à raisonner comme si une troisième attaque allait devoir avoir lieu. Quelques heures seulement avant la capitulation japonaise, Truman confie même à l’ambassadeur britannique qu’il n’a désormais “pas d’autre choix” que d’ordonner une nouvelle attaque atomique si le Japon persiste. Puis, finalement, le Japon accepte de capituler. C’est ce qui empêche la troisième bombe de tomber.
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