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Deuxième séance : De quoi sommes-nous responsables ? La critique de la technique et de la puissance sans maîtrise de l’homme, par Rousseau et Anders
Aujourd’hui on considère que l’homme est libre, il ne doit rien à personne, donc il est responsable. La question de la responsabilité en droit est claire, pas en philosophie. Or cette idée floue est le socle de nos réflexions sur l’anthropocène et la prise en compte des générations futures. Comment appréhender notre responsabilité dans une époque où nous sommes globalement déresponsabilisés ?
1- Tous les hommes sont responsables, de tout (Rousseau)
Lors du séisme de 1755 à Lisbonne, qui a provoqué la mort de dizaines de milliers d’habitants, et tandis que les physiciens expliquent ce tsunami par des faits scientifiques et les théologiens se demandent pourquoi Dieu a infligé ce désastre aux hommes, Rousseau dit que l’homme est responsable. Ce sont les hommes qui ont choisi de s’installer sur cette colline, de rassembler ces maisons. La nature de l’habitat, la densité de la population et le refus d’abandonner leurs biens sont, davantage que la tectonique des plaques, les causes du désastre.
Sa pensée n’est pas culpabilisatrice : si l’homme est responsable des maux qu’il subit, il peut donc les éviter.
2- La notion de responsabilité ne peut plus s’appliquer ; nous sommes devenus non-responsables (Günther Anders)
Au 20ème siècle, Anders explique que la technique, toujours associée au progrès depuis deux siècles, n’est pas l’instrument neutre que l’on croit. Au contraire, elle a pris le pouvoir. La technique nous rend irresponsables, à cause d’une disproportion entre nos facultés (rapport au monde) et nos réalisations. C’est le décalage prométhéen : l’homme produit des techniques et des machines sans comprendre ce qu’il fait, car il n’a pas les capacités intellectuelles ou émotionnelles adéquates. Nos actes dépassent notre compréhension des choses car leurs conséquences sont trop immenses (la destruction atomique), trop abstraites ou lointaines (le changement climatique) pour que nous puissions les appréhender. Elles sont littéralement invisibles pour nous.
La déstructuration des actes par la technologie, qui transforme chaque homme en élément d’un processus, et généralise le taylorisme à l’humanité entière, contribue également à nous rendre insensible aux conséquences de nos actions.
Quelles sont les solutions face à cette irresponsabilité ? Mobiliser les consciences afin de rendre visible l’invisible et se re-responsabiliser ; refuser des produits qui ne sont pas dignes de l’homme ; se mettre à penser, et notamment se poser la question suivante : avec quelle version de soi-même veut-on vivre ? L’individu est responsable de lui-même. Il faut réinstaurer un rapport de soi à soi.
Ces solutions peuvent sembler naïves et insuffisantes. D’autres seront explorées lors de la prochaine séance.
Bibliographie
Hiroshima est partout, Günther Anders
L’Obsolescence de l'homme, Günther Anders
Petite métaphysique des tsunamis, Jean-Pierre Dupuy
Retour de Tchernobyl. Journal d'un homme en colère, Jean-Pierre Dupuy
L’affaire 40/61, Harry Mulisch
Lettre à Monsieur de Voltaire sur ses deux poèmes sur « la Loi naturelle » et sur « le Désastre de Lisbonne », Rousseau
By Les Mardis de SirsaDeuxième séance : De quoi sommes-nous responsables ? La critique de la technique et de la puissance sans maîtrise de l’homme, par Rousseau et Anders
Aujourd’hui on considère que l’homme est libre, il ne doit rien à personne, donc il est responsable. La question de la responsabilité en droit est claire, pas en philosophie. Or cette idée floue est le socle de nos réflexions sur l’anthropocène et la prise en compte des générations futures. Comment appréhender notre responsabilité dans une époque où nous sommes globalement déresponsabilisés ?
1- Tous les hommes sont responsables, de tout (Rousseau)
Lors du séisme de 1755 à Lisbonne, qui a provoqué la mort de dizaines de milliers d’habitants, et tandis que les physiciens expliquent ce tsunami par des faits scientifiques et les théologiens se demandent pourquoi Dieu a infligé ce désastre aux hommes, Rousseau dit que l’homme est responsable. Ce sont les hommes qui ont choisi de s’installer sur cette colline, de rassembler ces maisons. La nature de l’habitat, la densité de la population et le refus d’abandonner leurs biens sont, davantage que la tectonique des plaques, les causes du désastre.
Sa pensée n’est pas culpabilisatrice : si l’homme est responsable des maux qu’il subit, il peut donc les éviter.
2- La notion de responsabilité ne peut plus s’appliquer ; nous sommes devenus non-responsables (Günther Anders)
Au 20ème siècle, Anders explique que la technique, toujours associée au progrès depuis deux siècles, n’est pas l’instrument neutre que l’on croit. Au contraire, elle a pris le pouvoir. La technique nous rend irresponsables, à cause d’une disproportion entre nos facultés (rapport au monde) et nos réalisations. C’est le décalage prométhéen : l’homme produit des techniques et des machines sans comprendre ce qu’il fait, car il n’a pas les capacités intellectuelles ou émotionnelles adéquates. Nos actes dépassent notre compréhension des choses car leurs conséquences sont trop immenses (la destruction atomique), trop abstraites ou lointaines (le changement climatique) pour que nous puissions les appréhender. Elles sont littéralement invisibles pour nous.
La déstructuration des actes par la technologie, qui transforme chaque homme en élément d’un processus, et généralise le taylorisme à l’humanité entière, contribue également à nous rendre insensible aux conséquences de nos actions.
Quelles sont les solutions face à cette irresponsabilité ? Mobiliser les consciences afin de rendre visible l’invisible et se re-responsabiliser ; refuser des produits qui ne sont pas dignes de l’homme ; se mettre à penser, et notamment se poser la question suivante : avec quelle version de soi-même veut-on vivre ? L’individu est responsable de lui-même. Il faut réinstaurer un rapport de soi à soi.
Ces solutions peuvent sembler naïves et insuffisantes. D’autres seront explorées lors de la prochaine séance.
Bibliographie
Hiroshima est partout, Günther Anders
L’Obsolescence de l'homme, Günther Anders
Petite métaphysique des tsunamis, Jean-Pierre Dupuy
Retour de Tchernobyl. Journal d'un homme en colère, Jean-Pierre Dupuy
L’affaire 40/61, Harry Mulisch
Lettre à Monsieur de Voltaire sur ses deux poèmes sur « la Loi naturelle » et sur « le Désastre de Lisbonne », Rousseau