Les Mardis de Sirsa

#3 Devant qui sommes-nous responsables ?


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Troisième séance : Devant qui sommes-nous responsables ? « Le Principe responsabilité » de Hans Jonas.

1. La mutation de l’agir humain

Hans Jonas part du constat qu’il y a une mutation sans précédent de l’agir humain. L’homme est en constante menace d’autodestruction par les évolutions techniques. Celles-ci ont certes permis l’émancipation, mais sont devenues autonomes et n’ont plus de forme neutre. La technique a acquis une forme d’autonomie, qui devient une forme de destin contre laquelle on ne peut lutter. Hans Jonas évoque un nouvel état de sauvagerie.

Il considère que plus rien n’échappe à la technique, tout devient manipulable par les hommes. L’homme est en permanence embarqué par la technique, et impliqué dans des choses dont il ne veut pas. L’utilisation de la technique à des fins qui semblent innocentes entraîne en réalité des actes aux conséquences plus graves.

La technique est donc dynamique, autonome et globale et irréversible. Il faut être capable de construire une éthique pour évoluer avec ce principe d’irréversibilité. Hans Jonas reste très pessimiste sur la capacité de l’homme à récupérer son pouvoir sur la technique. Toutefois, il tente de produire une pensée pour inviter l’homme à arrêter sa course folle à la technologie. 

2. L’éthique du futur 

L’éthique du futur proposée par Hans Jonas, énonce que l’homme est responsable de l’avenir et qu’il a des comptes à rendre aux générations futures. Il souhaite que les préceptes établis par Le principe responsabilité devienne une prescription morale, une pensée aussi évidente que « Tu ne tueras point ». Cela pose un problème, car les questions morales et de responsabilité sont des questions de réciprocité. Il est donc difficile et abstrait de devoir rendre des comptes à des personnes qui n’existent pas encore. 

Il existe 3 façons de justifier une prescription morale : 

- Se référer à un élément transcendant et absolu, mais cette démarche n’est pas envisageable dans une société démocratique fondée sur la reconnaissance du pluralisme des valeurs.

- Avoir une vision utilitariste des choses, c’est-à-dire calculer son intérêt, mais c’est voué à l’échec pour justifier que l’on prenne par avance soin d’une époque postérieure à notre mort. 

- Partir du postulat qu’il n’y a pas de fondement général, celui-ci se trouve en chacun de nous. Il faut opérer un repli sur soi, qui nous fait rencontrer l’humanité en nous, mais cela ne peut justifier qu’une éthique de la réciprocité. 

Hans Jonas se réfère au modèle parental pour justifier son éthique du futur. La responsabilité, en général, est de préserver la totalité des possibles de l’humanité, comme un parent doit préserver la totalité des possibles d’un enfant. L’homme doit donner sans échange, et doit être responsable pour autrui et devant l’avenir. Comment faire ?

3. L’heuristique de la peur 

Les actions de l’homme sur la vie et la nature peuvent mettre en péril la vie elle-même. Il faut pouvoir calculer ces risques, grâce au Savoir qui devient une obligation morale car il faut s’empêcher d’agir. Hans Jonas considère que la peur est un mode de connaissance. Elle permet de discriminer ce qui est bon et mauvais, et d’orienter nos décisions. C’est une manière efficace et originale d’agir dans un contexte tragique. La peur est une forme de révélation morale : je ne veux pas ça pour l’humanité, je le crains, et donc j’agis en conséquence. 

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