Renouée - Agriculture de Régénération

30 - Maraichage, rentabilité et système bio-intensif avec Sylvain Couderc


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Sylvain Couderc

 

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Curtis Stone

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Richard Perkins

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Transcription : 

30 - Maraichage, rentabilité et système bio-intensif

avec Sylvain Couderc

Sylvain Coudert: Je trouve que parfois, ce n'est pas assez fait par les jeunes

maraîchers. Il faut vraiment aller voir ailleurs et aller voir dans d'autres fermes parce

qu'il y a des choses, tu vas peut-être le découvrir par toi-même, sauf que si on te le dit,

tu vas gagner des années.

Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la

santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture

occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire

des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne

notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin

d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture

réellement bénéfique pour tous ? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au

travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Ayant

grandi en ville, ma première réelle reconnexion au vivant s'est faite avec les mains dans

la terre, à récolter mes premiers légumes. Pour reprendre conscience de la magie du

vivant et la générosité de la terre, rien de tel que de voir une graine germer devenir peu

à peu une salade ou une tomate. Ou bien de sortir de terre des pommes de terre ou

des carottes. Mon premier mentor, Léo Drevet, était maraîcher et mes premières

lectures ont donc assez naturellement été Elliot Colleman John Jeavons ou encore

Jean-Martin Fortier. Plus tard, j'ai beaucoup appris des approches de rentabilisation et

d'optimisation fonctionnelle d'autres maraîchers tels que Curtis Stone, Ben Hartmann

ou encore Richard Perkins. Le maraîchage est l'une des portes d'entrée les plus

fréquentes pour ceux qu'on appelle les NIMA, les nouveaux installés du monde

agricole, parce qu'il faut moins de terre et moins d'investissements pour se lancer, etaussi souvent parce que les légumes sont plus faciles d'accès que les animaux par

exemple. Pourtant, le maraîchage diversifié est extrêmement complexe. Les types de

sols, les microclimats, les dizaines et dizaines de légumes à maîtriser tout au long de la

saison et l'enjeu de la vente directe sont qu'un imperçu de tous les aspects qu'il faut

apprendre à maîtriser afin de créer une entreprise de maraîchage rentable. Entre la

culture en serre, le plein champ non irrigué, l'attraction animale, le biointensif et j'en

passe, les types de maraîchage sont multiples et complémentaires. Alors aujourd'hui

c'est la méthode biointensive dont nous allons parler et pour ce faire je reçois Sylvain

Coudert qui est fondateur des Jardins de la Valette, maraîcher biointensif, formateur et

cofondateur de Speedplant qui conçoit des outils professionnels pour maraîcher. Alors

bonne écoute ! Je me souviens d'une discussion avec un collègue maraîcher au

marché de Saint-Giron en Ariège où je suis. qui me disait non, mais vraiment, c'est pas

possible. Le maraîchage, ça paye pas. Vraiment, c'est pas possible de faire du

maraîchage et d'en vivre. Et j'ai été très frustré parce que moi, ça marche. Après, ça

demande pas mal de travail, de réflexion, d'aménagement. Il y a des décisions à faire,

des choix à faire. Et du coup, c'est un peu pour ça que je voulais en parler avec toi.

essayer de voir un peu décortiquer à quoi ça tient, qu'est-ce qu'il faut pour penser à

une entreprise maraîchère qui tourne et de pouvoir en vivre. Mais donc avant qu'on

creuse ce sujet plus en détail, est-ce que tu veux bien te présenter, nous parler de toi,

ton parcours, ce que tu fais et comment t'en es venu à.

Sylvain Coudert: Faire ça ? Donc moi je m'appelle Sylvain Coudert, je suis maraîcher

depuis 2012, fin 2011 exactement. Je me suis installé sur la ferme familiale, la ferme de

mes grands-parents. J'utilise la méthode buentensive depuis toujours, depuis le tout

début. Alors moi je ne suis pas issu du milieu maraîcher. J'ai fait des études

électrotechniques et je me suis reconverti, je crois que j'avais 27 ans à l'époque, dans

le maraîchage. Donc ça fait 12-13 ans maintenant que je suis maraîcher, donc je suistoujours maraîcher. Je développe aussi des formations depuis quatre ans maintenant à

côté, en parallèle de cette activité-là, pour transmettre ce que j'ai appris et ce qui me

semble bon.

Lennan Bate: Dans le maraîchage. Alors tu parles de la méthode biointensive, est-ce

que tu veux.

Sylvain Coudert: Bien la présenter, de quoi il s'agit ? La méthode biointensive, ça vient

d'un système des maraîchers parisiens, enfin maraîchers, on va dire citadins, au début

du siècle, ou plutôt dans les années 1800-1850, C'est un peu le début de la

spécialisation de l'agriculture. Peut-être que jusqu'avant les années 1800, les

agriculteurs étaient surtout en polyculture élevage et ils avaient des activités à côté où

ils pouvaient cultiver quelques légumes. D'ailleurs, c'est resté longtemps dans les

campagnes comme ça. Mais il y a eu à un moment donné cette spécialisation,

notamment dans les grandes villes, Paris, Londres, les grandes villes européennes,

Bruxelles. Il y a peut-être un problème de foncier à l'époque, mais c'était pas comme

aujourd'hui. Ils produisaient sur ces petites parcelles, apportaient leurs légumes à la

ville et revenaient. avec énormément de matière organique à l'époque, parce qu'à

l'époque c'était encore les chevaux qui dominaient les transports, et donc ils avaient

accès comme ça à une matière organique importante. Et ils ont développé des

techniques sur toute petite surface, donc c'était généralement des parcelles de moins

de 8000 m², très cultivées, et à plusieurs personnes, on a des écrits là-dessus, où ils

étaient assis, 7 travailleurs, moins de 8 millimètres carrés, et ils produisaient comme ça

plusieurs tonnes de légumes qu'ils apportaient dans les capitales. Et ce terme bio-

intensif, c'est un anglicisme qui a été rapporté je pense de Paris-Lutte ou Allemagne, je

ne sais pas ce que ça a été introduit. Ça vient de « biologic intensive method », «

French method » même au départ. Donc c'est d'avoir une vie intense. Alors c'est vraique quand on utilise le mot « intensif » en français, ce n'est pas toujours bien compris

et connoté. mais ça vient vraiment d'une activité biologique intense dans nos sols, ça

vient de là. Et c'est un terme que moi je garde et que j'emploie encore aujourd'hui pour

expliquer mon maraîchage parce que ça reprend justement cette méthodologie avec la

modernité.

Lennan Bate: De 2020-2025, mais ça vient de là, de cette base. Si on se balade dans

tes jardins, à travers ton maraîchage, à quoi ça ressemble ? Qu'est-ce qu'on verrait et

en quoi ce serait différent.

Sylvain Coudert: D'Un autre type de maraîchage, peut-être plus classique, plus

conventionnel ? Oui, parce que c'est vrai que je parlais de l'origine, mais je n'ai pas

vraiment décrit ce que c'était. Déjà, peut-être quand même la taille, comme les

maraîchers du début, c'est que c'est tout petit. Moi, si on prend ma surface, grosso

modo, vue du ciel, de mes cultures, on est à moins de 5 000 mètres carrés. Donc ça,

c'est déjà le premier élément. Deux personnes à temps plein à travailler sur cette

surface, c'est une première spécificité, c'est la taille. Deuxième spécificité, c'est qu'on

est en planche permanente, c'est qu'il y a une standardisation et un découpage au fil

des ans, elles sont tout le temps là, tout le temps au même endroit. Elles font toutes 75

cm, avec des passepieds de 45 cm, et dans mon cas, elles font toutes 20 m. Donc ça,

c'est aussi une spécificité d'avoir cette standardisation. Alors, tu peux être en bio-

intensif et avoir des tailles un peu différentes, mais généralement, on retrouve ce

standard-là et surtout cette standardisation dans tous nos jardins, parce qu'on a

découpé notre parcelle, même si elle ne fait que 5000 m², de 12 planches qui vont

tourner en rotation sur 7 ans. Et dans mes serres, pareil, je vais avoir 6 blocs qui vont

tourner sur 6 ans. Donc toujours avec la même longueur, toujours cette même

standardisation. Ça, c'est vraiment un point qu'on retrouve partout dans la méthodebiointensive. La taille, donc petite, standardisée. Troisième point, je pense que c'est

l'apport quand même important de matières organiques, comme ils faisaient au début

du siècle. parce qu'on est sur petite surface, donc on a accès aujourd'hui à la matière

organique différente, nous dans notre cas ça va être du compost de déchets verts, qui

est aussi finalement produit par les villes, donc on est comme au début du siècle, on

récupère cette matière organique qui est produite par les villes ou par les citadins, et

que nous on va utiliser, c'est plus le fumier du transport, mais c'est quand même aussi

finalement un peu le même rôle qu'on récupère. Donc ça c'est un élément, c'est le

troisième élément. Et puis très diversifié, ça aussi. Souvent dans le maraîchage on va

trouver, déjà quand on parle de 10-15 légumes, on est déjà dans un système diversifié.

Moi j'ai envie de dire que nous on est plutôt des hyper-diversifiés où on monte

facilement à 40-45 légumes et je parle pas des.

Lennan Bate: Variétés où là on peut monter à plus d'une centaine de variétés. Alors il y

a pas mal de choses qu'on va pouvoir creuser. C'est drôle, moi j'ai récemment relu le

bouquin des jardiniers maraîchers du début du siècle et c'est extraordinaire de voir à

quel point chaque élément est un détail pensé, considéré à long terme. C'est-à-dire

qu'il y a une réelle réflexion sur comment rendre l'argent, comment elle sort, le temps

passé. Voilà, et c'est ce qu'on retrouve beaucoup là dans ce que tu décris, toute cette

réflexion sur la standardisation, sur les différents intérêts d'aménager les choses de la

sorte. Alors, peut-être en prenant chaque chose étape par étape, déjà tu parles de

petite surface. Alors quel.

Sylvain Coudert: Intérêt ça a d'avoir une petite surface et de cultiver une petite

surface ? Je pense que plus c'est petit, mieux on peut s'en occuper. C'est un peu mon

mantra, c'est cultiver moins mais produisez plus. Sur cette surface-là, on va essayer de

générer le maximum de légumes, donc de chiffre d'affaires, d'avoir une productivitémaximale sur cette surface-là. C'est vraiment du copier-coller de ce qu'ils faisaient au

début du siècle, c'est essayer d'enchaîner les cultures. Le fait que ce soit petit nous

permettra de mettre l'effort dans cette surface-là. Donc toute la matière organique que

je vais apporter, mes fertilisants, mes engrais verts, mes cultures qui vont être broyées

sur place, elles sont concentrées sur cette surface-là. Si c'était dilué sur 2 ou 3

hectares, sur plusieurs années j'aurais dilué ma fertilité. Ma fertilité c'est l'ensemble de

tous ces éléments, alors que là il va se concentrer sur cette petite surface. je ne sais

pas si on peut dire précis, mais toujours être attentif à l'ensemble du jardin de façon

rapide. J'aime bien dire que je fais mon tour de jardin en 10 minutes, et c'est vrai, en

moins de 10 minutes, je peux avoir un regard critique sur tout ce qui se passe sur mon

jardin, faire une liste de tâches ou faire une liste de problèmes, s'il y a des problèmes

ou de bonnes choses. Mais alors que si je dois gérer une grosse ferme avec de

nombreuses serres sur la globalité. Donc cette petite surface peut paraître une

contrainte et alors que c'est plutôt comme ça qu'on va arriver à être performant et on a

toujours cette tendance, et moi le premier, j'ai eu cette tendance plusieurs fois dans ma

petite carrière de maraîcher à vouloir agrandir, mettre un petit truc en plus là et à

chaque fois je me dis et voilà c'est encore un truc où tu.

Lennan Bate: Perds du temps, où tu mets de l'énergie et finalement ça rapporte rien.

J'adore ce proverbe qui dit que l'ombre du jardinier est le meilleur engrais. C'est très

juste. Plus on est présent, plus on est là, plus on est attentif, plus les plantes poussent.

Comment est-ce que tu fais pour avoir une telle petite.

Sylvain Coudert: Surface et d'avoir quand même une belle production, une

intensification sur tes surfaces ? C'est clair que la standardisation va aider. Le fait que

tout soit modernes comme de la planification avec des logiciels, moi j'utilise un bridgel,

ce logiciel français de planification qui va me permettre comme ça d'être le plus précispossible, alors lui c'est un outil mais à la réalité c'est à la base c'est quand même moi,

le maraîcher qui va connaître et calculer On va avoir des enchaînements très précis. Je

peux avoir un légume sur mon stand alors que j'ai déjà replanté là où il y avait le

légume. planification qui est très forte. On va semer en amont en pépinière, donc on va

avoir des temps comme ça qui vont être très serrés sur mes calendriers de culture et

ça me permet comme ça d'intensifier dans le temps mes cultures. C'est ça. La diversité

aussi, ça va permettre de jouer avec ça, les différents temps de culture. Il va y avoir des

cultures à cycle long, des cultures à cycle court que je vais pouvoir intercaler soit avant,

soit après, soit entre deux cultures. C'est vraiment ça, beaucoup d'outils aussi de

gestion, d'organisation. On pense en planche, on travaille en planche, c'est-à-dire que

tout est fait pour la planche, c'est-à-dire que toutes mes toiles tissées, mes filets anti-

insectes, mes arceaux, tout est dimensionné pour la planche. Donc en fait on a peut-

être cette charge.

Lennan Bate: Mentale et cette rapidité d'action lorsqu'on veut changer de culture ou

enchaîner des cultures. Est-ce que tu peux expliquer pourquoi est-ce.

Sylvain Coudert: Que cette standardisation est vraiment au cœur de l'efficacité du

travail ? Le fait d'être standardisé, on ne va pas s'éparpiller dans le matériel, prenons

déjà rien que le matériel. Aujourd'hui, on utilise du coup de goutte, de l'aspersion, de la

micro-aspersion. Donc quand tu as des lignes de coup de goutte, si tu as des planches

de 20 mètres, de 18 mètres, de 42 mètres, un système différent, des fois tu es en

planche, des fois tu n'es pas en planche, tu vas avoir un attirail et une panoplie de

différents tuyaux qui va falloir si t'es bien organisé tu vas peut-être pouvoir avoir

différents trucs mais le fait d'avoir tout pareil donc moi tout Fevermat je sais que

n'importe quel goutte à goutte que je vais prendre il va pouvoir être déplacé dans

n'importe quelle partie de mon champ et là j'ai pris que l'exemple du goutte à goutte çava être pareil pour mes filets anti-insectes, ça va être pareil pour mes filets thermiques,

pour le nombre d'arceaux, je sais que moi une planche c'est 15 arceaux, c'est pas 12,

c'est pas 14, c'est pas 28, et ça sera toujours pareil, donc t'as deux planches c'est 30,

t'en as 4 c'est 60, c'est toujours, cette base c'est la planche. Donc ça c'est pour la

partie matérielle, donc ça déjà rien que ça, ceux qui connaissent le maraîchage et

quand ils vont dans leur hangar chercher un filet, t'arrives sur tes planches et tu dis ah

mais non il est trop long, ah mais non il est trop court, et qu'est-ce que ça fait, qui vont

être attaqués potentiellement par les insectes, donc qui vont être perdus. Ça, sur un

modèle biotensif, ça ne peut pas exister en fait, parce que tu sais que toutes tes

planches sont pareilles, que tous tes filets sont faits pour ça. Donc ça, c'est dans la

gestion matérielle, et puis après dans la gestion des fertilisants aussi, on va avoir cette

logique-là pareil. On sait que pour une planche de salade, c'est tant de kilos par

planche, et en fait on va avoir des sodoseurs avec tel ou tel fertilisant, ça va nous

permettre aussi de déléguer facilement, c'est-à-dire que je peux déléguer un employé,

un saisonnier qui est sur la ferme, voilà, t'as une planche de salade à préparer, il y a un

listing quoi, c'est une bâche, c'est voilà, tant d'arceaux, tant de fertilisants pour cette

culture-là.

Lennan Bate: Donc ça.

Sylvain Coudert: Ça va aussi beaucoup nous aider. Et puis dans la culture elle-même,

c'est-à-dire que lorsque 40 salades. J'ai des standards comme ça pour toutes mes

cultures. Ça simplifie la gestion au quotidien parce que maraîcher, c'est quand même

un sacré boulot. Il y a vraiment beaucoup de choses à penser. Ça peut être très

énergivore au niveau mental, au.

Lennan Bate: Niveau organisation, gestion. Et d'avoir ces outils-là, cettestandardisation, ça simplifie, ça clarifie les choses. Ouais, quand on regarde, quand on

analyse un petit peu 10 minutes par jour à chercher des tuyaux, à voir que ça, ça

compte, c'est pas le bon, etc.

Sylvain Coudert: 10 minutes par jour sur l'année, c'est un mois entier de temps plein de

travail. Ouais.

Lennan Bate: J'Ai pas fait ce calcul, mais c'est énorme. Mais c'est ça, ça va très vite.

Donc, tu parles de la diversification, notamment des cultures. À quoi ça ressemble ?

Explique nous ce.

Sylvain Coudert: Que tu fais, comment tu fais les choix de diversification et des

légumes que tu cultives ? Au niveau des légumes, c'est important. J'ai fait le choix dès

les premières années d'avoir une gamme de 45, je crois que je montais presque à 50

légumes différents, donc avec des choses un peu exotiques parfois. C'est quelque

chose que je conseille toujours, de vraiment commencer avec beaucoup de cultures

différentes, d'être hyper diversifié. Ça permet d'apporter une offre large et ça a cet

intérêt quand tu commences le maraîchage, et que tu as un petit noyau de personnes

d'offrir vraiment un éventail de légumes et dans la saisonnalité. Il faut savoir que quand

même le maraîchage biointensif c'est fait pour de la vente directe sur les marchés,

banlieues, etc. Et c'est toujours bon d'avoir quand même une diversité sur son stand et

d'avoir comme ça 30-50 légumes différents. Par contre, il va y avoir des choix au b***

d'un moment et rapidement il va falloir aller se diriger aussi vers les cultures qu'on va

parler à fort potentiel, à haut rendement, pour laisser de côté peut-être des cultures

qu'on est moins efficaces sans but intensif. Il y en a 2 ou 3 qui passent par l'esprit, la

pomme de terre par exemple, le poireau, l'eau de garde, ce sont des cultures qui ne

sont pas forcément qui sont demandés sur le marché, mais qui finalement rapportés aumètre carré cultivé sur nos petites surfaces ne sont pas intéressants. Donc je vais

toujours avoir dans mes planifications, d'une année sur l'autre, un regard sur mes

cultures à fort potentiel. Et je peux avoir comme ça une dizaine de cultures phares, je

peux t'en citer carottes potes, oignons potes, courgettes, du mesclun, de la salade par

exemple. à la plus forte rentabilité sur ma ferme. Donc ça, je ne veux pas faire

l'impasse. Par contre, si je vois que sur une planche, je n'ai pas la place, de faire un

légume secondaire type célérira ou quelque chose qui va être plutôt secondaire mais

non je priorise toujours mes top 10 de légumes. Donc il y a aussi cette vision dans le

maraîchage biointensif où on va privilégier les cultures à fort rendement et d'ailleurs on

dirait que si on allait jusqu'à l'extrême où on va vers ce qu'on appelle urban farming les

sélections de cultures à cycles très très courts. Alors c'est pas mon cas parce que je

pourrais pas déjà, parce que je suis pas dans un milieu urbain, je suis à la campagne

et dans mon marché il n'y aurait pas ce potentiel de vendre que des pousses

d'épinards et du tatsoi, mais voilà.

Lennan Bate: On a quand même ce regard-là sur quelle culture on doit faire, c'est vrai

que c'est important. On entend que tu fais l'impasse sur certains légumes, donc

comment.

Sylvain Coudert: Est-Ce que tu choisis les légumes que tu cultives et ceux que tu ne

cultives pas ? Le choix, il est quand même économique. C'est ce que.

Lennan Bate: Je disais, le fait d'avoir un légume.

Sylvain Coudert: Qui va être plus rentable l'un par rapport à l'autre, ça, ça va être tu fais

pour t'en rendre compte et le voir ? On le calcule. On le calcule le rendement au mètre

carré d'une pomme de terre de garde par rapport à un rendement au mètre carré d'unesalade. Je fais un comparatif. Alors pour aller au b*** des choses, il faudrait prendre le

temps de travail, etc. C'est quelque chose qui n'est pas toujours facile sur des micro-

fermes d'imputer si on pense aux pommes de terre, aux poireaux, qui sont pour moi

des cultures qui ne sont pas très rentables, c'est le volume. C'est qu'on a un problème,

en fait, c'est que c'est des légumes qui vont être hyper consommés à l'automne. Si je

voulais produire pour ma clientèle, moi, je n'ai pas le nombre exact, mais par semaine,

je dois avoir à peu près 200 clients. Si je voulais produire du poireau pour 200 clients

pour leur soupe d'automne ou d'hiver, il me faudrait la moitié de mon jardin. Donc, ce

n'est pas Je vais en faire, j'en ai fait pendant longtemps, d'ailleurs cette année je n'en ai

pas assez, je ne fais plus de poireau d'automne, j'ai complètement arrêté. Je

m'amusais, parce que c'était vraiment ça, je m'amusais à faire trois planches, mais trois

planches en trois semaines, je n'avais plus de poireau. Donc je ne peux pas offrir du

poireau à mes clientèles pendant trois mois d'hiver, ce n'est pas possible, ça ne

fonctionnerait pas dans mon modèle Biointensive. Donc il y a aussi ce choix-là.

Lennan Bate: Qui est fait, est-ce qu'il y a un intérêt à fournir trois semaines du

poireau ? Ce n'est pas certain. Moi, c'est vrai que mon esprit fonctionne comme ça et

c'est vrai que j'ai pu beaucoup analyser chaque légume à réfléchir quels étaient les

facteurs limitants au maraîchage. C'était le temps de travail, le temps d'occupation de la

planche, que j'appelais un peu le loyer et donc le loyer changeait selon la saison. Et

puis la surface, le rendement au mètre carré. Et en fait, quand on regarde chacun de

ces éléments, c'est assez hallucinant de se rendre compte de certains légumes, de la

rentabilité de certains, qu'en fait d'autres qu'on pensait très rentables le sont beaucoup

moins rapportés au temps de travail. Et à partir de ça, on peut sélectionner et se dire

en fait, non, j'arrête de faire ce légume là, ou bien carrément. Plutôt que de se dire que

le prix de mes légumes est celui du voisin, de savoir réellement quel est le prix de mon

légume. Parce que moi, dans mon contexte, ça me coûte tant de produire ça, doncc'est ça mon prix. Et ça, c'est rarement quelque chose qui est fait. Je vois beaucoup de

maraîchers me dire que j'ai des navets parce qu'en hiver, les gens font un poteau-feu,

donc si j'ai des carottes et des poireaux, il faut bien que je leur offre des navets. Bah

non parce que potentiellement tes carottes elles payent pour tes navets et ainsi de

suite.

Sylvain Coudert: Et c'est là où on se retrouve à s'esclavagiser dans un système où on

fait tout parce qu'il faut bien. Oui, je suis entièrement d'accord avec toi. C'est pour ça

que j'ai des cultures que je ne fais plus. Et comme tu dis, c'est hallucinant des fois les

rentabilités au mètre carré de certaines cultures par rapport à d'autres. J'en ai deux à

l'esprit. Je pense par exemple aux brocolis. Et au Pak Choy, c'est assez dingue. Le

brocoli sur une plage de 20 mètres de long, ça a peut-être apporté au meilleur des cas

200 euros, peut-être les meilleures années. Je suis vraiment généreux. Alors qu'un Pak

Choy sur la même surface, ça va être plutôt autour de 1500. Donc on est sur des

choses qui n'ont rien à voir avec un cycle plus court en plus pour le Pak Choy. là, est-ce

qu'il faut du brocoli sur un stand ? Non, ce n'est pas sûr. Surtout si tu ne proposes pas

de pâques chorizo, c'est vraiment dommage parce qu'avec un tiers de planche, il te fait

ton brocoli. Mais oui, les gens veulent manger du brocoli.

Lennan Bate: Et ce n'est pas grave.

Sylvain Coudert: En fait. Ça aussi, c'est quelque chose que parfois on oublie que ce

n'est pas grave de ne pas tout avoir. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas de brocoli ou pas

de pommes de terre ou pas de poireaux dans mon cas que je n'ai pas mes clients. Les

clients qu'on a, Dans mon marché, ils papillonnent et ils sont là pour ça, donc ils vont

chez des collègues. Ce n'est pas mes concurrents, c'est des collègues. Ils vont

chercher ailleurs. J'ai des collègues qui font très bien de la pomme de terre surplusieurs hectares, etc. Et c'est très bien. On ne produit pas tout. On ne produit pas de

fruits. Il y.

Lennan Bate: A plein de choses qu'on ne produit pas. Il ne faut pas avoir peur de ne

pas avoir toute la gamme. Carrément. Et je pense que moi, souvent, quand je présente

le jardin, je dis mais ce n'est pas le seul modèle de maraîchage qui existe et qui

fonctionne. Au contraire, il y en a plein d'autres. Moi, ma sensibilité, elle est là-dessus.

J'ai envie de pouvoir travailler tout à la main. J'aime faire ce genre de légumes. Mais

voilà, il peut y avoir de l'attraction animale et c'est super. Et justement.

Sylvain Coudert: Il va compléter une offre que moi, je ne serais pas capable d'offrir à

une rentabilité qui serait viable pour moi. complètement aligné avec ça. Ce n'est pas le

seul modèle, on est entièrement d'accord. C'est un des modèles. C'est vrai que c'est

pareil, c'est le modèle qui m'aspire le plus et que j'ai embrassé depuis longtemps. Mais.

Lennan Bate: Heureusement que ce n'est pas le seul, c'est sûr. Pour certaines cultures,

il y.

Sylvain Coudert: A des modèles plus efficaces, c'est évident. Selon toi, quelles seraient

les qualités qu'il faudrait pour un jardinier maraîcher en biointensif ? c'est super

organisé, d'avoir cette vision globale de la ferme, cette organisation, aimer cette

gestion de culture, je crois que c'est là le nerf, la clé elle est un peu là, c'est aimer cette

gestion, c'est vraiment avoir ce regard, cette organisation, de faire attention aux

choses, au déplacement, tu parlais de 10 minutes et on perdait un mois par an de

chercher des tuyaux, etc. Il faut avoir envie, moi je suis toujours dans un modèle

d'amélioration, donc il faut avoir aussi, j'ai l'impression, cette mentalité de vouloir

s'améliorer tout le temps, parce qu'on ne peut pas laisser des choses s'accumuler surles années, ça fait vraiment beaucoup d'heures de travail qui vont être au final, qui vont

faire que toute la rentabilité globale du système. Et donc je crois qu'une des qualités,

c'est peut-être avoir cette vision et cette organisation, Pour le maraîcher bio-intensif ou

pas, je pense que c'est aussi d'aller voir des fermes, de se former. Comme je disais, j'ai

fait électrotechnique, donc rien à voir. J'avais cette fibre pour le potager, parce que

malgré mes études en électrotechnique, j'avais un potager. Je suis parti faire un BPRA

pépiniériste, donc je n'étais pas encore dans le légume. de cultiver avec ce PPRA

Pépiniéris, que je faisais en alternance. C'était ça qui était surtout le gros point fort,

c'est que j'ai travaillé une semaine sur deux dans une entreprise où on cultivait. Je

conseille toujours de se former au moins une saison, un an en PPRA, c'est d'après moi

le minimum. C'est important, bien que l'apprentissage de la production peut se faire.

J'ai des exemples autour de moi qui n'étaient pas producteurs de légumes, mais

finalement ils ont fait un jardin biointensif, enfin ils sont maraîchers biointensifs, et ça a

décollé direct. Mais parce qu'ils avaient vraiment cette philosophie entrepreneuriale,

d'organisation, de planification, eux ils avaient vraiment par contre cette capacité

végétales, mais ils avaient tout le reste. Et peut-être que finalement, il y en a un qui est

plus important à voir. Peut-être cette fibre organisationnelle, entrepreneuriale où tu vois

une gestion globale de ta ferme. C'est peut-être.

Lennan Bate: Plus difficile, peut-être, à acquérir. Je ne sais pas. Alors que peut-être

l'aspect culture, finalement, peut s'apprendre un peu sur le tas. Et donc, quand tu dis

voir.

Sylvain Coudert: Des fermes, quel type de ferme est-ce que tu as vu? Est-ce que tu as

vu des choses inspirantes? Et c'est où? Moi, quand je me suis lancé maraîcher, j'étais

membre de l'APABA. Enfin, je suis toujours à l'APABA. L'APABA, c'est notre Gab à

Navéron. Et on avait la chance de pouvoir visiter les fermes, mais pas en bio-intensif. Iln'y en avait pas, en fait, à l'époque. Donc, vraiment, c'était juste voir des maraîchers,

discuter. Et vraiment, ça, c'est quelque chose que j'invite tout le temps à le faire. Et moi,

je le fais encore. C'est oui, en pleine saison, mais ce n'est pas grave. Tu pars une demi-

journée, tu pars une journée, voire trois jours de ta ferme et tu vas voir ailleurs ce qui

se passe. Parfois, tu attends le 3ème jour pour juste avoir une information qui va te faire

gagner des années. C'est pour moi important. Parfois, ce n'est pas assez fait par les

jeunes maraîchers. Il faut vraiment aller voir ailleurs et dans d'autres fermes. Il y a des

choses, tu vas peut-être le découvrir par toi-même, sauf que si on te le dit, tu vas

gagner des années. Et ça, c'est important. Visiter des fermes dans les réseaux,

localement, etc. Dès que tu as.

Lennan Bate: L'Opportunité, j'ai toujours envie de dire, il faut y aller. Il ne faut pas avoir

peur de quitter sa ferme, au contraire. Et alors ça c'est quelque chose dont on n'a pas

encore parlé, mais est-ce que tu es d'accord pour partager un peu tes chiffres ? Quelle

est ta rentabilité ? Comment ça se passe.

Sylvain Coudert: Au niveau du chiffre d'affaires chez toi ? Et tout à l'heure tu parlais de

deux unités à temps plein, comment est-ce que ça s'organise ? Oui, nous au niveau

chiffre d'affaires, on va prendre l'an dernier, comme ça l'année elle était terminée, on

était en 2024, on est à 90 000 euros de chiffre d'affaires. C'est des légumes produits

sur la ferme, il n'y a pas d'achat-revente. C'est ce qu'on produit et ce qu'on vend en

direct sur nos deux marchés. Et niveau personnel, je parle de deux UTH, deux

équivalents de temps plein. Qu'est-ce que c'est ? C'est deux personnes qui en théorie

travailleraient 35 heures toute l'année sauf 5 semaines de congés payés. Donc ça c'est

la base. Sauf qu'en maraîchage ça c'est très difficile à faire parce qu'on a ce cycle

justement où on a un pic d'activité d'avril jusqu'à septembre où on a un pic plus fort.

Donc en fait ça fonctionne pas tout à fait comme ça, c'est-à-dire que ça c'est unéquivalent et nous on peut se retrouver à 3 personnes en même temps pendant la

période hivernale. C'est l'équivalent de 2 ETP mais parfois on peut monter à plus que

ça.

Lennan Bate: Et à un moment donné où je vais être plutôt au repos et où là il y aura

vraiment 0,1 ou.

Sylvain Coudert: 0,2 ETP parfois sur certaines périodes. Du coup, vous faites un

accordéon sur les saisons avec des moments où vous travaillez des horaires plus

longs ? Alors oui, les horaires plus longs, pour moi, dans le sens où moi, je ne dépasse

jamais 40 heures semaine. Ça, c'est vraiment dans les pics de production où je vais

avoir avec le marché, avec le bureau, avec tout compris, c'est-à-dire que ce n'est pas

que 40 heures au champ et loin de là. Ça, c'est vraiment les pics de production, donc

avril-mai notamment, où là, c'est vraiment le moment phare de la saison. Avril-mai-juin,

c'est C'est le moment où je conseille d'avoir de l'armée d'oeuvres en plus, car c'est le

moment très critique où on a beaucoup de cultures chronophages à mettre en place. À

cette période-là, j'ai quelqu'un qui est là sur la saison, plus des saisonniers. Ça va se

faire avec les saisonniers, donc avec les gens qui travaillent, où justement l'ETP

augmente et on va se retrouver à 3 ETP. Eux, ils vont être à 32 heures, moi à 40 par

exemple. Et alors qu'au mois de mars, on va être que 2 et au mois de février, il n'y a

personne par exemple. Là, on est à 0 ETP et janvier où je peux être tout seul, où je vais

avoir juste une plantation. en première semaine janvier où là je vais être à 0,1 ETP ou

0,2 ETP parce que j'aurais fait juste trois jours de plantation. Voilà comment c'est avec

le personnel que ça se lisse et aussi avec mes heures de travail à moi qui vont être

différentes suivant la saison. Mais jamais on n'a pas d'heure.

Lennan Bate: Sup en fait, il n'y a pas.Sylvain Coudert: D'Heure sup, il n'y a pas de surcharge de travail, c'est juste on arrive

au 40 heures à un moment donné. Et comment tu fais pour respecter ça ? te donne le

secret, c'est qu'à 4h30, c'est terminé. C'est fait ou pas fait, c'est qu'on quitte le poste,

limite on lâche la binette des mains. Je suis assez extrême sur les horaires, mais

vraiment dans ce truc-là où le travail doit être fait. Si ce n'est pas fait, c'est qu'il y en

avait trop pour la journée et on reporte le demain. Alors le fait de se mettre ces horaires

là, ça fait quand même un gros avantage. Ces horaires sont vraiment arrivés aussi avec

l'emploi de saisonniers. Ça m'a forcé à avoir des horaires plus stricts parce que c'est

vrai que quand on est tout seul sur le ferme au départ, on peut un peu se laisser aller

et se dire bon mais j'irai après manger, des choses comme ça. C'est quelque chose

que j'ai fait un petit peu les premières années et je dis pas que les premières années

d'installation, l'année 1, 2 voire 3, il peut y avoir cette surcharge de travail quand mais

ça ne doit pas être une routine. moi c'est s'imposer des horaires et donc prioriser nos

actions. On a toute une gestion au niveau des tâches à faire avec mon logiciel Brunel

qui me dit ce que je dois faire mais aussi mon tour de fer de 10 minutes qui va me

montrer mais voilà on doit faire ça ça ça ça on va avoir un tableau où on va mettre

toutes les tâches de la semaine avec des priorités et voilà on avance tâche par tâche et

le fait d'avoir un temps limité donc tu priorises tes actions voilà c'est Après, c'est vrai

que ça fait quand même 12-13 ans que c'est comme ça, mais le fait d'avoir.

Lennan Bate: Des horaires, ça se contraint, je pense, comme la surface en fait. On est

contraint dans ses surfaces, on est contraint dans ses horaires, il faut que ça rentre. Et

du coup, on devient créatif, plus efficace. Et ça, c'est.

Sylvain Coudert: Effectivement sur les surfaces, mais aussi sur le temps. Quand on a

un horaire où on doit s'a******, on y arrive. On fait le maximum pour finir à temps. C'est

ça. C'est de la priorisation. Mais ça, c'est pas spécifique au maraîchage. On l'a vu dansplein de domaines, dans plein d'entreprises. Si tu me laisses huit heures et une

personne pour une tâche ou tu me laisses quatre heures, au final, c'est peut-être Le

gain qu'elle aura fait en.

Lennan Bate: Quatre heures de plus, il est très faible finalement. C'est un peu aussi la

loi de Pareto, 80-20 pour aller galier ces derniers pourcentages. Finalement, ce n'était

pas important. Tout à l'heure, tu parlais de la fertilité, la ville qui nous ramenait de la

fertilité de chez eux et en échange, en fait, nous, on leur redonne aussi de la fertilité à

travers des nutriments. Est-ce.

Sylvain Coudert: Que tu peux en parler ? Qu'est-ce qui se passe chez toi ? Quelles

évolutions tu as pu voir au niveau du sol ? Et puis aussi peut-être la qualité des

légumes ? que je disais, le compost de déchets verts qui est fait à quelques kilomètres

de chez moi, ça a tout changé. Au niveau du sol, c'est quand même assez fou. Il n'y a

même pas une heure, j'étais encore là en train de grattouiller le plat, je me dis c'est fou

ce sol alors que ce n'était pas du tout comme ça il y a 5-6 ans. Cet apport massif entre

guillemets de matières organiques où on va apporter les premières années.

Aujourd'hui, on en met moins. Mais vu qu'on ne retourne pas, on n'est pas dans un

système de labo, on n'est pas dans un système mécanisé, donc on travaille vraiment

juste en surface. Cette matière organique, elle est là, elle est toujours présente, elle est

là en surface. Et on va avoir cet horizon-là de 10-15 cm qui est un amas plein de terre

et de compost qui est complètement différent de mon sous-sol qui, lui, était quand

même très clair, très hydromorphe, battant. Et là, on se retrouve avec plus simple à

travailler, plus sombre, qui se réchauffe plus vite, des levées de semis plus belles, et

puis des cultures derrière qui répondent. C'est vraiment une force, et ça aussi c'est un

point qu'il ne faut pas mettre de côté, sur nos petits modèles on peut.Lennan Bate: Justement le faire, donc il faut se.

Sylvain Coudert: Servir de cet atout là, c'est beaucoup et là il y a d'autres techniques et

peut-être d'autres modèles à inventer qui existent d'ailleurs pour ça quoi. Et vous faites

des analyses de sol ? Il faudrait que j'en refasse une, parce que j'en fais une tous les 4

ans à peu près, et il est temps en 2026 de refaire une pour voir l'évolution. J'en avais

fait une au départ, juste avant le 1er travail de sol, on a des taux de moitié organique

qui ont fait x3, x4, une stabilisation de calcaire, etc. En 3-4 ans, tu vois l'évolution. C'est

une évolution plutôt de surface. Je n'ai pas changé la nature.

Lennan Bate: De mon sol sur un mètre de.

Sylvain Coudert: Profondeur, mais ça m'est égal. Ce n'est pas là que ça se passe. C'est

vraiment au niveau de la surface que ça se joue pour les légumes. Vous êtes à

combien de taux de matière organique ? On avait 1,5 à peu près de matière organique.

Et là, on doit être à 4, 5, quelque chose comme ça. C'est des sols avec 15% d'argile,

plutôt limon.

Lennan Bate: Hydromorphes, qui retiennent beaucoup l'eau pendant l'hiver, le

printemps. Des limons qui ne sont pas drainants, ce n'est pas des limons.

Sylvain Coudert: De rivière. C'est vraiment des limons qui peuvent prendre un bloc,

justement, avec l'humidité. Alors ça, c'est un truc que je ne t'ai pas demandé, mais

vous cultivez combien de mois par an ? Au niveau de la commercialisation, c'est avril,

fin décembre. Ça peut bouger. On a fait plus.

Lennan Bate: Mais c'est plutôt tendance à se rétracter en ce moment, à finir un peuplus tôt. Donc tu as quand même des plantations en janvier sous serre, puis des

dernières plantations en septembre à peu près. Alors toi, tu fais de la formation et si

quelqu'un voulait s'installer, qu'est-ce que tu conseillerais ? Quelle est la meilleure.

Sylvain Coudert: Façon pour justement gagner du temps, de l'argent aussi, parce que

les erreurs, ça coûte cher au dos et en énergie, mais aussi en argent. Donc, qu'est-ce

que tu conseillerais de faire ? Comment est-ce qu'on s'installe efficacement ? de faire

un BPRA, je trouve que c'est quand même une porte d'entrée dans ce monde-là,

surtout lorsqu'on est non issu du milieu agricole, ça va nous permettre de rencontrer

aussi d'autres personnes dans les mêmes situations, d'échanger aussi avec des

potentiels futurs maraîchers.

Lennan Bate: Etc.

Sylvain Coudert: D'avoir une première approche du végétal qui pour moi est

importante. Moi j'ai fait un BTS1 aussi en horticulture et je trouve que d'avoir quand

même quelques notions d'agronomie sans parler d'être agronome, je trouve que le

BPRA Ensuite, dans l'idéal, tu peux faire une saison chez un maraîcher. Et là, j'ai envie

de dire, peu importe le modèle, plutôt un maraîcher performant qui envoie du légume.

Je ne sais pas si c'est très clair, mais ce n'est pas forcément le modèle, le petit

maraîcher qui va s'installer. Ça peut être un conventionnel, même si tu veux faire du bio

plus tard, etc. Mais quelqu'un, voilà, une entreprise où ça produit du légume, où là, tu

vas avoir du palissage, tu vas avoir de l'exercice, tu vas avoir plus Et puis après, si tu

fais un modèle bio-intensif, j'ai envie de dire, il vaut mieux que tu fasses ma formation,

tu vas gagner quand même, pas mal d'années. Nous, on a formé, je ne sais pas, plus

de 300 personnes aujourd'hui et voilà, on a vraiment un taux de satisfaction qui est

énorme. Mais je mets aussi en garde parce que je ne vais pas dire, voilà, tu fais maformation et tu t'installes, c'est faux, ce n'est pas vrai. Aujourd'hui, je ne conçois pas

qu'on puisse juste faire une formation en ligne et s'installer maraîcher, c'est un peu

risqué. Mais c'est vrai que si on fait la formation par micro-ferme, on va donner toutes

les clés, les plannings, les idées de culture, etc. Tout ça, c'est des choses que nous, on

a étudiées On a vraiment pris le temps de tout quantifier au.

Lennan Bate: Niveau de la liste du matériel, des semences, etc. Donc c'est vrai que ça

te permet quand.

Sylvain Coudert: Même d'avoir un bagage clé en main de ton installation, mais ça

n'empêche pas de faire quand même le reste en amont. Si tu devais revenir dix ans en

arrière et te donner un conseil, qu'est-ce que ce serait ? et ça c'est pas grave, j'ai

changé de ferme, mais mon conseil ça serait, et c'est toujours un peu le même que je

donne, de ne pas sous-investir, et pourtant c'est des modèles qui ne demandent pas un

gros investissement, c'est-à-dire que c'est important d'avoir vraiment le matériel dès le

début, moi la grosse erreur que j'ai faite c'était de ne pas avoir assez de serre il y a 10

ans, c'était vraiment le manque de serre, ça a été un point Le choix du lieu, rien ne

nous empêche.

Lennan Bate: De changer, c'est ce que j'ai fait. J'ai eu la chance d'avoir un lieu qu'on

m'a prêté, qui n'était pas un lieu idéal, mais ça m'a permis de m'installer. Mais faire

attention au choix du lieu, cet accès à l'eau. Je me souviens d'avoir entendu dire un

truc qui m'avait bien plu et bien parlé. Tu faisais cette métaphore sur un restaurant qui

n'allait pas ouvrir.

Sylvain Coudert: Ses portes au public avant d'avoir fini sa cuisine, sa salle à manger,

etc. Et que pourtant, en maraîchage, que deux fois, on le faisait. On n'avait pas fini depréparer son midi de travail et qu'on commençait à travailler. Ouais, c'est clair qu'on

l'est. on est très particulier les maraîchers. Je me rappelle quand j'ai dit ça, c'est

lorsqu'on dit la première année d'installation, est-ce qu'on doit, ça c'est sur la première

année d'installation, c'est ce que je conseille aujourd'hui, c'est que la première année

tu t'installes, tu mets tout en place et c'est vrai que c'est un conseil que j'aurais bien

aimé aussi avoir lorsque je me suis installé mais ça c'était il y a 13-14 Mais oui, j'aurais

dû juste prendre le temps de m'installer avant de vendre des légumes sur les marchés.

Et j'ai des exemples autour de moi qui ont fait la formation et qui ont justement fait ça,

de prendre le temps de s'installer. Et c'est juste incroyable. Du coup, l'année 1 de

commercialisation ou l'année 2 d'installation, on va dire, où de suite, ils sont à 30 000.

Lennan Bate: Euros de chiffre d'affaires et c'est parti. Ça va très, très vite par rapport à

ce que moi, j'ai pu faire il y a 14 ans. Oui, c'est sûr que la première année, on ne.

Sylvain Coudert: Devrait pas ouvrir nos portes. Pour honorer un podcasteur américain

qui s'appelle Chris Blanchard, qui est mort maintenant, il posait cette question souvent

à la fin qui était, c'est quoi ton outil favori ? Et j'ai envie de te la poser. Le premier truc

qui m'est venu, et pourtant ce n'est pas pour lui faire de la pub, mais le premier mot qui

m'est venu, c'est Bridgen. C'est l'outil de planification, sans citer de marque, mais je

crois que c'est l'outil qui a quand même fait, vu qu'il est américain, un game changer.

C'est l'outil qui a fait passer peut-être ma ferme à un autre stade.

Lennan Bate: Lorsque je suis passé de mon Excel qui était pourtant Costaud, on avait

vraiment peaufiné le truc avec des collègues et.

Sylvain Coudert: Tout, mais quand même, de ne passer un dossier de planification, ça

m'a fait un vrai changement sur la ferme. Alors, est-ce qu'il y a une chose que tutrouves difficile à entendre pour la plupart des agriculteurs et des agricultrices ? Il y a

l'éthique qui rentre beaucoup, je trouve, dans le maraîchage. C'est important d'avoir

l'éthique, c'est pas le truc. Mais il y a un gros mot, tu vois, quand on parle de rentabilité,

de gagner de l'argent, etc. Il y a quand même parfois un blocage à ce niveau-là. Et je

trouve que c'est dommage de ne pas pouvoir vraiment plus ouvrir ça au niveau des

agriculteurs. Et je peux, je conçois et je comprends qu'on n'ait pas besoin de gagner 2

000, 3 000 et qu'on peut gagner 500 euros par an et c'est très bien. Mais pour moi, ce

n'est pas un modèle qu'on peut promouvoir. En tout cas, je ne vois pas comment on

peut donner envie à des nouvelles générations de venir à la ferme se réinstaller

agriculteur, se dire tu vas déjà travailler pendant trois ans assez fort et puis après tu

vas continuer à travailler fort et gagner 500 euros, ben non c'est pas possible tu vois.

Donc c'est cet aspect travail, finances et oui on a un modèle économique et moi je le

défends et ouais il faut que je fasse des cultures rentables et je défends donc ce côté

là, aspect entrepreneurial entre guillemets quoi parce que on est loin d'être dans une

mutande nationale. C'est vraiment des toutes petites entreprises, mais c'est quelque

chose qui manque, je trouve, au maraîchage. Et on le voit, et c'est dommage, parce

que des fois, c'est pas grand-chose, en fait. C'est des petits caps à passer, et

finalement, derrière.

Lennan Bate: Ça fait toute la différence, et ça nous permet d'être encore maraîchers au

b*** de 15 ans, et dire, ben, ça va, tu vois. Ça roule, et on continue comme ça. Alors

que... Ce n'est pas toujours le cas, malheureusement, en maraîchage. Oui, parce que

l'attractivité du secteur agricole, elle est aussi grandement due au fait de pouvoir en

vivre. Et je pense que les jeunes, ils ne sont pas c***. Ils n'ont pas envie de s'installer

en maraîchage ou dans le milieu agricole parce que ça ne paye pas, parce que les

parents ont dit toute leur.Sylvain Coudert: Vie, surtout ne fais pas comme moi, ne t'installe pas agriculteur parce

que c'est pas rentable, parce que c'est difficile, parce que Il y a des fluctuations du prix

du marché qui rendent ce choix de vie très compliqué, donc c'est normal. Oui, c'est

assez normal et ça s'entend parce que c'est aussi une réalité d'une grosse partie des

agriculteurs. Mais parce qu'on a aussi cette vision assez caricaturale des agriculteurs

et qu'il y a peut-être d'autres modèles et d'autres façons de faire. Et voilà, moi, c'est ce

que je crois à travers le modèle bioétensif. Il y a quand même peut-être des début du

podcast, où ça va bien, où tu gagnes bien ta vie, et oui, il y a quand même d'autres

façons de produire. Et moi, je trouve que le modèle biotensif, à travers toutes les

fermes.

Lennan Bate: Aujourd'Hui qui sont dans ce réseau-là, on le prouve. Les chiffres sont là,

on les montre, on le dit, après on est entendu ou pas entendu, mais en.

Sylvain Coudert: Tout cas, je trouve qu'il y a quand même une fenêtre dans cette

direction. Est-ce que tu veux partager des liens, des réseaux, des ressources en

particulier, peut-être notamment de tes formations, où les gens peuvent te contacter, te

suivre ? Le gros, c'est les jardins de la Valette, lesjardinelavalette.com. Là-dessus, c'est

un report story à peu près tout ce qu'on fait. Et là où on est très actif, c'est là où il y a

aussi la plateforme de formation, c'est ce que j'appelle le cercle du maraîchage. Et là,

on est plus de 1500 maraîchers à discuter. C'est gratuit. Tu tapes le cercle du

maraîchage sur Internet et tu tombes dessus. Il.

Lennan Bate: Suffit de s'inscrire. Et là, il y a tout un tas de maraîchers. C'est ouvert à

tout type de.

Sylvain Coudert: Maraîchage. Mais je vous avoue qu'il y a 80%.Lennan Bate: Ou 90% des conversations qui sont sur le bio-intensif. et puis le cercle du

maraîchage. Super. Merci pour tout le travail que tu fais et les formations que tu donnes

et l'inspiration. Merci Sylvain. Merci à toi. C'était cool de partager tout ça.

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Renouée - Agriculture de RégénérationBy Lennan Bate