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Sixième séance : Quelle politique pour l’anthropocène ?
Seule la politique peut accorder et composer les libertés individuelles, et permet de trouver des solutions capables de s’imposer à tous pour répondre aux problématiques de l’anthropocène. Il y a trois obstacles à dépasser pour trouver des solutions : comprendre l’idée que nous nous faisons de la liberté, prendre en compte les intérêts de tous les êtres vivants, et dépasser le cadre national et la vision court-termiste des politiques.
1. L’anthropocène nous rappelle ce qu’est la liberté.
La liberté définie par Benjamin Constant et Isaiah Berlin est un espace dans lequel il n’y a pas d’intrusion extérieure. En ne considérant la liberté que dans la sphère privée, toute régulation et mesure écologique est ainsi perçue comme une contrainte, une intrusion. C’est pourtant l’accumulation de nos petites actions individuelles, l’exercice de notre liberté, qui devient nuisible dans l’anthropocène.
C’est pourquoi notre conception spontanément libertarienne doit être dépassée : la liberté ce n’est pas de faire ce qu’on veut mais d’assumer les conditions qui rendent possible notre puissance d’agir. L’anthropocène nous invite à nous questionner : que faire de cette liberté ?
2. La délibération politique pour réussir à prendre des décisions libres.
Quand il s’agit de prendre une décision pour la communauté, aucun individu n’a toutes les connaissances nécessaires, mais chacun doit participer à la décision pour que celle-ci soit libre, et non imposée par les experts. Les décisions politiques s’inscrivent dans une situation d’incertitude, personne n’en connaît toutes les conséquences ; il faudrait donc privilégier une délibération collective. Considérer qu’il y a une seule bonne décision, laisser reposer la décision sur une seule personne, ou tenter de satisfaire un maximum de personnes, sont des manières de ne pas délibérer.
L’anthropocène nécessite que nous trouvions une procédure de délibération collective et démocratique, pluraliste et contradictoire, assez généraliste pour englober toutes les existences terrestres, et qui engage les citoyens. C’est la condition d’une décision efficace.
3. La méthode des cahiers de doléances (Bruno Latour)
Pour arriver à cette délibération démocratique, nous devons décrire ce qui nous arrive individuellement, recomposant petit à petit l’expérience de chacun, sans quoi il est impossible de saisir le défi global que constitue l’anthropocène. Bruno Latour imagine de nouveaux cahiers de doléances pour collecter les expériences individuelles, et avoir ainsi le vrai contenu politique sur ce qui doit être débattu. Il ne propose pas de solution, mais une méthode pour raviver la démocratie et la politique à l’époque de l’anthropocène.
Bibliographie
De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, Benjamin Constant, 1817
Eloge de la liberté, Isaiah Berlin, 1958
Où atterrir ? : Comment s'orienter en politique, Bruno Latour, 2017
"Les nouveau cahiers de doléances" dans la revue Esprit, Bruno Latour, 2019
Où suis-je ? Leçons du confinement à l’usage des terrestres, Bruno Latour, 2021
By Les Mardis de SirsaSixième séance : Quelle politique pour l’anthropocène ?
Seule la politique peut accorder et composer les libertés individuelles, et permet de trouver des solutions capables de s’imposer à tous pour répondre aux problématiques de l’anthropocène. Il y a trois obstacles à dépasser pour trouver des solutions : comprendre l’idée que nous nous faisons de la liberté, prendre en compte les intérêts de tous les êtres vivants, et dépasser le cadre national et la vision court-termiste des politiques.
1. L’anthropocène nous rappelle ce qu’est la liberté.
La liberté définie par Benjamin Constant et Isaiah Berlin est un espace dans lequel il n’y a pas d’intrusion extérieure. En ne considérant la liberté que dans la sphère privée, toute régulation et mesure écologique est ainsi perçue comme une contrainte, une intrusion. C’est pourtant l’accumulation de nos petites actions individuelles, l’exercice de notre liberté, qui devient nuisible dans l’anthropocène.
C’est pourquoi notre conception spontanément libertarienne doit être dépassée : la liberté ce n’est pas de faire ce qu’on veut mais d’assumer les conditions qui rendent possible notre puissance d’agir. L’anthropocène nous invite à nous questionner : que faire de cette liberté ?
2. La délibération politique pour réussir à prendre des décisions libres.
Quand il s’agit de prendre une décision pour la communauté, aucun individu n’a toutes les connaissances nécessaires, mais chacun doit participer à la décision pour que celle-ci soit libre, et non imposée par les experts. Les décisions politiques s’inscrivent dans une situation d’incertitude, personne n’en connaît toutes les conséquences ; il faudrait donc privilégier une délibération collective. Considérer qu’il y a une seule bonne décision, laisser reposer la décision sur une seule personne, ou tenter de satisfaire un maximum de personnes, sont des manières de ne pas délibérer.
L’anthropocène nécessite que nous trouvions une procédure de délibération collective et démocratique, pluraliste et contradictoire, assez généraliste pour englober toutes les existences terrestres, et qui engage les citoyens. C’est la condition d’une décision efficace.
3. La méthode des cahiers de doléances (Bruno Latour)
Pour arriver à cette délibération démocratique, nous devons décrire ce qui nous arrive individuellement, recomposant petit à petit l’expérience de chacun, sans quoi il est impossible de saisir le défi global que constitue l’anthropocène. Bruno Latour imagine de nouveaux cahiers de doléances pour collecter les expériences individuelles, et avoir ainsi le vrai contenu politique sur ce qui doit être débattu. Il ne propose pas de solution, mais une méthode pour raviver la démocratie et la politique à l’époque de l’anthropocène.
Bibliographie
De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, Benjamin Constant, 1817
Eloge de la liberté, Isaiah Berlin, 1958
Où atterrir ? : Comment s'orienter en politique, Bruno Latour, 2017
"Les nouveau cahiers de doléances" dans la revue Esprit, Bruno Latour, 2019
Où suis-je ? Leçons du confinement à l’usage des terrestres, Bruno Latour, 2021