Il a beaucoup été question de laïcité ces temps-ci à l’occasion du 120ème anniversaire de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905… et du début de l’Avent avec ce qu’on appelle, je crois, en termes journalistiques, non pas un sapin de Noël mais un « marronnier » : les récurrentes polémiques autour des crèches dans l’espace public.
Je ne sais si les tenants d’un laïcisme forcené se sont rendus compte de l’omniprésence des calvaires à tous les croisements de nos routes de campagne ou des statues de la Vierge à tous les coins de rue de nos villes. Sans doute vaut-il mieux ne pas le leur faire remarquer au cas où ils s’aviseraient de vouloir les démonter ou les détruire comme du temps de la Terreur révolutionnaire. En attendant, des slogans entendus tels que « La religion, c’est à la maison » sont particulièrement ineptes. La religion n’est pas seulement une question de dévotion personnelle, mais c’est aussi ce qui relie les hommes entre eux. La loi de 1905 a fixé un cadre qui a permis d’apaiser et de régulariser les relations entre l’Eglise et l’Etat, mais elle ne prévoyait aucunement l’interdiction de l’expression religieuse dans l’espace public, ce qui constituerait d’ailleurs une aussi grave atteinte à la liberté que d’y interdire l’expression des opinions politiques. Que serait en effet une démocratie qui édicterait comme principe : « Vous pouvez penser ce que vous voulez mais à condition de le garder pour vous » ?
Malheureusement, des évolutions plus récentes marquent un tournant sécuritaire plutôt que libéral, notamment une volonté de réduire la place de la religion à l’école, qui touche même l’enseignement catholique sous contrat avec l’Etat. Il est évident qu’elles sont motivées par la crainte de la place grandissante de l’Islam dans nos sociétés. Mais il est possible que cette méfiance à l’égard des religions en général et de l’Islam en particulier favorise au contraire les communautarismes et toutes les tensions qui vont avec. Alors que les valeurs de l’humanisme chrétien, qui inspirent malheureusement de moins en moins nos sociétés, et, d’une certaine manière, la reconnaissance de nos racines chrétiennes pourraient au contraire favoriser, me semble-t-il, le vivre ensemble. Au retour de son voyage en Turquie et au Liban, Léon XIV invitait les Européens à être moins effrayés par l’Islam. Je pense en effet que c’est aussi en assumant ce que nous sommes que nous pouvons d’autant mieux être accueillants à l’autre et à ce qu’il peut nous apporter.
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