Depuis que le recensement a lieu en continu, et non plus ponctuellement tous les 8 ou 9 ans comme autrefois, l’INSEE publie chaque année fin décembre les chiffres officiels de population, commune par commune et département par département. Et, malheureusement, chaque année, les évolutions sont toujours un peu les mêmes, c’est-à-dire que la population tend à se concentrer de plus en plus.
« Pour moi, je tiens que, hors de Paris, il n’y a point de salut pour les honnêtes gens » faisait dire Molière à ses Précieuses ridicules. Nous n’en sommes plus tout à fait là, car, davantage que
vers Paris, c’est plutôt dans les grandes métropoles régionales ou vers les façades maritimes que nos contemporains tendent à migrer, mais toujours au détriment des villes moyennes et des régions où les densités étaient déjà les plus faibles, comme si celles-ci constituaient des
repoussoirs.
Ainsi, le département qui a le plus perdu depuis le début du XXI ème siècle, 13% de sa population au total, est la Haute-Marne, qui souffre à la fois de l’exode rural et de la désindustrialisation. Suivent d’autres départements de la diagonale du vide comme la Nièvre,
les Ardennes, la Creuse, l’Indre, la Meuse, les Vosges, et puis vient notre beau département de l’Orne, le plus rural de la Normandie, dont toutes les villes perdent des habitants. A l’inverse la Haute-Garonne et Toulouse, l’Hérault et Montpellier, la Loire-Atlantique et l’Ille-et-Vilaine,
avec Nantes et Rennes, mais aussi la Vendée et la Haute-Savoie, connaissent les plus fortes croissances.
Alors que l’on parle de réindustrialisation de la France, c’est malheureusement dans les zones déjà perçues comme les plus attractives, et où peut-être la main d’œuvre sera plus facile
à trouver, que les entreprises auront naturellement tendance à s’installer, ce qui ne fait qu’accentuer les déséquilibres.
Peut-on espérer qu’un jour se mette en place une véritable politique d’aménagement du territoire ? Parce que chaque département, même les plus modestes, sont riches d’un merveilleux patrimoine culturel et naturel et qu’ils méritent tous d’être valorisés plutôt que
d’être laissés en déshérence. Parce que, selon certaines études, ce sont les villes de 5 000 à 50 000 habitants qui permettent d’assurer le meilleur rapport entre la qualité des services offerts et le coût financier et environnemental des infrastructures. Et puis parce que l’enjeu
n’est pas de faire grossir encore les métropoles, dont le développement a provoqué au cours des dernières décennies une artificialisation accélérée des territoires, mais bien de parvenir à aménager notre environnement de manière plus vertueuse en évitant l’étalement urbain. Car la cité idéale, c’est celle que nous connaissons déjà, en ce sens qu’elle ne peut résulter d’une fuite en avant mais sera le fruit de l’amélioration de l’existant de nos villes et de nos villages.
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