Pour Anne-Cécile Suzanne, agricultrice ornaise engagée: "Il faut porter au niveau européen une stratégie commerciale pragmatique et réaliste, en adéquation avec les ambitions agricoles françaises."
Les normes européennes tout d’abord ne doivent plus être une distorsion de concurrence pénalisant les producteurs de l’Union, mais un instrument de protection des producteurs des territoires européens et de projection de la qualité européenne à l’export. Pour cela, il s’agit de permettre la structuration de filières européennes solides. A titre d’exemple, Saipol, acteur français spécialisé dans la transformation d’oléagineux, a structuré sa filière bas carbone. Elle se traduit par une véritable rémunération supplémentaire des agriculteurs, sous forme de primes, en cas de développement de bonnes pratiques telles que le non-labour des sols ou l’apport de fertilisation organique. Ces primes sont financées en particulier par les pétroliers qui, en achetant du biocarburant bas carbone sur le territoire français, diminuent leur bilan carbone. Cette démarche d’amélioration globale, de promotion et de relocalisation des filières doit être répliquée et étendue à l’ensemble des secteurs où cela est possible. Ceci mérite souvent des évolutions réglementaires et des expérimentations à l’échelle supra-nationale, qui demandent financements. Sur ce dernier point, une véritable influence européenne de la France est nécessaire, mais ce type de filière peut également être appuyée à l’échelle strictement nationale dans le cadre des plans stratégiques nationaux définis à chaque renouvellement de la PAC.
La France doit par ailleurs chercher résolument à sortir certains pans stratégiques de son agriculture des règles de concurrence européenne. La Cour de justice de l’Union européenne a tendu la main en ce sens à la France avec sa jurisprudence du Cartel des Endives (2017), en précisant que le bon fonctionnement du marché commun est prioritaire en droit sur les règles de concurrence européennes. Il faut simplement aujourd’hui que la France prenne ce dossier en main. Un, il faut qu’elle prenne acte que le bon fonctionnement du marché dépend de la bonne rémunération des agriculteurs. Deux, il faut qu’elle définisse quelles filières agricoles françaises sont aujourd’hui particulièrement défavorisées par les pouvoirs inégaux de marché. Trois, elle doit agir en conséquence, en instaurant par exemple une autorité administrative indépendante de régulation du marché, pour garantir la rémunération des agriculteurs, même si cette dernière est contraire aux règles de concurrence européenne.
Il faut enfin que l’Union européenne assume sa responsabilité dans la lutte contre la faim dans le monde. Alors que les prix alimentaires mondiaux atteignent des sommets et que de nombreuses populations ne mangeront pas à leur faim en 2022, cette situation est à la fois une catastrophe humanitaire et un véritable danger pesant sur nos frontières. Lutter à la source contre l’immigration illégale et les drames humains qui se jouent revient d’abord à promouvoir le développement de l’agriculture dans les pays en développement et à ne pas réserver l’aide alimentaire aux périodes de surproduction européenne, au contraire.
L’agriculture, indéniablement, doit donc être une priorité de l’agenda 2022.
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