Afrique économie

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  • Sénégal: à Dakar, des taxis électriques chinois pour moderniser le parc automobile

    Au Sénégal, après le bus électrique, place aux taxis électriques. Pour ce projet pilote, la Banque pour le commerce et l'industrie vient d'investir dans un premier lot de 100 taxis 100% électriques. L'objectif : en avoir 10 000 d'ici 2030 pour moderniser le transport urbain toujours très polluant à Dakar.

    De notre correspondante à Dakar,

    Les 100 véhicules gris flambant neufs de la marque chinoise Geely sont tous garés sous un grand hangar. Un premier lot accueilli en grande pompe et une première étape dans la modernisation du parc automobile sénégalais. C'est ce qu'espère Barra Sow, administrateur du Fonds de développement des transports terrestres : « Cent véhicules, c'est un début. Au Sénégal, le transport est très vétuste. Il y a des véhicules qui datent et créent une pollution qu'on a du mal à gérer. L'introduction progressive de ces véhicules électriques va être une bouffée d'oxygène pour l'environnement et créer des conditions de transport beaucoup plus confortables. »

    L'idée est de créer un cercle vertueux : un transport plus écologique, avec des chauffeurs soit futurs propriétaires de la voiture avec un système de crédit-bail, soit salariés d'un groupement d'intérêt économique (GIE) ou d'une coopérative de transporteurs, avec contrat et compte en banque obligatoires.

    Une nouvelle forme d'inclusion financière

    « Le salaire toutes charges comprises est de 229 000 francs CFA (environ 350 euros, NDLR), avec assurance maladie et prime de retraite. À cela s'ajoute une politique d'épargne qui leur permet d'être éligibles à un autre crédit pour leur propre compte. Les chauffeurs de taxis bénéficient de cette inclusion financière. Et, par ricochet, leurs familles », explique Papa Massal Dièye, directeur général de la Banque pour le commerce et l'industrie (BCI), à l'initiative du projet.

    Une bancarisation intéressante pour la BCI, qui gère tout l'aspect financier, mais qui donne aussi de nouvelles perspectives aux chauffeurs. Famara Dafe, à la tête d'un GIE de 25 chauffeurs, se réjouit surtout des économies d'essence : « Avant ces véhicules, un taximan pouvait rouler toute la journée et dépenser en gasoil près de 30 000 francs CFA (environ 45 euros, NDLR). Aujourd'hui, on nous amène des véhicules et avec 5 000 francs CFA (environ 7,60 euros, NDLR), tu as 430 kilomètres ! Là, nous disons merci ! » Reste la mise en place des bornes électriques, en cours, promet l'entreprise qui s'en charge. Huit bornes avec charge rapide et fonctionnant sur batterie doivent être installées à Dakar.

    10 000 véhicules d'ici 2030

    Le coût des 1 000 véhicules est de 20 millions d'euros, selon la BCI. Dix milles doivent être livrés d'ici 2030. Shilu-Jie, responsable du projet chez Geely, confirme l'intérêt de son entreprise pour ce nouveau marché sénégalais : « Ça les intéresse beaucoup, car ici, c'est le début des véhicules électriques et ils vont apporter les services pour les réparations et tout car ils ont l'expertise. »

    Reste un frein majeur pour devenir propriétaire des voitures électriques : le coût de la mensualité – entre 500 et 600 euros par mois – pour acquérir le véhicule, au bout de quatre ans, risque d'être inaccessible pour la majorité des chauffeurs de taxi.

    À lire aussi«30 jours pour le juste prix» : quel bilan pour la campagne contre la vie chère au Sénégal?

    3 min
  • À Madagascar, le pari du raphia et du cuir de zébu haut de gamme

    À Madagascar, le cuir de zébu et le raphia sont deux matières bien connues des artisans. Mais leur potentiel ne s’arrête pas aux objets traditionnels pour touristes. Aujourd’hui, de jeunes créateurs cherchent à les transformer localement en accessoires haut de gamme et à conquérir les marchés internationaux. À Antananarivo, une entreprise mise sur un savoir-faire maîtrisé de bout en bout, du tannage du cuir au dernier point de couture, avec l’ambition de montrer son potentiel aux enseignes de luxe et maisons de couture qui se fournissent déjà sur l’île en produits semi-finis.

    De notre correspondante à Antananarivo, 

    « Est-ce que les peaux sont prêtes, Lucien ? » « Non, pas encore, répond Lucien. Celles-là ont encore besoin d’une dizaine de jours supplémentaires de trempage. »

    Dans le quartier d’Andraisoro, une vingtaine de peaux de zébu sont immergées dans un mélange d’eau et d’écorces d’arbres. Elles doivent tremper au minimum 21 jours dans ce bassin de tannage végétal pour gagner en souplesse. Ici, le brassage se fait aux pieds et à la main.

    C’est la première étape de fabrication des sacs de Saravea, une entreprise créée en 2025 par deux jeunes femmes : « L’idée est partie de créer et de montrer au monde qu’on peut réaliser des produits d’exception made in Madagascar », explique Ando Rasolonjatovo,

    À 37 ans, elle est l’une des deux cofondatrices. Avec Domoina, elles dessinent des sacs qui mêlent cuir et raphia : « On a des raphias qui sont teints avec les feuilles de manioc. C’est ce qui donne cette couleur verte. Ce jaune-là, c’est teint avec du curcuma. Ça, c’est le premier bain, c’est plus foncé… et après le deuxième, le troisième bain, ils sont plus clairs. »

    Si le raphia fait l’objet d’une sélection minutieuse, les deux femmes ont surtout concentré leurs efforts sur la maîtrise du cuir.

    « Le cuir de zébu est très difficile à manier. On voulait un cuir très souple et sans odeur. C’est pour ça qu’on fait nous-mêmes notre propre tannage, poursuit-elle. Là, je vous emmène au cœur de notre atelier. Tous ces rouleaux sur les étagères, ce sont les peaux qu’on a tannées dans le bassin. Elles sont sèches, et prêtes à être parées. »

    « Nassa, tu as fini le traçage ?, demande Lucien. Ok, alors mets-toi, s’il te plaît, à la découpe pour le parage. » Selon Ando, Lucien est leur chef d’atelier : « C’est grâce à lui que nos idées prennent vie. Il nous a tout appris. »

    Du manuel dans chaque pièce

    Chaque pièce passe encore par des gestes entièrement manuels, jusqu’à la couture. « Une de nos autres spécificités, c'est le point sellier, dit Ando. Ce sont des points troués un à un à la main, puis cousus à la main aussi avec deux aiguilles en va-et-vient. Et ça, c’est le top pour la durabilité. »

    Cette exigence répond à une ambition : exporter un produit fini. L’artisanat malgache a généré 32 millions d’euros d’exportations en 2024, dont 58 % pour les produits à base de fibres végétales.

    Sur l’île, près de 70 % du raphia exporté quitte encore le pays sans avoir été transformé. « Ce qui nous démarque [de nos concurrents], ce sont surtout nos modèles, assez vintage, qui sortent des basiques, des cabas ordinaires. Notre objectif, c’est clairement de faire de l’export et d’obtenir des contrats de grandes marques pour des sous-traitances. »

    « Ce qui me plait avec cette ambition, c’est de partager ce savoir-faire précieux, opine Lucien. Former les jeunes, j’aime ça. Parce qu’une fois dans le tombeau, ce savoir-faire ne servira plus à rien. »

    À Saravea, le pari est donc double : faire monter en gamme des matières malgaches encore largement exportées à l’état brut, et surtout transmettre les gestes qui permettent de leur donner davantage de valeur.

    3 min
  • Face au changement climatique, les agriculteurs mauritaniens tentent de s'adapter

    Le changement climatique impacte gravement la production agricole sur le continent africain. Le le Programme alimentaire mondial (PAM), estime que le phénomène El Niño menace de faire basculer près de 50 millions de personnes en plus dans une situation de faim aigüe. La Mauritanie ne fait pas exception aux difficultés. Sur place, le monde agricole tente de s’adapter.

    De notre correspondant à Nouakchott,

    Sous un petit hangar, au milieu de son champ de légumes, Mohamed Mbareck Bacary et ses collaborateurs cherchent un peu d'ombre. Devant eux, des pots bien alignés. Malgré l’arrosage, certaines jeunes pousses ont déjà jauni sous l’effet des chaleurs inhabituelles. Ingénieur environnementaliste, fondateur de l'association Tall Haya qui œuvre dans le maraîchage, il est en première ligne face au changement climatique : « La température est de plus en plus élevée, l'irrégularité de la pluviométrie également et la sécheresse s’accentue de plus en plus, déplore-t-il. Donc ceci affecte les domaines agricoles sensibles, nous avons des produits qui ne peuvent pas tenir dans ces conditions. »

    Cette année, il n’a que très peu plu en Mauritanie. Mohamed Fall évolue dans le secteur agricole depuis plus de trente ans. Même si ses champs ont produit cette année, c'est tout de même moins que d'habitude et cela l'inquiète. « C'est le dernier mois de pluie, après on sera en octobre. D'habitude, je suis en avance, je travaille toute l'année, explique-t-il. Là, j'ai déjà récolté, j'ai enlevé les poivrons. En ce moment, j'ai la tomate qui fleurit, j'ai l'aubergine qui fleurit et la pastèque en production », témoigne-t-il. 

    Pour mieux résister aux effets du changement climatique, pas de solution politique nationale mais des initiatives locales. Mohamed Fall, lui, mise sur le paillage. « Travailler le sol, en le mélangeant avec le fumier de la paille pour au moins pouvoir résister, indique l'agriculteur. On a découvert cette technique, là, vous voyez, c’est le paillage avec des débris de balles de riz et de la paille. Donc là, quand j’arrose, je pourrai rester trois jours sans arroser », témoigne cet agriculteur.

    À lire aussiMauritanie: trois tonnes de graines dispersées dans une nouvelle campagne de semis aériens

    Valoriser des plantes considérées comme nuisibles

    Les start-ups s'emparent également du sujet. Djeinaba Camara, cofondatrice de Typhinity SARL, valorise le typha, une plante envahissante habituellement considérée comme nuisible. Elle l'utilise pour fertiliser les terres des agriculteurs de Rosso et les aider à faire face au changement climatique. « Le typha est une plante envahissante, qui a occupé plus de soixante-deux mille hectares de terre en quelques années. Elle a une croissance rapide de mille quatre cents hectares par an. Donc elle est nuisible aux cultures, elle occupe les terres agricoles. C’est une menace environnementale que nous, on veut transformer en une opportunité économique en la valorisant dans une ressource organique pour la restauration des terres dégradées à Rosso », détaille-t-elle.

    Et de préciser l’usage détourné qu’elle propose de faire de cette plante : « C’est une alternative à l’utilisation des engrais chimiques. Autrement dit, pour aider à augmenter la fertilité de leur sol, augmenter leurs productions, tirer des bénéfices face au changement climatique. »

    Les acteurs rencontrés sont formels : le changement climatique a déjà affecté les rendements agricoles. Un enjeu crucial quand on sait que la Mauritanie importe plus de 70% de ce qu'elle consomme.

    À lire aussiMauritanie: les fortes pluies paralysent les déplacements dans la capitale Nouakchott

    3 min
  • Le commerce Cameroun-Nigeria profite d'une sécurité améliorée

    Depuis 2019, les échanges commerciaux ont repris entre le nord du Nigeria et l’Extrême-Nord camerounais. La sécurisation du corridor permet aux transporteurs de circuler à nouveau et relance les recettes douanières.

    De notre correspondant de retour de Maroua,

    Un convoi de gros porteurs en provenance du Nigeria est à l’arrêt de part et d’autre de la bretelle sableuse qui relie le géant économique au Cameroun. Ces convois ont parfois été la cible d’attaques de Boko Haram. La situation s’est améliorée, selon Aboubacar Mahamed, un conducteur nigérian qui transporte des sacs de mil vers Ndjamena, au Tchad. « Du Nigeria, de Kano en passant par Maiduguri, de Maiduguri pour Banki pour entrer à Kourgui, nous n'avons eu aucun problème, il y a la sécurité de Kourgui à Amchidé et à Yagoua, aucun problème sur la route. »

    Malgré la sécurisation du corridor, Aboubacar Mahamed indique qu’il est préférable de l’emprunter à certaines heures : « Les soldats camerounais du Bataillon d'intervention rapide font beaucoup d’efforts, mais pour nous, si le camion tombe en panne, entre 18 heures et 19 heures, il vaut mieux passer la nuit dans ce village ou dans la brousse, explique-t-il, et autour de 6 heures du matin le lendemain, tu peux démarrer, c’est mieux de commencer à circuler à partir de 6h du matin et se garer autour de 17h. »

    À lire aussiAu nord du Cameroun, les petits commerçants s’approvisionnent au Nigeria [1/5]

    Un corridor devenu essentiel pour les populations

    Pour atteindre Kourgui, ces camionneurs transitent par Limani, le principal bureau des douanes côté camerounais. Fermé en 2014 à cause des exactions de Boko Haram, il a rouvert il y a sept ans.

    Célestin Delanga, spécialiste des questions de sécurité dans le bassin du lac Tchad à l’Institut d’études de sécurité (ISS), souligne l’importance de la reprise des échanges entre les deux pays : « Le Cameroun exporte des produits vivriers, du bétail vers le Nigeria, il importe du carburant, du textile, de l’électronique et des pièces détachées entre autres, liste le chercheur, cela contribue à assurer la sécurité économique. L’amélioration du trafic avec le renforcement du dispositif sécuritaire le long des axes commerciaux transfrontaliers permet notamment de redynamiser les échanges commerciaux »

    Les populations longtemps éprouvées par les exactions de Boko Haram tirent elles aussi les bénéfices de ce regain d’activités économiques. Pour Célestin Delanga, le commerce transfrontalier joue désormais un rôle essentiel dans une région confrontée à de nouvelles difficultés climatiques. « Il y a deux ans, ce sont des inondations qui ont détruit les cultures et les moyens de subsistance, cette année c’est la sécheresse qui paralyse la saison pluvieuse et donc le commerce transfrontalier est une sorte de bouée de sauvetage », affirme-t-il.

    L’amélioration du commerce pousse les ambitions de recettes douanières à 741 milliards de francs CFA pour les neuf premiers mois de 2026. Elles n’étaient que d’un milliard de francs CFA en 2023.

    Retrouvez notre webdocSur les traces de Boko Haram : Cameroun, la terreur aux frontières

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  • Tchad-France: l'économie pour relancer une relation refroidie

    Après le refroidissement diplomatique de 2024, le Tchad et la France cherchent à relancer leur relation par l’économie. N'Djamena veut attirer les entreprises françaises pour financer ses ambitions de développement, avec 26 milliards d'euros d’investissements visés d’ici 2030.

    Un nouveau code du travail, des exonérations fiscales pour les investisseurs étrangers, la digitalisation des entreprises et des services de l’État : le Tchad veut convaincre que son climat des affaires s’améliore.

    Le pays mise notamment sur un guichet unique, via l’Agence nationale des investissements et des exportations (Anie), pour faciliter l’installation des entreprises. Abderrahmane Gademi, administrateur provisoire de la Chambre de commerce et d’industrie, défend ces réformes : « Aujourd'hui, les réformes sont engagées. Donc le développement économique du Tchad, la diversification économique dans sa globalité, la transformation du tissu industriel, liste-t-il, toutes ces priorités aujourd'hui rentrent dans le cadre du Plan national de développement Tchad Connexion 2030, dans le cadre de la mise en œuvre de la vision dictée par le Maréchal Président de la République. »

    À lire aussi«Tchad Connexion 2030» : le nouveau plan national de développement pour moderniser le pays

    L’électricité, un frein persistant aux investissements

    Les réformes sont récentes, mais l’indice d’attractivité établi par l’institut Amadeus pour 2024 ne progresse pas : le Tchad se classe 49e sur 54 pays africains évalués.

    Pour Djimadoum Mandekor, économiste et ancien directeur central à la Banque des États de l’Afrique centrale, l’un des principaux obstacles à l’investissement reste l’accès à l’électricité. « Cet obstacle-là n'a pas disparu. Il y a quand même un décalage entre des engagements et, encore une fois, une mise en œuvre pratique, concrète, souligne-t-il. Des efforts sont à faire pour que les entreprises, tant nationales que celles qui viennent de l'étranger, trouvent les moyens de réaliser effectivement leurs activités à faible coût. »

    Sur cette question, Marc Galinier, directeur Afrique de la société française Qair, vient de signer un accord pour deux centrales solaires de 30 mégawatts aux portes de N'Djamena. « Tout le modus operandi, que ce soit inhérent aux taxes fiscales et douanières, à la facilitation de la contractualisation, force est de constater que ça s'est extrêmement amélioré, met-il en avant, le Tchad met les moyens en place aujourd'hui pour faciliter l'installation des entrepreneurs. »

    À lire aussiTchad: des délestages récurrents à Ndjamena depuis l’incendie de la centrale électrique de Farcha

    Les entreprises françaises de retour au Tchad

    Côté français, le Medef International voit des opportunités dans ce réchauffement des relations, mais aussi dans la reprise de la coopération sécuritaire. Son président, Philippe Gauthier, souligne l’intérêt retrouvé des entreprises françaises pour le pays. « Le Tchad est un pays stable dans la région. Il est passé à travers les "révolutions" des autres pays du Sahel. Et on a pas mal d'entreprises françaises qui reprennent le chemin du Tchad sur les infrastructures, sur l'énergie, sur la santé, etc. », pointe-t-il.

    Quelques accords ont été signés ces dernières semaines. Ils pourraient contribuer à relancer les investissements directs français au Tchad, tombés à 48 millions d’euros en 2024.

    À lire aussiLa France et le Tchad ouvrent une nouvelle page dans leur relation bilatérale

    3 min
  • Kenya: lancement du chantier pour la construction d'une méga-raffinerie à Lamu

    Le milliardaire nigérian Aliko Dangote prévoit une nouvelle méga-raffinerie à Lamu, sur la côte est du Kenya. Le chantier a été lancé officiellement mercredi 30 septembre. Le coût est estimé à 16 milliards de dollars et la construction devrait s'achever en 2030 pour permettre à terme de traiter 700 000 barils de pétrole brut par jour. Le président du Kenya, William Ruto, en a largement fait la promotion, promettant la création de 60 000 emplois, directs et indirects, et l'émergence d'industries dérivées. Aliko Dangote a promis des formations pour 1 000 jeunes des communautés des alentours. Sur place, le projet est accueilli avec prudence, entre espoirs de développement et inquiétudes sur ses retombées. 

    De notre envoyée spéciale à Lamu,

    Issa Timamy, le gouverneur du comté de Lamu au Kenya, a été le premier à se réjouir de la naissance de ce projet de raffinerie lors de la cérémonie de lancement du chantier, le 30 septembre : « Pendant de nombreuses années, Lamu a été présentée comme une région en marge. Un comté riche de son histoire, de sa culture et de ses ressources naturelles, mais trop souvent laissé en retrait du développement. Aujourd'hui, Lamu fait la Une de l'actualité internationale en tant que destination pour les investissements et que terre d'opportunités. »

    Ce lancement a été suivi de près sur l'embarcadère animé de Mokowe, petite ville à une dizaine de kilomètres du port de Lamu, où la cérémonie a eu lieu. Dans cette région frontalière avec la Somalie, bien loin de la capitale, les promesses de développement font rêver Zion. Ce jeune de 27 ans dit gagner un peu d'argent en aidant les passagers à débarquer : « Pour l'instant, l'économie tourne au ralenti. Une fois la raffinerie en activité, elle va beaucoup se développer. Les gens viendront acheter des terrains, construire davantage de maisons et il y aura davantage de commerces. Nous aurons une grande ville dans le comté de Lamu ! »

    Impact environnemental

    Donald, 27 ans aussi, perché sur sa moto-taxi, dit avoir postulé à deux reprises pour travailler dans le port, mis en activité en 2021, sans succès. Alors, il se montre plus prudent : « Nous ne savons pas exactement ce qui se passe, nous sommes simplement spectateurs. J'espère que tout le monde pourra participer au projet et, surtout, en tirer quelque chose. La vie est un peu difficile ici. Tout a augmenté. Nous faisons de notre mieux pour survivre. »

    Le projet est aussi suivi de près sur l'île de Lamu, en face de Mokowe. Très prisée des touristes, qui apprécient sa tranquilité, les eaux de l'océan Indien bordées de mangrove et sa vieille ville, riche de la culture swahili. Mais des inquiétudes émergent sur les conséquences d'un tel projet sur cet écosystème marin et ces paysages paradisiaques. Jamil Mohamed Ali est président de l'association du tourisme sur l'île et lui-même directeur d'un hôtel : « L'industrie touristique est le pilier de l'île, tout tourne autour. Même si je crois à l'importance de transformer et créer de la valeur à partir de nos propres ressources, nous devons être extrêmement vigilants afin de ne pas détruire l'environnement et nos moyens de subsistance au nom des revenus supplémentaires que cette transformation de nos ressources pourrait générer. »

    Le président William Ruto a affirmé, lors du lancement du chantier, que les impacts environnementaux et sociaux de la raffinerie feraient l'objet « d'une évaluation rigoureuse ».

    À lire aussiKenya: le chantier de la méga-raffinerie Dangote inauguré à Lamu devant plusieurs chefs d'État africains

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  • La RDC réforme le code minier en espérant de meilleures recettes fiscales

    Huit ans après la promulgation du code minier en RDC, le gouvernement envisage une nouvelle réforme. Malgré la hausse de la production, soit plus de 3 millions de tonnes de cuivre et 220 000 tonnes de cobalt en 2025, l’État estime que les recettes minières restent en deçà du potentiel du secteur minier. À Lubumbashi et à Kolwezi, la société civile recommande notamment une réforme qui permette à l’État de mieux capter les recettes minières.

    De notre correspondante à Lubumbashi,

    Entre 2018 et 2022, par exemple, les recettes fiscales en RDC sont passées de quatre milliards de dollars à au moins 5,5 milliards selon le FMI. Mais pour les acteurs de la société civile, plusieurs défis restent à relever. « Le premier problème, c’est le nombre de taxes, impôts, droits et redevances que les entreprises doivent payer. On est autour de 60. Cela pose problème », pointe Fabien Mayani, chargé de programme au Centre Carter. C’est pourquoi la société civile propose de « diminuer le nombre d’instruments fiscaux » et aussi de « regarder l’utilité même de certains instruments ».

    Au-delà des taxes, le régime fiscal d’exception dont bénéficie la société minière Sicomines, créée dans le cadre de l’accord RDC-Chine, pose aussi problème. Selon le ministère du Budget, ce régime fait perdre à l’État près d’un milliard de dollars par an. Pour Fabien Mayani, il faut y mettre fin car ce modèle particulier met en place des exonérations fiscales qui font perdre à l’État des recettes. « On a la même chose avec l’accord qui a été récemment signé avec les Américains, qui semble aussi créer des particularités vis-à-vis du code minier », souligne l’expert de l’industrie extractive. Il recommande donc que « tous les opérateurs miniers [soient] soumis au régime fiscal du code minier. »

    Des difficultés de recouvrement

    La société civile dénonce aussi les faiblesses dans le recouvrement de l’impôt sur les bénéfices excédentaires des sociétés minières, en période de hausse des prix. Cet impôt a généré 365 millions de dollars en 2022 contre 90,6 millions en 2023, soit une baisse de près de 25 %. Maître Jean Keba est membre de l’ONG Afrewatch : « Vous avez l’impôt sur le bénéfice excédentaire qui a été instauré en 2018, mais que l’État a des difficultés à recouvrer parce que la régie financière qui recouvre cet impôt n’a pas la maîtrise des études de faisabilité mises à jour par les entreprises redevables. »

    Des études de faisabilité qui permettent d'évaluer la rentabilité de l'entreprise. Annie Tshibola, membre de la dynamique des femmes du secteur minier, plaide plutôt pour une redevance minière fixée en fonction du prix du minerai sur le marché, à l’image de la Zambie. Dans ce pays, « pour le cuivre, lorsque le prix est supérieur à 4,5 mille dollars par tonne, on applique le taux de 4 % de redevance. Quand le prix de la tonne va au-delà de 9 000, on applique le taux de 10 % », prend-elle pour exemple. Pour sa part, la Chambre des mines estime qu’il faut avant tout évaluer l’application de l’actuel code minier avant toute nouvelle réforme.

    À lire aussiRDC: à Kinshasa, le recensement de la population entre dans sa phase pratique

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  • Importations de blé: les tensions en mer Noire ravivent les inquiétudes en Afrique

    Les tensions en mer Noire et les perturbations du détroit d'Ormuz font remonter les inquiétudes sur l'approvisionnement mondial en blé. Pour les pays africains, fortement dépendants des importations, la hausse des cours et surtout leur volatilité compliquent déjà les approvisionnements et ravivent le spectre d'une nouvelle crise alimentaire.

    Le prix du blé a augmenté de plus de 20% depuis le début de l'année. À cette hausse des cours s'ajoutent l'augmentation des coûts du fret et des assurances, dans un contexte de tensions sur plusieurs routes commerciales stratégiques.

    Cette hausse se répercute déjà sur les consommateurs africains. Pour Rémi Depoix, président de la société de négoce internationale Céréalis, spécialisée dans l'exportation de blé vers l'Afrique, le risque serait plus important encore en cas de rupture d'approvisionnement :

    « Il y a un impact, bien sûr, pour les opérateurs économiques, mais aussi pour le consommateur. Parce que même si le prix du pain a parfois été bloqué/fixé dans les pays, le consommateur va le payer plus cher. Mais cela pourrait être plus grave s'il y avait vraiment des ruptures d'approvisionnement dans certains pays. Cela voudrait dire qu'il pourrait y avoir un manque de pain pour l'Égypte, pour l'Algérie ou pour d'autres pays qui en sont de grands consommateurs. Cela pourrait avoir des conséquences sociales extrêmement graves. »

    Les minoteries africaines exposées à la volatilité

    Céréalis a exporté quelque 900 000 tonnes de céréales vers le continent l'an dernier. Selon Rémi Depoix, les minoteries africaines sont particulièrement exposées aux fluctuations des prix, car elles achètent principalement au plus près du marché, plutôt que dans le cadre de contrats à long terme.

    À cette dépendance aux importations s'ajoutent les difficultés des productions locales. La sécheresse a notamment affecté certaines récoltes africaines. Au Tchad, le gouvernement a interdit l'exportation de plusieurs céréales, dont le blé, afin de préserver les stocks disponibles.

    Le ministre tchadien de l'Économie, Tahir Hamid Nguilin, se veut toutefois rassurant sur la situation du pays : « Nous avons énormément de terre. Le Tchad a fait autour de trois millions de tonnes de céréales par an. C'est le premier pays d'Afrique centrale en termes de production alimentaire vivrière en céréales. C'est pour dire le niveau. Nous pensons qu'on a un gap de 100 000 tonnes sur la production de cette année, en sachant que les deux années précédentes, nous avons eu quelque part une certaine surproduction. Nous n'avons pas de crainte à ce niveau. »

    Des récoltes qui ne suffisent pas à réduire la dépendance

    Certains pays d'Afrique du Nord ont enregistré de bonnes récoltes, à commencer par le Maroc, qui devrait produire environ neuf millions de tonnes de blé cette année. Mais cette récolte ne devrait pas modifier en profondeur les besoins du royaume en importations, estime l'économiste Abdelmalek Alaoui, président de l'Institut marocain d'intelligence stratégique :

    « Bien qu'il y ait eu une campagne agricole importante l'an dernier, elle profite majoritairement aux industries exportatrices qui, elles, apportent des devises. Quant à la souveraineté alimentaire en matière de blé, le Maroc est structurellement déficitaire du fait des habitudes alimentaires des Marocains. Le Maroc est un importateur de blé tendre. Si les Marocains consommaient plus de blé dur, nous ne serions pas dans cette situation systémique de déficit. »

    Le souvenir du choc de 2022 reste présent. Au début de la guerre en Ukraine, le prix du blé était passé d'environ 170 à 400 euros la tonne sur les marchés à terme. Les cours restent aujourd'hui très éloignés de ces niveaux. Mais le contexte logistique s'est de nouveau tendu, notamment autour des ports russes. Les exportations de blé de la Russie, premier fournisseur mondial, ont chuté à 347 000 tonnes en septembre, contre plus d'un million de tonnes de plus un an auparavant.

    À lire aussiLes tensions avec l'Algérie redessinent les performances du blé français à l'export

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  • Madagascar: des biofertilisants pour remplacer les engrais chimiques de l’Itasy [2/2]

    Aux portes d’Antananarivo, à Madagascar, la région de l’Itasy abrite de nombreuses exploitations maraîchères familiales. Alors que la croissance démographique impose d’augmenter la production agricole, les sols souffrent de l’érosion et sont appauvris à long terme par l’utilisation d’engrais chimiques. Mais depuis près de dix ans, des milliers de paysans ont adopté un biofertilisant liquide dans leurs pratiques agricoles, ce qui a permis d’améliorer les rendements tout en préservant l’environnement.

    De notre envoyé spécial de retour d'Itasy,

    De l’ambiaty et du tanamasoandro sont disposés sur le sol en terre battue devant la maison de Fabienne Razafindraibe. « Ce sont des plantes bénéfiques pour la terre et elles poussent un peu partout aux alentours », explique-t-elle. Après avoir haché ces végétaux, l’agricultrice les verse dans un bassin rempli d’eau avec du fumier de zébu ramassé dans la localité.

    « Le bassin doit avoir la meilleure exposition au soleil possible. On mélange tous les quatre jours et le biofertilisant est prêt au bout de 28 jours. On le sait car le liquide est vert et homogène et il ne s’en dégage plus de fortes odeurs », détaille l’agricultrice. À ce mélange, d’autres plantes aux facultés répulsives, comme la consoude ou le tephrosia, peuvent être ajoutées pour lutter contre les nuisibles.

    La technique a été enseignée par l’ONG Agrisud à un réseau de 350 maîtres exploitants, des agriculteurs référents chargés de transmettre ensuite cette pratique innovante aux communautés paysannes locales. Environ 15 000 producteurs utilisent désormais le biofertilisant liquide dans la région de l’Itasy, explique Fetison Ramaly Andriamahitsy, chef de projet dans le cadre du programme Agriter : « La production des biofertilisants liquides est accessible à tous les producteurs parce qu’on n’a pas besoin de matériel sophistiqué. Les producteurs peuvent même utiliser des bidons jaunes comme récipients », souligne-t-il. Cette technique permet l’amélioration de la productivité avec une augmentation de 20 % des rendements, assure Fetison Ramaly Andriamahitsy.

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    Amélioration des revenus, diversification des activités

    L’usage des engrais chimiques ou des pesticides chimiques, nocifs pour la santé, rendait l’air irrespirable, se souvient Jean-Patrick Ramanandraibe. Les biofertilisants liquides, que ce paysan utilise désormais, sont particulièrement efficaces pour la culture d’haricots verts. Sur un terrain de 100 m² , il en récolte 250 à 300 kilos, contre 150 kilos auparavant.

    « La terre produit plus, donc je gagne plus, étant donné que la majeure partie de la récolte est destinée à la vente. Je peux désormais nourrir correctement mes porcs et mes volailles, alors que ce n’était pas le cas auparavant. Les revenus supplémentaires m’ont permis d’investir pour améliorer mon activité d’élevage », témoigne-t-il.

    Une diversification des activités économiques également bienvenue à l’heure où la croissance démographique réduit la taille moyenne des parcelles agricoles léguées par les parents à leurs enfants. L’Institut national de la statistique anticipe un doublement de la population malgache à l’horizon 2050.

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  • À Madagascar, l’érosion menace les terres agricoles de l’Itasy [1/2]

    À Madagascar, l’érosion menace les terres agricoles et les revenus des paysans. Dans la région de l’Itasy, les pluies plus intenses accélèrent la dégradation des sols et l’ensablement des rizières. Agriculteurs et ONG tentent de restaurer ces terres et de préserver les activités qui en dépendent.

    Aux portes d’Antananarivo, les champs de l’Itasy aménagés à flanc de colline sont de plus en plus exposés à des pluies intenses. Sur des terrains fragilisés par certaines pratiques agricoles, l’eau dévale les pentes et emporte progressivement la couche arable du sol. « Quand il n’y a plus cette partie arable, les 20 premiers centimètres du sol, toute la fertilité part avec ça. En dessous, on a un socle très dur, la texture ne permet plus d’avoir de bonnes productions », explique Ramarofidy Andriamirajo, coordinateur national de l’ONG Agrisud.

    L’érosion provoque également l’ensablement des rizières et des zones fertiles situées en contrebas des versants. À Madagascar, les immenses ravines creusées dans les sols sont appelées « lavaka ». Elles sont devenues l’un des signes les plus visibles de la dégradation des terres.

    Pour les agriculteurs, les conséquences sont directes. Hanitriniaina Fanomezantsoa a vu une grande partie de ses parcelles recouverte de sable. « Les trois quarts de mes terrains ont été envahis par le sable. Pendant cinq ans, je n’ai eu aucune récolte d’haricots, de pommes de terre et de riz. Certains habitants ont même déménagé à cause de ce problème, d’autres cherchent des sources de revenus complémentaires pour compenser le manque à gagner », raconte-t-il.

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    Planter pour retenir les sols

    Pour lutter contre le phénomène, 26 pépinières ont été installées dans la région dans le cadre du programme « Agriter ». Elles produisent notamment des acacias, des pins et du café robusta. « On cultive des plants d’acacias, de pinus et de café robusta. Ces espèces ont été sélectionnées pour leur capacité à freiner l’érosion du sol », explique Julienne Ramirantsoa, responsable de l’une de ces pépinières.

    Les jeunes arbres sont ensuite plantés sur les terrains les plus dégradés. Plus de 1,5 million d’arbres ont ainsi été mis en terre dans la région. L’ONG Agrisud aménage également des courbes de niveau le long des versants afin de ralentir l’écoulement de l’eau. « Sur les lignes de courbes de niveau, on installe des plantes stabilisatrices du sol type vétiver, des ananas, des defrosia, des citronnelles… Et entre les lignes des courbes de niveau, c’est là que les producteurs vont installer les cultures vivrières », détaille Ramarofidy Andriamirajo.

    À terme, ces aménagements doivent permettre de transformer progressivement les pentes en terrasses agricoles et de favoriser l’infiltration de l’eau dans les sols.

    Un enjeu qui dépasse l’agriculture

    La protection des bassins versants concerne bien plus que les seules parcelles agricoles. Dans l’Itasy, le lac du même nom est lui aussi menacé par l’ensablement.

    Selon Agrisud, sans intervention, le lac pourrait être fortement affecté par le phénomène dans les prochaines décennies. Or il constitue une ressource importante pour l’économie locale : il attire des visiteurs venus notamment de la capitale et fait vivre pêcheurs et artisans.

    Préserver les sols agricoles revient donc aussi à protéger l’ensemble de l’activité économique qui dépend de cet environnement.

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