L'industrie musicale africaine a bondi de 10 % en 2023, selon la Fédération internationale de l'industrie phonographique. L'Afrique est le continent le plus dynamique, mais derrière cette apparente bonne santé, il existe toujours de graves lacunes du côté des salles, des droits d’auteur ou de la distribution.
Au cours du salon professionnel Babel XP Music, qui s'est tenu à Marseille fin mars, tous les acteurs l'ont souligné : l'industrie musicale africaine a besoin d'engagement de la part des États. Premier problème pour les artistes : le manque de salles de taille moyenne, pourtant indispensables à la rentabilisation des concerts.
« C'est notre prochain chantier : répondre à cette question des salles de capacité comprises entre 500 et 3 000 personnes », souligne Muthoni Drummer Queen, musicienne, directrice de festival et patronne d'incubateur. « Au Kenya, on peut déjà voir quelques progrès dans ce domaine. Il y a eu un projet financé notamment par la France qui a permis de réhabiliter cinq salles, comme, par exemple, un ancien théâtre. Je pense que c'est la direction à prendre dans les années à venir. »
Peu de salles moyennes et collecte des droits inefficace au Kenya
Structurer l'industrie musicale, c'est aussi collecter les droits. Quand une musique est diffusée, l'artiste doit être payé. Mais les sociétés de gestion des droits d'auteur sont encore trop faibles, notamment au Kenya. « De par sa conception, le système est inefficace, déplore Muthoni Drummer Queen. Il y a trop de gens qui, soit volent l'argent des artistes, soit refusent de contribuer, comme les radios ou les chaînes de télévision. Elles utilisent la musique, mais ne paient pas pour ça. »
Le Cameroun ignoré par les plates-formes de distribution
Au Cameroun, depuis février dernier, les acteurs de l'industrie musicale, regroupés au sein du Conseil camerounais de la musique, tiennent des ateliers avec pour objectif de fournir à l'État une feuille de route dès juin prochain. « On va vers la naissance d'une industrie et ce sont ses bases que nous sommes en train de fixer », se félicite Paul Edouard Etoundi. Musicien et producteur, il espère que l'État prendra en compte les chantiers déclinés par les artistes, dont l'accès aux plates-formes de distribution.
Paul Edouard Etoundi poursuit : « La plupart des plates-formes de distribution numériques ne reconnaissent pas notre pays. YouTube, par exemple, s'arrête aux frontières du Nigeria. Spotify ne connaît pas le Cameroun. Je sais qu'il y a des choses qui sont en train d'être mises sur pied. Mais en réalité, tout est à construire. »
L'État devrait commencer par donner un statut à l'artiste, estime Didier Toko, président du Conseil camerounais de la musique. « Tant qu'on n'est pas considéré comme un secteur marchand, un secteur qui crée de la valeur, tant qu'on n'est pas identifié comme des professionnels, c'est déjà un problème. »
Reste enfin la formation aux métiers artistiques. Ingénieur du son, ou de la lumière, producteurs et managers. Là encore, les initiatives émanent souvent du secteur privé, plus rarement des pouvoirs publics.