Pour le début de cette chronique, je laisse la parole à Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre et actuelle députée Renaissance. Elle salue le fait que le Parlement ait adopté définitivement un texte renforçant l'accès aux soins palliatifs, ce qui est en effet une bonne chose, et déclare :
« Ce texte va dans le sens d’une fin de vie plus digne et mieux accompagnée. J’appelle de mes vœux que le Parlement aille au bout de ce processus de dignité, en adoptant également le texte sur l’aide à mourir. Je veux le redire ici : cette loi n’enlève rien à personne. Elle n’impose rien. Elle ne contraint aucune conscience, aucun choix individuel, aucune conviction personnelle. Elle donne le choix. » Ce texte, le Sénat vient de le rejeter, ce qui manifeste bien l’absence de consensus. Mais il va malheureusement revenir à l’assemblée nationale car le Président Macron a décidé d’en faire une priorité. Ses fidèles nous servent ainsi ce genre « d’éléments de langage », comme on dit.
Alors encore heureux qu’aucun malade ne serait a priori contraint à recourir à l’euthanasie ! Mais, on peut constater que ce projet de loi met en cause la dignité de la vie de certains d’entre eux compte tenu de leur pathologie. La loi doit-elle définir ceux qui sont éligibles à mourir ? Car c’est évident que cela ferait peser une vraie menace sur eux. Dès lors qu’ils sont ainsi désignés, une pression systémique peut s’exercer sur les malades et sur les personnes porteuses de handicap. Elles seront obligatoirement amenées à se poser la question : ma vie vaut-elle vraiment la peine d’être vécue, compte tenu du coût des traitements ou du poids que je représente pour mes proches ? A noter que, dans son état actuel, le projet de loi prévoit un délit d’entrave à l’aide à mourir puni plus sévèrement que les pressions en faveur du recours à l’euthanasie. Sans parler de la clause de conscience limitée, mettant en danger l’éthique médicale.
C’est pourquoi, comme beaucoup d’autres, les évêques ont dénoncé récemment une imprudence morale et ont rappelé que la valeur d’une société se mesure à la manière dont elle accompagne les plus fragiles. Nous devons nous donner les moyens de mieux prendre en charge la souffrance car cela fait drastiquement et concrètement baisser les demandes d’euthanasie. Cantonner les débats à une rhétorique « n’enlève rien / n’oblige à rien » n’est pas honnête intellectuellement. J’espère que les députés, notamment de gauche, ne se laisseront pas avoir par cette rhétorique purement libérale et seront sensibles à cette question de la détermination sociale. Ils pourront alors voter contre un projet de loi validiste, eugéniste et handiphobe. Au fur et à mesure des lectures à l’assemblée, l’écart se resserre. Ce projet de loi peut être rejeté !
Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.