Bonjour, chères auditrices et auditeurs ! Je suis très heureuse de vous retrouver sur les ondes de RCF Normandie.
La semaine qui vient de se dérouler me laisse une impression amère, anxiogène. Les mobilisations lycéennes n’ont pas faibli, et la convergence des revendications lycéennes et des Gilets Jaunes a donné lieu à des manifestations impressionnantes partout en France, ainsi qu’à des scènes de violence urbaine. Samedi soir, sur les réseaux sociaux, deux récits se sont affrontés. Le récit de mes amis Facebook par les images de violences, et le récit de mes amis Facebook revenant de manifestation, racontant les nassages et les jets policiers de gaz lacrymogènes avant même que les cortèges se mettent en mouvement. Ces deux récits n’ont pu que très difficilement se parler. Les comptes-rendus complexes de la journée de samedi n’ont pas pu trouver la place qu’ils méritaient. Les cercles dans lesquels j’évolue sont variés : il y a des gens de gauche pas forcément croyants mais souvent écologistes, des écologistes chrétiens, des chrétiens de droite pas forcément écologistes. Autant d’amis rencontrés au hasard de la vie, mais qui n’arrivent plus à débattre calmement et de manière constructive aujourd’hui.
Je suis loin d’être la seule à faire ce constat : la complexité peine à se faire une place dans l’opinion publique. Les débats se polarisent, et il est difficile de tenir des positions complexes qui font place à la fois aux victimes des pillages et aux victimes des forces de l’ordre. Il devient difficile d’expliquer qu’une partie de la jeunesse dit qu’elle n’a plus que la violence pour se faire entendre, car on ne l’écoute pas quand elle est non-violente, sans être accusé de défendre la violence comme moyen d’action légitime. Chercher à expliquer les causes de la violence pour l’empêcher de survenir nous fait passer pour des apologistes de la violence gratuite. Il devient tout aussi difficile de critiquer l’action des forces de l’ordre sans passer pour quelqu’un qui veut du mal à la France.
Même chez les chrétiens, beaucoup de personnes semblent se satisfaire de la polarisation croissante du pays, qui divise les gens en deux catégories, soutiens inconditionnels ou ennemis dangereux, et qui n’admet plus aucune réflexion critique.
Comment retrouver le sens du bien commun ? Comment choisir un autre chemin que celui du conflit ouvert et de la division inéluctable ? Comment guérir les maux d’une partie du pays en retrouvant la voie de l’écoute et du déplacement de soi ? Je n’ai pas malheureusement pas la réponse. Mais j’ai une conviction forte : même face à la situation actuelle en France, même quand l’angoisse et la peur semblent l’emporter – et que certains travaillent activement à cette victoire –, il y a une place pour les récits complexes et pour les paroles qui refusent les divisions binaires et manichéennes. Il y a encore une place pour l’écoute et la désescalade, pour la recherche de la paix et de la justice sociales.
Souhaitons que nous puissions nous appuyer sur notre foi pour travailler en ce sens !
Merci, chères auditrices et auditeurs, et à bientôt !
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