« Il y a des jours où l’absence d’ogre se fait cruellement sentir. » Je trouve très amusant cet aphorisme d’Alphonse Allais grâce auquel il semble se plaindre, avec ironie, des enfants turbulents et de notre incapacité à les gérer.
Comme quoi cela ne date pas d’hier ! Alphonse Allais aurait certainement été client des nouvelles classes « sans enfants » que propose désormais la SNCF, ce que je trouve assez lamentable pour un service public qui prône certainement par ailleurs l’inclusivité et le « vivre ensemble », car on aime se payer de mots dans ce genre d’institution…
Cela n’a échappé à personne puisque cela a fait les gros titres de l’actualité en ce début d’année : en 2025, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le nombre de décès en France (651 000) a dépassé celui des naissances : seulement 645 000 contre encore plus de 800 000 jusqu’en 2015. Le taux conjoncturel de fécondité en France métropolitaine s’est établi à 1,53 enfants par femme, le plus faible de toute notre histoire, excepté un court moment pendant la Première Guerre mondiale, très loin du taux nécessaire au renouvellement des générations.
La tendance « no kids », qu’illustre si bien l’offre de la SNCF, gagne du terrain. Et pourtant, le nombre d’enfants souhaité par les personnes en âge de procréer, même s’il est lui-même en diminution, reste bien supérieur à celui de la réalisation puisqu’il se situe encore autour de 2,3 enfants en moyenne.
Ma femme et moi avons eu la chance d’avoir nos enfants au cours des décennies 1990 et 2000, un temps où la société française restait très accueillante à l’enfant, plus sans doute que dans d’autres pays d’Europe, et cela contribuait à notre dynamisme. Malheureusement, les temps ont changé. Les atermoiements de la politique familiale ont brisé la confiance des familles dans le soutien que l’Etat pourrait leur apporter dans la durée. La forte augmentation du coût des logements rend l’accueil des enfants plus difficile. Mais la problématique n’est pas seulement économique, elle est aussi éthique. Nos sociétés, qui votent la possible congélation des ovocytes, ne respectent pas les rythmes biologiques. Et les « normes procréatives » sont de plus en plus exigeantes : c’est tout juste si des jeunes parents ne sont pas jugés comme irresponsables si toutes les conditions, ou l’idée qu’on s’en fait, ne sont pas réunies pour « réussir son enfant »… Sans parler des inquiétudes vis-à-vis de l’avenir !
Toute l’action politique devrait viser à rendre notre monde plus désirable et plus accueillant à la vie et à rendre confiance aux jeunes qui veulent créer une famille. Je ne crois pas que ce soit actuellement le cas.
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