À partir de deux recherches postdoctorales menées dans le cadre du projet Chine CoRef, cette communication interroge les limites d’une enquête reposant exclusivement sur des ressources numériques en Chine et explore les moyens de dépasser certaines de ces contraintes. Au-delà des obstacles d’accès (identité numérique chinoise, numéros locaux, restrictions d’API), l’enjeu majeur tient à la double médiation des données : par les algorithmes de filtrage et de classement, mais aussi par des formes narratives et idéologiques qui transforment les contenus (annonces immobilières incomplètes ou filtrées par des logiques commerciales et politiques, posts esthétisés et patriotiques sur les parcs). Les deux présentations discutent ainsi des ressources et compétences nécessaires pour mener des enquêtes plus fiables – outils techniques (téléphones chinois, VPN spécialisés), maîtrise pratique des applications, analyse critique des récits produits – et montrera pourquoi, dans ce contexte, une recherche « tout en ligne » doit nécessairement être articulée à d’autres méthodes de terrain.
À partir d’une recherche sur les reconfigurations de la production urbaine en Chine contemporaine, cette intervention interroge les apports et les limites de l’articulation entre enquêtes numériques et enquêtes de terrain pour analyser les transformations conjointes des mobilités internes, du logement et des politiques urbaines. Elle s’intéresse plus particulièrement à la manière dont les migrants internes, longtemps pensés comme une main-d’œuvre provisoire et marginalisée, sont désormais intégrés de façon plus sélective aux stratégies de développement urbain, dans un contexte de crise immobilière et de réajustement du modèle de croissance chinois. En s’appuyant sur des expérimentations de collecte de données issues de plateformes immobilières, de bases de données publiques et, à terme, des réseaux sociaux chinois, la présentation revient sur les difficultés concrètes du moissonnage du web en Chine, les problèmes de représentativité des corpus, ainsi que sur les contraintes techniques, linguistiques et politiques propres à ces environnements numériques. En montrant comment ces matériaux permettent de préparer, d’orienter et d’affiner l’enquête de terrain, elle souligne l’intérêt d’une démarche hybride pour saisir les nouvelles formes de différenciation résidentielle, de hiérarchisation des migrants et de transformation des espaces urbains, tout en insistant sur la nécessité d’une lecture prudente, réflexive et contextualisée de ces données.
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