Bonjour mes amis J A la mi-mars, de façon mystérieuse, sur le tronc noirs des arbres de Judée, on voit apparaître des papillons roses, des familles de papillons. Sur le bois mort de chaque branche aussi, apparaissent ces petits bouquets de fleurs roses, et c’est magique ! Comme si de nouveaux papillons arrivaient chaque nuit d’un long voyage, peu à peu l’arbre devient rose entièrement, un rose soutenu. Ce n’est qu’apres que vont sortir les belles feuilles rondes, vert d’eau. Dans le grand parc de l’école vétérinaire de Toulouse où est posé mon laboratoire, juste à coté du labo un arbre de Judée incline ses branches noires et tordues. Et chaque année, sa floraison est un enchantement. Alors de mi-mars à fin-avril, au lieu d’aller manger chaud au restau-U de l’école, au milieu du joyeux brouhaha de mes étudiants véto, je préfère pique-niquer là, en silence. J’écarte de la main les gendarmes rouges en masque africain qui se chauffent en famille, et je m’assied par terre, cul sur le bitume et dos au mur, en plein soleil. J’ouvre ma boite d’épinards et mes sardines à la tomate, et j’entre en contemplation des arbres qui m’entourent. Car sur la droite du vieil arbre de Judée en fleur, démarre un alignement de micocouliers. Ils sont sublimes aussi, les micocouliers, en mars-avril. Nimbant leur large tronc gris et leur élégante ramure, le feuillage tout neuf est léger-léger. C’est un brouillard jaune qui s’épaissit chaque jour un peu en cachant les branches, et en virant au vert lumineux. La contemplation silencieuse de ces arbres, qui dansent en un tableau vert et rose scintillant, lavait mes yeux et mon âme chaque jour à l’heure du déjeuner, compensant ma solitude choisie. Tant de beauté contemplée me conduisait souvent, en guise de dessert, à prolonger la pause par la méditation d’un psaume. En vous en parlant, je me souviens que le vert et le rose, étaient des couleurs chères à ma maman : elle recevait toujours ses amis à manger sur une nappe rose avec des bougies vertes (parfois l’inverse quand la nappe rose était tachée ou les bougies vertes toutes fondues). Et c’est dans une paix profonde et l’esprit renouvelé par ce silence que je revenais à mon bureau vers 13 heures, plein d’un enthousiasme généreux, et prêt à reprendre à bras le corps l’écriture de l’article scientifique, le polycopié de cours ou la réunion de labo que j’avais laissés en plan une heure plus tôt. Quel privilège de travailler à la campagne ou presque, quand on habite en ville. Quelle merveille que la roue des saisons renouvelle chaque mois la beauté du monde sous nos yeux, qui libère en silence la joie et la paix que le Seigneur y a placées pour nous, pour notre bonheur J à bientôt mes amis