Au Vatican, le sommet sur les abus dans le clergé, qui se tiendra fin février, est en phase de préparation. Une réunion voulue par le pape François, et qui rassemblera les conférences épiscopales du monde entier pour faire le point sur les abus sexuels et autres abus de pouvoir. Le Vatican, deux mois avant la rencontre, met la pression sur les épiscopats, pour que ce sommet débouche sur des résultats concrets.
Par Eric Sénanque
De notre correspondant au Vatican,
Mardi, le comité d’organisation de ce sommet a envoyé un courrier à tous les participants en leur expliquant clairement l’objectif de cette rencontre, très attendue par les victimes. Ce courrier reprend les mots de la « lettre du pape au peuple de Dieu » que François avait écrite au mois d’août dernier, dans laquelle il expliquait que « si par le passé, l’omission a pu être tenue pour une forme de réponse, nous voulons aujourd’hui que la solidarité devienne notre façon de bâtir le présent et l’avenir ».
Cette solidarité dont il parle, c’est bien sûr avec les victimes, victimes d’abus ou de pédophilie ou même d’abus de conscience et de pouvoir, puisque tous les types d’abus seront concernés lors de la rencontre de février. « Nous devons écouter ce que ressent une personne victime d’abus », martèle le souverain pontife depuis de longs mois. Dans leur courrier, les organisateurs du prochain sommet expliquent que c’est la crédibilité de l’Eglise dans sa mission qui sera mise en péril si une réponse « compréhensive et collective » n’est pas apportée face à ce fléau.
Mais ce courrier à destination des évêques va même plus loin : il invite tous les évêques à rencontrer des victimes…
La première étape doit être de « reconnaître la vérité de ce qui s’est passé », poursuit ce courrier adressé en particulier aux présidents des conférences épiscopales. Il faut en effet en finir avec le déni de ces évêques dans le monde qui n’ont pas voulu voir des abus dans leurs diocèses. Pour cela, ils sont exhortés à « contacter les victimes des abus sexuels commis par le clergé dans leurs pays respectifs et à leur rendre visite avant la réunion de Rome ».
Ces rencontres, a précisé le Saint-Siège dans un communiqué ont pour objectif de s’assurer que les survivants d’abus sont bien en tête des priorités. Lors de ses voyages apostoliques, le pape a pris l’habitude de rencontrer des victimes d’abus, aux Etats-Unis, au Chili ou en Irlande par exemple, des rencontres privées pour respecter leur anonymat et favoriser un vrai dialogue. On le voit, les évêques du monde entier sont appelés avec insistance à se mettre au diapason avec l’évêque de Rome, le Pape François…
Comment expliquer Eric le ton ferme de ces recommandations ?
Avant tout par le fait que l’Eglise catholique, comme on vient de l’entendre « joue sa crédbilité ». Avec ce sommet, inédit dans son histoire, elle n’a pas le droit à l’erreur. L’un des organisateurs de cette rencontre, l’archevêque de Chicago expliquait il y a quelques semaines que ce sommet devra déboucher sur des résultats concrets pour en finir avec les abus. Cela doit-être le début d’une « réforme mondiale de l’Eglise » précisait-t-il. L’autre raison est que l’Eglise est multiple, universelle. Et que si certains épiscopats semblent avoir pris la mesure de la crise, ce n’est pas le cas pour d’autres. L’un de ceux qui ont le mieux résumé les obstacles dans l’Eglise aujourd’hui est l’ancien porte-parole du Saint-Siège le père Federico Lombardi. « On continue à croire de façon illusoire qu’il s’agit d’un problème principalement occidental, ou même américain ou anglophone écrivait-il il y a quelques jours dans une revue jésuite, mais il ne faut pas négliger la possibilité de nouvelles « éruptions dramatiques » concernant d’autres aires géographiques ou culturelles ». On pense à certains pays d’Afrique ou d’Asie où la pédophilie est encore un sujet particulièrement tabou. Ce grand sommet de février a donc pour ambition d’aborder la question des abus en profondeur et sans dérobade, en mettant les évêques face à leurs responsabilités. La « responsabilité », « rendre des comptes » et « la transparence » seront d’ailleurs les trois axes de travail de cette rencontre.