La Chambre basse du Parlement russe s’apprête à voter en deuxième lecture le projet de loi sur la rénovation des immeubles construits entre 1957 et 1968. C’est une affaire qui fait couler beaucoup d’encre dans le pays. Elle a déjà provoqué plusieurs manifestations. Car ce projet concerne des centaines de milliers d’habitants. Décryptage.
De notre correspondante à Moscou,
C’est un projet pharaonique. Il a été revu à la baisse, mais à l’origine, quand il a été lancé en février dernier, il prévoyait la destruction de 8 000 bâtiments, c’est-à-dire 1/10 de la surface d’habitation à Moscou, et un 1,6 million de personnes !
Le projet a été revu à la baisse car beaucoup d’habitants y étaient opposés. Ainsi, le 14 mai dernier, 20 000 Moscovites sont sortis manifester leur opposition, et presque chaque week-end, il a des manifestations dans les quartiers. Aujourd'hui, 4 500 immeubles sont encore concernés.
Pourquoi la mairie de Moscou veut elle détruire tous ces immeubles ?
Ce projet concerne surtout les immeubles que l’on appelle les kroutchevkas, car ils ont été construits sous Khrouchtchev. A l’époque, ces immeubles étaient considérés comme modernes, avec les sanitaires et une cuisine par appartement, alors que de nombreuses familles habitaient encore dans les appartements communautaires, avec cuisines et sanitaires en commun.
Il s’agit d’immeubles bas, on les appelle d’ailleurs aussi « les 5 étages », construits rapidement et qui n’étaient pas destinés à durer très longtemps. Mais à l’époque, c’était un progrès incontestable. Alors maintenant la plupart ont besoin d’être rénovés.
Alors, pourquoi une partie de la population s’y oppose t-elle ?
La plupart des gens sont propriétaires de leur appartement et ont peur d’y perdre. Dans le projet initial, il n’était pas possible de contester la décision de la mairie, qui garantissait seulement aux personnes expropriés un logement de même taille. Désormais, elles peuvent demander un logement équivalent en taille ou en prix, ou une compensation financière.
Surtout, les habitants des immeubles concernés ont obtenu d’être consultés. Depuis le 15 mai et jusqu’au 15 juin, ils peuvent s’exprimer par le biais d’Internet, ou lors de réunion de copropriétaires. Si plus d’un tiers des habitants est contre la démolition, l’immeuble sort du programme. L'immeuble sera démoli si les deux tiers des habitants sont d'accord. Mais les juristes se demandent ce qui va se passer pour ceux qui ne voudront pas partir.
De gros intérêts financiers sont également en jeu. L’ONG Transparency International note que ce projet financé par les deniers publics est très intéressant pour le consortium de cinq entreprises qui doit s’en occuper. Et les opposants au projet notent aussi que des immeubles en parfait état se retrouvent dans le programme de démolition. Ce qui leur laisse penser que plus que la rénovation, c'est la spéculation foncière qui est en jeu.
Mais cette affaire a créé une telle agitation que le projet pourrait bien être reporté pour ne pas perturber la campagne pour l’élection présidentielle de mars 2018.