Au Canada chaque année, la police mène plusieurs centaines de “no knock raids” ; “no knock” littéralement cela signifie “sans frapper à la porte”.
Cette appellation englobe plusieurs types de raids plus ou moins violents : la forme la moins violente appelée « breach and call out » (trad.: effraction et sommation) consiste à enfoncer la porte d’un domicile sans entrer immédiatement, en sommant les occupant.es de sortir les mains en l’air.
Dans la forme la plus violente du “no knock”, des policiers armés de fusils, généralement en tenue de combat voire cagoulés, enfoncent la porte à l’aide d’un bélier, déclenchent un dispositif de distraction tactique de type grenade assourdissante juste après le seuil, puis pénètrent dans la maison dans le climat de terreur et de panique ainsi créé. Ce type de raid porte aussi le doux nom euphémisant « d’entrée dynamique ».
Dans le droit canadien, l’article 8 de la Charte canadienne des droits et libertés stipule que toute personne a le droit d’être protégée contre les perquisitions ou les saisies abusives. Afin de garantir ce droit lors de l’exécution de mandats de perquisition à domicile, les policiers doivent, en règle générale, frapper et annoncer leur présence avant d’entrer dans une maison. C’est la règle du “knock and announce” (trad. : “frapper et annoncer”). Dans l’esprit du droit, les perquisitions “no knocks” sont supposées être exceptionnelles. En réalité, elles sont extrêmement courantes, voire systématiques dans des cas où la police dit espérer saisir de la drogue.
Ces dangereux raids, symptomatiques d’une militarisation policière favorisée par une prétendue guerre à la drogue, sont généralement menés à la lumière d’informations émanant d’indics anonymes qui ont été payés ou négocient ainsi un allégement d’accusations pesant contre elleux ; l’institution justifient ces raids par la crainte d’un suspect éventuellement armé ou d’une possible destruction de preuves.
Dans la réalité, les raids no knocks affectent de manière disproportionnée les communautés noires et autochtones et mènent systématiquement à de graves violations du droit des individus, à la traumatisation collective ainsi qu’à de multiples violences.
Le 7 octobre 2020 au matin, à Ottawa (Ontario), la police a fait irruption en perquisition “no knock” au domicile familial de Nhora AUST. Ils ont terrorisé toutes les personnes présentes, dont des enfants et une personne âgée ; son fils Anthony AUST, âgé de 23 ans et visé par la perquisition, a fait une chute mortelle du 12e étage.
Le 26 février 2026, dans un hôtel du centre d’Ottawa, nous avons retrouvé Nhora pour qu’elle nous raconte leur histoire, son combat pour son fils et sa lutte contre les violences d’État.
Bonne écoute. (Le titre de ce podcast est une référence à l’incipit du Cahier du Retour au pays natal d’Aimé Césaire )