Alors que le Maroc vit une période de sécheresse inédite qu’il n’a pas rencontrée depuis 30 ans, la culture de certains fruits comme l’avocat et la pastèque qui assèchent les nappes phréatiques a été pointée du doigt par un mouvement écologiste. Une seule pastèque de 10 kg peut consommer jusqu’à 450 litres d’eau douce, alerte l’association de défense de l’environnement.
Le royaume est déjà classé comme ayant un climat semi-aride avec un important phénomène de désertification. Pourtant, certaines cultures fruitières consomment de l’eau potable de façon excessive, également dans des régions connues pour être pauvres en eau.
Aujourd’hui, le Maroc connait un taux de remplissage de ses barrages de l’ordre de 32,7 % contre contre 49 % en 2021 soit bien au-dessus des graves périodes sécheresse que le pays a affrontée dans les années 80 et 90.
Et, le volume total de mobilisation des ressources en eau enregistré s’est chiffré à 732 millions m3 du 1er septembre 2021 au 28 février dernier, soit un déficit de l’ordre de 90 % par rapport à la moyenne annuelle.
C’est ainsi que le mouvement Maroc environnement 2050 a fait un plaidoyer pour un changement radical de politique agricole au Maroc, de la repenser selon les spécifiés des régions et le niveau de consommation en eau, en éliminant les productions qui assèchent les nappes phréatiques du pays et favorisent la sécheresse.
Le mouvement a estimé que le Maroc exportait l’une de ses ressources naturelles les plus précieuses, à savoir son eau souterraine, pour l’exporter sous forme de fruits, mettant en avant que ce phénomène menace la sécurité en eau potable du pays.
Le mouvement souligne en particulier les cultures d’avocat et de pastèque pour l’export, dont il demande « l’arrêt immédiat » pour protéger les ressources en eau du Maroc.
Cette demande expresse et urgente intervient dans un contexte de raréfaction de l’eau au Maroc, où le gouvernement a demandé aux municipalités de mettre en place des mesures draconiennes pour réduire le gaspillage d’eau potable, notamment en réduisant le débit d’eau potable dans les ménages, l’interdiction de son utilisation pour l’arrosage des golfs et jardins des hôtels, le lavage des véhicules et le nettoyage des rues…
Le mouvement Maroc environnement 2050 affirme que les mesures prises par les autorités seraient insuffisantes pour palier la situation que vit le pays. Il dresse, en chiffres, la portée et l’impact des cultures dont il demande l’arrêt.
« Un kilo de pastèque plantée dans le désert consomme 45 litres d’eau en cas de recours à la technologie du goutte-à-goutte, ce qui signifie qu’une pastèque pesant 10 kg peut consommer 450 litres d’eau douce », rappelant que le poids de pastèque est composé à 80 % d’eau et l’exportation de pastèque signifie que pour 10 kg de pastèque exportés à l’étranger, c’est « une quantité équivalente à 8 kg d’eau souterraine non renouvelable » qui est donnée à l’étranger sans retour. Le mouvement explique que ce sont les pays pauvres en eau, qui exportent leur eau rare souterraine, vers les pays riches et riches en eau, ce qui continue de creuser l’écart entre les grandes puissances et les pays sous-développés ou en voie de développement.
« L’eau se déplace périodiquement des pays du tiers monde vers les pays riches grâce à l’exportation de légumes et de fruits qui appauvrissent l’eau, telles que les pastèques des pays d’Afrique du Nord vers les pays européens riches en eau, les avocats d’Amérique du Sud et le Maroc vers l’Europe et l’Amérique », indique Maroc environnement 2050.
Le signal d’alerte est encore plus grand et inquiétant lorsqu’il s’agit de culture d’avocat, connu pour épuiser les ressources en eau. « 1 kilo d’avocat consomme 1000 litres d’eau ! Qu’en est-il des centaines de milliers de tonnes par an ? » qui sont produites et exportés, interroge le mouvement écologiste.