Qui seront les grandes puissances agricoles demain sur la planète ? RFI se fait l'écho cette semaine d'une série d'études publiées par le rapport Demeter 2026, rapport annuel qui se penche sur les dynamiques alimentaires mondiales. Zoom sur un géant incontournable : le Brésil. En 2025, les exportations agricoles brésiliennes ont généré un record de plus de 169 milliards de dollars.
On ne devient pas un géant agricole du soja, du maïs ou encore du coton sans raison. Parmi les atouts du Brésil, on peut évoquer d'abord la volonté politique : l'agriculture est vue par tous les partis, quel que soit leur bord, comme une force stratégique du pays, qui génère d'importants excédents commerciaux, contribue à l'équilibre des comptes extérieurs et constitue une source majeure de revenus et d'emplois, explique Caroline Rayol, chef de projet Agroindustrie au sein du groupe d'intelligence économique ADIT et experte associée du Club Demeter.
Selon une étude de la Banque nationale de développement du Brésil (BNDES), chaque million de reais consacré à l'agriculture génère 187 emplois, soit trois fois plus que dans le pétrole et le gaz, plus de deux fois plus que dans la sidérurgie et près de trois fois plus que dans l’industrie automobile. L'experte précise que le secteur joue également un rôle essentiel dans la souveraineté alimentaire et énergétique, notamment grâce à la production des bioénergies.
Une agriculture « pragmatique »
Le Brésil a par ailleurs une vision très pragmatique de l'agriculture : « Produire plus avec moins : moins de fertilisants, moins de surfaces et moins de capitaux », explique Caroline Rayol, et ce en s'appuyant sur des semences OGM, des drones et les réseaux 5G. En parallèle, ce modèle intensif s'appuie, depuis 2012, sur un code forestier qui a pour vocation de garantir la préservation d'une partie de la végétation native de chaque exploitation – proportion qui va de 20 % à 80 % dans les zones forestières de l'Amazonie légale.
« Les propriétaires ruraux sont responsables de la conservation de ces réserves légales ainsi que des zones de protection permanente, notamment celles situées le long des cours d’eau », précise Caroline Rayol, qui ajoute que le non-respect de ces obligations peut entraîner des sanctions administratives et civiles - telles que des amendes et l’obligation de restaurer les espaces dégradés, et, dans certains cas, des sanctions pénales.
Un géant non moins fragile
Le géant d'Amérique latine doit cependant aussi faire face à des fragilités. On peut citer notamment sa dépendance aux importations d'engrais. Plus de 40 % de l'urée consommée est importée du détroit d'Ormuz. Le Brésil a aussi une forte dépendance à la Chine, acheteur majeur de grains brésiliens qui s'est engagé dans une stratégie de production à long terme, pour garantir sa sécurité alimentaire et réduire sa dépendance aux achats extérieurs.
L'autre limite, qui pèse sur le rayonnement brésilien, c'est la politique américaine. Les taxes douanières de l'administration Trump se sont encore renforcées mi-juillet sur le sucre, l'éthanol, le soja, le maïs, le poulet congelé et le coton, et personne ne sait dans quel sens elles vont évoluer.
Une image à redorer
Un autre défi se pose au Brésil, pour garder une place centrale sur l'échiquier alimentaire mondial, c'est son image. La puissance future du Brésil ne se jouera pas uniquement dans ce qu'il produit mais aussi dans sa capacité à améliorer sa réputation. La production brésilienne est souvent montrée du doigt parce qu'elle ne respecte pas telle ou telle norme de durabilité, ou de traçabilité à l'international.
Pour se développer et pour échapper aux barrières non tarifaires qui lui sont imposées, le Brésil doit donc arriver à convaincre que l'Union européenne, le Canada ou les États-Unis n'ont pas le monopole des standards de demain. On parle d'une bataille moins visible, qui implique une stratégie d'influence de long terme, dont l'issue aura un impact direct sur les équilibres mondiaux. « S'il parvient à transformer ses spécificités en références globales, le Brésil pourrait à l'horizon 2050 s'affirmer comme l'un des centres de gravité d'un nouvel ordre climatique et agroalimentaire international », selon Caroline Rayol.
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