Au Sénégal, cette fin d’année 2016 a été marquée par des hausses des prix, voire des pénuries de sucre dans certaines régions isolées. Un drame national dans ce pays où le sucre est au cœur du foyer, notamment pour préparer l’Ataya, le thé à la menthe. L’Etat cherche à contrôler le prix du sucre mais les réseaux au sein de la filière rendent difficiles pour le moment les contrôles.
Au Sénégal, lorsque la production locale est écoulée, la Compagnie Sucrière, la CCS et les membres de l’Union nationale des commerçants et des industriels n’ont pas le choix, ils doivent importer.
Et s’il y a bien des problèmes de stocks et de prix sur les marchés, fin novembre, le directeur de la CSS, André Froissard, a été affirmatif : « Il n’y a pas eu de pénurie de sucre au Sénégal. Je l’affirme et le réaffirme. Nous avons importé suffisamment de sucre pour assurer le lien avec la nouvelle campagne qui commence ». Cette campagne annuelle est donc lancée, la CSS table sur une production de 130 000 tonnes.
Malgré une production en hausse, malgré les importations, les prix ont augmenté par exemple juste avant les grandes fêtes religieuses de la communauté mouride, le grand Magal mi-novembre, le prix au kilo est passé de 600 à 700 francs CFA.
Les prix ont augmenté alors que dans le même temps, les achats des grossistes ont doublé, passant de 500 tonnes à 1 000 tonnes chaque semaine.
La direction de la CCS, qui rejette donc toute responsabilité dans la hausse des cours, soupçonne justement ces grossistes locaux. « Quand on ne peut plus spéculer sur les marchés mondiaux on peut le faire sur la façon de distribuer le sucre. Certains grands commerçants ont été pris la main dans le sac », a expliqué André Froissard. Pour faire monter les prix, deux possibilités. La première : acheter des stocks, les bloquer dans des entrepôts et laisser entendre qu’il y a pénurie, de fait les prix grimpent.
Deuxième option, une partie du sucre sénégalais serait exportée dans des régions ou des pays voisins, on parle de la Gambie, de la Guinée Bissau où les prix au détail seront encore plus grands, les marges meilleures. « Face au triplement des cours sur le marché international, il devient aussi intéressant d’exporter le sucre acheté au Sénégal », a expliqué Louis Lamotte le conseiller de la Compagnie sucrière du Sénégal lors d’une conférence de presse. Conseiller qui évoque donc une pénurie mécanique. « Par le passé, il fallait empêcher le sucre importé frauduleusement de venir au Sénégal. Aujourd’hui, il faudrait faire en sorte que le sucre produit dans le pays y reste ».
Comme pour le riz, le Sénégal qui cherche l’autosuffisance en sucre devra sans aucun doute améliorer les contrôles de la filière locale. Les services de contrôle tentent déjà de suivre, de contrôler, l’écoulement des stocks de sucre, les récentes hausses des prix montrent que ces contrôles sont insuffisants pour empêcher les marchands de spéculer sur cette matière fondamentale au sein de la société sénégalaise.