Défense du dimanche
La France est tombée ces jours-ci dans l’une de ces polémiques dont elle a le secret à l’occasion de la proposition de loi du gouvernement de permettre à certaines professions de maintenir leur activité le 1 er mai. J’ai été intéressé par le débat sur le sujet lors d’une émission
de France Culture 1 et notamment par les arguments de l’un des intervenants. Il s’élevait contre la remise en cause d’un jour où l’on ne produit pas, ne consomme pas, où le temps nous réappartiendrait à nouveau plutôt que d’être aliéné, ce qui serait inacceptable dans un monde « marchandisé » où chaque jour, comme chaque personne, doit être rentable, où la gratuité ne peut jouer aucun rôle, la « sacro-sainte croissante » ne devant jamais être mise à l’arrêt.
Je dois dire que j’ai trouvé ce discours très juste, sauf que, de mon point de vue, ce n’est pas seulement le 1 er mai qui devrait être intouchable, ce n’est pas seulement le 365 ème jour qui devrait être le signe que notre société ne fonctionne pas uniquement suivant des impératifs
économiques, mais tous les septièmes jours. Pourquoi respecterions-nous le 1 er mai si nous ne respectons pas le dimanche ? Bien sûr, pour les Chrétiens, le dimanche est avant tout le jour du Seigneur, un temps normalement consacré à la prière, au partage, à la célébration
eucharistique. Mais, pour tous les autres aussi, le dimanche devrait être une halte privilégiée dans le rythme de la semaine pour cultiver le sens de l’homme, pour se retrouver avec ses proches ou simplement pour trouver une occasion de ressourcement personnel.
La banalisation du dimanche, l’ouverture de plus en plus fréquente des magasins le dimanche est un grand mal, non seulement pour les salariés amenés à travailler sur la base d’un volontariat dont on peut douter, mais pour toute la société qui a besoin de temps de respiration, de rythmes qui nous soient communs à tous pour améliorer le « vivre ensemble », de moments pour développer de vraies richesses qui ne se chiffrent pas seulement en points de PIB. Un jour par an ne suffit pas. Interdisons-nous de consommer le dimanche, ce qui incitera les magasins à ne plus ouvrir. Refaisons de chaque dimanche un jour sacré, autant que le 1 er mai.
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