Ma chronique de ce 27 janvier vous arrive une dernière fois d’Algérie, où j’ai passé quelques semaines chez mes amis de Tlemcen. Mon séjour touche à sa fin, et alors que vous écoutez mes paroles, je suis à l’aéroport d’Oran et je m’apprête à prendre l’avion pour retourner en Lorraine.
Depuis le 10 décembre, j’ai goûté chaque instant de cette fraternité, dont le cardinal archevêque d’Alger Jean-Paul Vesco dit « En Algérie, et sans doute en monde-arabo musulman de façon plus générale, la fraternité est consubstantielle à la vie. ». Aujourd’hui, je peux faire mienne ses autres paroles : « Je dois avouer que ce qui me manque le plus lorsque je quitte l’Algérie, c’est la chaleur de cette fraternité qui a débordé les frontières de l’appartenance religieuse. »
Ces paroles, je peux également les mettre en parallèle avec une information remontant à vendredi dernier : à l’occasion de la Journée mondiale des solitudes du 23 janvier, la Fondation de France a publié la 15e édition de son étude sur les solitudes en France. Cette année, elle a apporté un éclairage sur la réalité du phénomène en ville et en zone rurale, mais le constat reste alarmant : près d’un tiers des Français, 32 %, se trouve aujourd’hui en situation d’isolement relationnel et près d’un quart, 24 %, se sent seul.
La solitude est aujourd’hui considérée comme un enjeu majeur de société, accentué par les transformations du travail, l’urbanisation, le vieillissement de la population et l’hyper-numérisation des relations. Les crises récentes ont également mis en lumière l’isolement de nombreuses personnes, y compris parmi les jeunes actifs et les étudiants, souvent invisibles dans les statistiques traditionnelles.
Voilà certainement le moment de nous rappeler par exemple Matthieu 25/35-36 : « j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; (…) ; j'étais malade, et vous m'avez visité »
Mais c’est aussi le moment, pour que vous ne soyez pas trop dépaysés par rapport à mes chroniques habituelles de vous parler d’un auteur souvent présent au Livre sur la Place, puisque membre du jury Goncourt : Tahar Ben Jelloun.
Début septembre 2003, après un été caniculaire, l’écrivain franco-marocain publiait dans Libération une tribune intitulé « Désespérance de vie ». Je vous en cite quelques lignes, qui plus de 20 ans plus tard restent d’actualité : « Dans une société marchande, une personne qui n'est plus rentable est de trop. On n'ose pas le dire mais on ne fait rien pour lui manifester de la considération, c'est-à-dire quelques gestes gratuits, une présence, une parole. On n'a pas encore atteint le niveau de cynisme où on peut se débarrasser des vieux sans scrupule. La nature et le climat s'en chargent. Mais voilà, le progrès de la médecine, la prévention, le système de retraite anticipée ne cessent de prolonger la vie. Si en Afrique l'espérance de vie atteint une moyenne de 48,7 ans, elle est de 76,8 ans en Europe et en Amérique.
Que faire de cette vie en plus ? Il ne s'agit pas de savoir comment l'occuper mais comment la traiter, comment vivre avec elle, avec quels sentiments et dans quelles dispositions. C'est une question de culture et d'éducation. Dieu sait si les mondes arabe et africain sont encombrés de problèmes, mais s'il y a un domaine où ils ne transigent pas, c'est celui qui concerne les parents et grands-parents. Le lien tient du sacré et du devoir. »
Ici les migrants peuvent venir nous enrichir de leurs pratiques sociales.
Mais à quelques semaines des élections municipales ces lignes de Tahar Ben Jelloun, mises en parallèle avec la récente étude sur les solitudes en France sont aussi l’occasion d’interroger les candidats : qu’allez-vous faire concrètement pour passer de la « Désespérance de vie » à des espérances de vie.
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