Alors qu’en Iran, les mollahs viennent de réprimer dans le sang le soulèvement du peuple, j’aimerais aujourd’hui vous parler de La révolution intérieure, un livre qui donne à voir la situation des iraniennes et des iraniens de l’intérieur des prisons du régime, parue aux éditions des Équateurs.
Louis Arnaud, son auteur, « avait commencé un voyage a? la recherche d’une raison d’être », mais après avoir été arrêté et emprisonné en, au moment du mouvement Femmes, Vie, Liberté, « ce n’était plus maintenant une seule question existentielle, mais l’enjeu d’une survie. »
Cela ressort notamment de la description de ses conditions de détention : « Nous sommes juste assez nourris pour survivre, lorsque la peur de manquer ne provoque pas elle-même la faim, entretenant ce sentiment d’inconfort permanent. Et une fois le repas termine?, a? nouveau l’attente.
Nous sommes réduits a? l’état animal, dormant et bouffant a? même le sol, déféquant sous l’œil de nos geôliers.
Des bêtes auxquelles on accorde le privilège d’une promenade une fois par semaine. On nous aboie des ordres et on nous bat pour nous soumettre. On nous force a? devenir des âmes serviles. »
Mais Louis Arnaud ne veut pas devenir une âme servile : « Je comprends que, même prisonnier, dépossédé de tout, il me reste une dernière liberté, inaliénable : celle de choisir la manière de me comporter face a? cette épreuve. Je peux choisir de m’abandonner a? la soumission, a? l’état d’animal asservi, ou je peux décider de retenir ma dignité humaine. » À la suite de ces mots, il cite Viktor E. Frankl, survivant des camps de concentration, et révèle ainsi la nature fasciste de la théocratie iranienne : « La façon dont un homme accepte son sort et toutes les souffrances que cela implique, la manière dont il porte sa croix, lui donnent amplement l’occasion – même dans les circonstances les plus difficiles – de donner un sens plus profond a? sa vie. Il a la possibilité de rester brave, digne et désintéressé. Mais il peut aussi, dans sa terrible lutte pour survivre, oublier sa dignité d’homme et devenir rien d’autre qu’un animal. Et c’est la? que l’on voit s’il est digne ou non de ses souffrances. »
Comme le dit le titre de son ouvrage s’opère chez Louis Arnaud une révolution intérieure, qui en fait aussi un récit initiatique, par moment raconté en des termes poétiques, comme dans les lignes suivantes : « Je décide que le malheur ne conduit pas nécessairement a? une mort lente, mais qu’il porte en lui le chemin vers une libération, inscrit dans l’étoffe d’une chrysalide ? dans le revers des choses ?, comme éclate une force de vie prodigieuse tenue jusque-là en sommeil, recouverte de nuit. »
Au fil de son initiation, qui témoigne du potentiel inépuisable de l’esprit, il prend conscience qu’il a, lui aussi, « un rôle a? tenir, une responsabilité a? assumer. Non pas en tant que citoyen français, mais en tant que visage, en tant que responsable d ’une humanité. »
Cette prise de conscience de la fraternité, il l’exprime aussi en d’autres termes : « Mon individualité s’efface, le visage des Iraniens devient le mien : je perds mon identité dans la leur, je deviens l’autre. A? ce moment, je suis l’Iranien, le combattant pour la liberté, agrandi dans une humanité commune qui, par ce mouvement vers l’altérité, me sauve des ténèbres. »
Mais cette fraternité s’étend bien au-delà d’une humanité commune, et plus spécialement des iraniens, comme nous le comprenons quand Louis Arnaud explique qu’il « conserve (…) l’idée d’un Dieu immanent, celui de Spinoza. Un Dieu Nature dont l’expression se retrouve dans chaque être humain, chaque animal, chaque plante, chaque roche. J’aime cette vision car, plutôt que de vénérer un être tout-puissant, elle nous invite a? louer la beauté du monde de façon horizontale. Ce renversement de perspectives nous apprend a? nous dissoudre dans les flux de la vie, a? cesser de nous penser comme centre ou pyramide, pour en devenir les fraternels dépositaires.
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