Généralement, ma dernière chronique de la saison est une invitation à une sortie estivale. Ainsi l’année dernière, je vous avais proposé de vous rendre au musée Tomi Ungerer à Strasbourg. Cette année rien de tel.
Dans ma précédente chronique, consacré à la disparition d’Edgar Morin, j’avais entre autres cité les lignes suivante de ce dernier : « Si nous ignorons le sens de la vie, au moins pouvons-nous donner un sens à la nôtre : connaître, aimer, sentir intensément notre relation au cosmos, à la Terre, à la Nature vivante, à la vie végétale des arbres et des fleurs, à la vie animale, notamment de nos cousins mammifères, fraterniser entre humains. »
Le compositeur Rone sent intensément sa relation aux cétacés, après avoir découvert que sa musique semble mystérieusement attirer ces mammifères marins. Il embarque pour une expérience singulière : tenter d’établir un dialogue musical en pleine mer avec une baleine a? bosse. Elle peut émettre pendant des heures, parfois des jours, des motifs de notes graves qui varient d’amplitude et de fréquence, en répétant des séquences cohérentes et emboîtées. Son chant personnel évolue lentement au cours des années et ne revient jamais à la même séquence de notes même après des décennies. Mais répondra-t- elle au compositeur ?
Valentin Paoli suit Rone dans sa tentative fragile et fascinante de dialogue et donne ainsi naissance à un documentaire poétique et sensoriel sur la rencontre entre la musique,
l’océan et le monde animal. Entre aventure scientifique, rêverie sonore et contemplation marine, La baleine et le musicien qui invite a? écouter autrement le vivant et a? croire encore a? la possibilité d’un lien entre les espèces est sur les écrans du Caméo, depuis le 17 juin.
Après cette expérience rare, immersive et délicate, ou? chaque son semble ouvrir un passage vers l’invisible, je vous propose de revenir aux liens humains. Dans Seuls les rebelles, qui sort le 24 juin., les liens entre Suzanne, veuve libanaise d’origine palestinienne, et Osmane, jeune migrant soudanais sans papiers, font surgir à Beyrouth une passion que tout semble rendre impossible. Cette romance fiévreuse et politique de Danielle Arbid, ou? l’amour devient un geste de liberté, n’est pas sans m’évoquer Tous les autres s'appellent Ali que le réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder a tourné en 1974.
À partir de ce même 24 juin, vous pourrez aussi aller à la rencontre de L’étrangère, Selma qui a fui la Syrie en laissant derrière elle Rami, son fils de 6 ans et un mari disparu dans les geôles du régime sanglant de Bachir el Assad.
Un drame sensible et profondément humain sur l’exil, la maternité et la reconstruction. Porte? par une belle intensité émotionnelle, il mêle l’intime et le politique pour raconter le combat d’une femme qui tente de refaire sa vie sans jamais couper les liens ce qu’elle a perdu, ceux qu’elle a laissé derrière elle.
À partir du 1er juillet, vous pourrez voir le film Notre histoire, chroniques du Caire, une fresque romanesque qui traverse l’Égypte de la fin des années 1960 aux années 1980. A? travers le parcours d’Ahmed, jeune homme rêvant de devenir pianiste, et son lien épistolaire avec Liz, une Autrichienne, le film mêle avec élgance destin personnel, histoire familiale et bouleversements politiques. Il raconte la force des rêves, de la musique et des liens qui se tissent malgré la distance, les frontières et les secousses de l’Histoire. Une œuvre généreuse et émouvante, portée par le désir de croire encore aux possibles, même lorsque l’Histoire semble les contrarier.
Mine de rien, ma chronique et le Caméo vous feront tout de même voyager, tout en ne laissant pas une empreinte carbone trop grande…
Je vous souhaite un bon été, et je vous retrouve en septembre à l’occasion du Livre sur la Place.
Michel May.
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