Dans ma précédente chronique, j’ai cité les premières lignes de L’appel de Metz lancé par les représentants des différentes traditions religieuses, notamment les 3 monothéismes. Aujourd’hui, je vous parle de l’ouvrage Un juif, un chrétien, un musulman : fraternels ou fratricides ? publié aux éditions Albin Michel.
Au printemps 2025, Pierre Assouline, Éric-Emmanuel Schmitt et Abdennour Bidar, entreprirent à l’invitation du festival de la correspondance de Grignan, d’échanger des lettres autour d’une question qu’ils n’auraient peut-être pas osé formuler de vive voix : un juif, un chrétien, musulman peuvent-ils encore être fraternel – où sont-ils condamnés, à mesure que le siècle se durcit, à devenir fratricide ?
Pendant trois mois, de fin mars à juin, les lettres ont circulé entre Paris, la Drôme et la Belgique.
Les trois écrivains ne représentent qu’eux-mêmes. Aucun ne parle au nom d’une institution, d’un clergé ou d’une communauté ; chacun s’exprime depuis sa propre tradition, qu’il assume, sans la confondre avec une orthodoxie.
De cette dissymétrie volontaire naît un dialogue qui n’est ni un colloque interreligieux, ni un débat d’idée, mais plutôt l’entretien de trois lecteurs, de trois croyants à leur manière, que la curiosité, la bonne foi et un goût commun pour les textes ont rendus capables de s’écouter.
Dans sa première lettre, qui ouvre l’échange, Éric-Emmanuel Schmitt confesse : « J’exècre l’Inquisition et ses bûchers. J’exècre l’antisémitisme chrétien qui a souillé des siècles entiers. J’exècre l’Église servante des puissants et pire encore, l’Église puissance en elle-même, négligeant Jésus, sa pauvreté, sa miséricorde, sa folle liberté. J’exècre le chrétien qui se confesse comme on se purge, pour mieux recommencer à se gaver. J’exècre le catholicisme régressif qui dresse des clôtures, brandit des certitudes et s’invente des ennemis. »
Dans sa réponse Pierre Assouline avoue : « Inutile de préciser que je déteste notre époque. Malheureusement, on ne peut changer de contemporains. Aussi, je porte au plus haut les livres – à commencer par les Écritures – et les personnes qui me permettent de respirer un air moins vicié que celui de l’actualité. Celle-ci suscite trop de tristesse et de colère, pour que l’on ait envie de s’y attarder ; les textes des plus anciennes, sagesse, eux, nous embarquent dans un monde plus fécond, plus fréquentable, à hauteur d’humanisme. »
Ces textes, que mentionne Pierre Assouline, nous rendent plus humain. Cette fonction humanisante Abdennour Bidar l’attribue à Marie, qui est cité plus souvent dans le Coran que dans les Évangiles et nous explique : « Elle figure ce que le christianisme nomme la capax Dei de l’être humain ; sa capacité à enfanter le divin en lui. À ce titre, Maryam est notre âme –l’âme de chacun, femme ou homme, dès lors qu’elle se sait porteuse d’une dimension transcendante. L’effort de notre âme, selon notre mystique soufie, est de se rendre vierge de tout désir, sauf celui d’accueillir le divin dans sa matrice. Alors, à cette condition seulement, elle devient féconde – elle tombe enceinte de Dieu. Comme Maryam. C’est pourquoi il s’agit, pour devenir pleinement humain, de devenir féminin, de devenir Marie. Tel est, à mon sens, l’enseignement fondamental du Coran. »
L’humanisation m’apparaît comme le fil rouge de cet échange épistolaire. En témoigne aussi les propos suivants d’Éric-Emmanuel Schmitt : « Les religions sont civilisatrices, toutes, depuis l’origine. Elles dénoncent l’égoïsme, la dictature du profit, l’argent érigé en idole ; elles promeuvent l’altruisme, la générosité, la charité. Elles invitent à l’hospitalité, à la fraternité, elles cherchent à dessiner un homme meilleur, puis à le faire exister. Si elles ne sont pas toujours divinisantes, elles sont toujours humanisantes. »
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