Samedi soir, la 15ème édition du Printemps la Palestine s’est terminé en musique à l’Espace Jean Jaurès de Tomblaine. L’occasion pour moi de vous parler du Nouveau dictionnaire amoureux de la Palestine qu’Elias Sanbar - une des grandes figures intellectuelles du mouvement national palestinien, qui fut l'un des négociateurs des accords de paix d'Oslo et a été ambassadeur de la Palestine à l'Unesco - vient de publier aux Éditions Plon. Une première édition de ce dictionnaire date d’il y a 15 ans. Dans l’introduction de cette nouvelle édition, l’auteur s’interroge : « Ce dictionnaire amoureux porte le titre de nouveau dictionnaire amoureux, mais que recèle-t-il de si nouveau ? Il évolue comme le précédent au sein d’une tragédie. »
Cette tragédie est aujourd’hui vécue quotidiennement par la population gazaoui depuis l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023. Mais depuis ce jour fatidique, on observe aussi une multiplication des tensions et des formes de violence inédites à l’encontre de la population palestinienne et une dégradation rapide de ses conditions de vie à Jérusalem.
« Jérusalem » est une entrée du dictionnaire d’Elias Sanbar, mais également du Dictionnaire amoureux d'Israël, qu’Elie Barnavi, historien israélien, lui aussi l'un des négociateurs d’Oslo, vient de pareillement publier. Elias Sanbar « aborde cette ville, sous l’angle du processus de paix, de l’avenir éventuel d’une négociation. », alors qu’Elie Barnavi se montre plus pessimiste et s’interroge : « Pourra-t-on jamais régler la question de Jérusalem, dont tout le reste dépend ? Régis Debray, suggérait, naguère, de transférer le siège des Nations unies, de New York à Jérusalem.
Moins flamboyant, le président Clinton, au sommet de Camp David de juillet 2000, à défini d’une formule simple, la seule solution raisonnable : « ce qui est juif, à Israël, ce qui est arabe au palestinien. » En clair, il s’agirait de diviser la ville entre les deux entités, souveraines, tout en conservant son unité municipale. Une formule raisonnable, à laquelle pour l’heure, hélas, le syndrome de Jérusalem, ne laisse pas plus de chance qu’à utopie de Régis Debray. »
Dans le Nouveau dictionnaire amoureux de la Palestine, une entrée intitulée, fils des voisins, traite de Jésus et de la religion chrétienne dans laquelle l’auteur a été élevée. Il y évoque un aspect du « rapport palestinien, si particulier, religieux, proprement dit, de la primauté, du lieu sur le dogme ».
Sous une autre entrée, Elias Sanbar explique « Les Palestiniens n’appartiennent évidemment pas, chacun, aux trois religions abrahamiques, mais ils forment une unité faite de composantes distinctes, juive, chrétienne, musulmane, et la question se pose dès lors de savoir pourquoi ces différences ont, des siècles durant, jusqu’au XXe siècle siècle, échappé aux pratiques d’exclusion réciproque ? Ou comment expliquer (…), L’image de Yasser Arafat, chantant, des cantiques à Noël, ou encore le fait que le personnage omniprésent, dans la poésie de Mahmoud Darwich, se trouve être le Christ ? »
D’ailleurs ce dictionnaire résonne de la poésie de Mahmoud Darwich, dont Elias Sanbar fut non seulement le traducteur, mais aussi et surtout l’ami. En avril 2004, le poète exprimait son espoir qu’un jour, juifs et arabes puissent vivre en bonne entente dans une Palestine plurielle.
La parution simultanée du Nouveau dictionnaire amoureux de la Palestine et du Dictionnaire amoureux d'Israël est d’ailleurs un plaidoyer pour une Palestine plurielle. Les deux auteurs ont d’ailleurs déjà dialogué ensemble à plusieurs reprises. « "Nous avons un combat commun pour essayer de gagner contre tous les ffanatismes, contre tous les jusqu'au-boutismes, essayer de faire ensemble ce qu'il faut pour que la vie tout simplement soit possible", rappelle Elie Barnavi.
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