Elle avait 92 ans et nous la pensions éternelle, tant étaient intacte son agilité intellectuelle et vivace son amour de la langue, de la poésie et des mots. Nicole GRANGER pourtant s’en est allée, elle qui fut sans ostentation et sans bruit une personnalité reconnue du monde de la culture.
Issue d’un milieu modeste, mais fille de parents aimants ayant le goût des li Nicole s’engagea dès ses jeunes années à favoriser l’accès à la lecture de celles et ceux qui en étaient le plus éloignés. En 1982, elle créa ainsi l’association « Lecturique » qui, lors des fêtes de la lecture, invita chaque année plus de 2000 jeunes à voyager dans la littérature jeunesse. Puis elle obtint de la municipalité les financements permettant, pendant des années, de faire circuler dans les quartiers le bus « chocolecture », appelant les enfants à venir « lire un coup » en buvant un chocolat chaud.
En 1988, Nicole, qui avec d’autres avait fondé un diplôme universitaire du même nom, créa l’association « culture et communication », dont le projet était d’ouvrir au public un accès large à tous les aspects de la création artistique, qu’il s’agisse de littérature, de théâtre, de poésie, de cinéma, d’arts plastiques, de photographie ou de musique. Se succédèrent ainsi 25 « nuits culturelles » et autant de « midi-minuit poésie » , que de grands noms honorèrent de leurs présences, tels Claude Simon, prix Nobel de littérature, ou Michael Lonsdale, immense acteur.
Mais la vie intérieure de Nicole fut surtout régie par son appartenance à une fraternité de laïcs franciscains. Tout au long de son existence, elle n’a ainsi jamais cessé de chercher dans les sources franciscaines comment François d’Assise comprit ce Dieu auquel toutes les créatures rendent « louanges, gloire, honneur et toute bénédiction ».
Pour elle, la Fraternité fut essentielle. Nicole accueillait ainsi tout autre avec bienveillance et une immense tendresse. Et chacun savait pouvoir trouver chez elle un moment d’amour, raison pour laquelle sans doute le téléphone sonnait sans cesse.
Etudiant inlassablement l’évangile, elle amenait ses interlocuteurs à regarder comment se développent les relations de Jésus avec ceux qu’il rencontre, car pour elle, l’évangile devait toujours renvoyer à la vie. Ceci l’a d’ailleurs amenée à comprendre que l’évangile n’est pas œuvre de morale, mais ouverture à la liberté et plus particulièrement à la « liberté d’aimer ».
Ce que François d’Assise apprit aussi à Nicole est que l’évangile ne peut être vécu que dans la pauvreté. Bien sûr, il ne s’agissait pas pour elle d’être démunie de tout, mais bien de se dépouiller du superflus pour pouvoir être disponible à l’autre.
Enfin, voici longtemps que Nicole avait apprivoisé « notre sœur la mort corporelle », même si chaque départ d’un être aimé était pour elle un déchirement. Sa foi était vraiment pour elle l’assurance de la vie éternelle, puisque, pour elle, Dieu est un Dieu de miséricorde et d’amour.
Oui, Nicole s’en est allée, mais nous la savons maintenant dans la Paix. Alors, nous rendons grâce pour tout ce qu’elle aura apporté à nous tous, mais aussi personnellement à chacune et chacun. Certains auront reçu d’elle son amour de la lecture. D’autres auront repris ses engagements à amener la culture dans les lieux où elle est absente. D’autres enfin s’empareront de l’évangile pour affirmer que chacun est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire. Merci Nicole !
Philippe Guerquin.
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