Grand’mère, fillette et garçonChantent tour à tour la chanson.Tous trois s’en vont levant la tête :La vieille à la jaune binette,Les enfants aux roses museaux.Que la voix soit rude ou jolie,L’air est plein de mélancolie :Du mouron pour les p’tits oiseaux !Le mouron vert est ramasséDans la haie et dans le fossé.Au bout de sa tige qui bougeLa fleur bonne est blanche et non rouge.Il sent la verdure et les eaux ;Il sent les champs et l’azur libreOù l’alouette vole et vibre.Du mouron pour les p’tits oiseaux !C’est ce matin avant le jourQue la vieille a fait son grand tour.Elle a marché deux ou trois lieuesHors du faubourg, dans les banlieues,Jusqu’à Clamart ou jusqu’à Sceaux.Elle est bien lasse sous sa hotte !Et l’on ne vend qu’un sou la botteDu mouron pour les p’tits oiseaux !Les petits trouvant le temps longTraînent en allant leur talon.La sœur fait la grimace au frèreQui, sans la voir, pour se distraire,Trempe ses pieds dans les ruisseaux,Tandis qu’au cinquième peut-êtreOn demande par la fenêtreDu mouron pour les p’tits oiseaux !Mais la grand’mère a vu cela.Un sou par-ci, deux sous par-là !C’est elle encor, la pauvre vieille,Qui le mieux des trois tend l’oreille,Et dont les jambes en fuseaux,Quand à monter quelqu’un l’invite,Savent apporter le plus viteDu mouron pour les p’tits oiseaux !Un sou par-là, deux sous par-ci !La bonne femme dit merci.C’est avec les gros sous de cuivreQue l’on achète de quoi vivre,Et qu’elle, la peau sur les os,Peut donner, à l’heure où l’on dîne,A son bambin, à sa bambine,Du mouron pour les p’tits oiseaux ! Jean Richepin, Du mouron pour les p'tits oiseaux