Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
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Robert Werner lit les poètes episodes

  • Lorsque nous serons enfin des enfants, Jean Malrieu
    Lorsque nous serons enfin des enfants, nousnous dirons toutJusqu'au frisson, lézard qui vit de peu dansla chaleur.Très tard, dans la cuisine, la vaisselle faite,L'argenterie prise dans le tiroir comme lasource dans le gelNous voyagerons en regardant de vieilles cartespostalesDans des villes que n'habite pas encore lamémoire.Sur la table, avec les trésors renversés desboîtes et des armoires,A partir de boutons dépareillés,Nous inventerons ce que furent nos habitsde gloire et de fumée.Ainsi, se souvenant de notre âge futur,Viendra vers nous l'amour qui s'appelle Toujours.Il habite au jardin de notre destinée.Sa main descend le temps qui nous a oubliésEt découvre la vie noyée dans la lumière.
    2 min
  • Jamais Adieu - Marceline Desbordes-Valmore
    Ne t’en va pas, reste au rivage ;L’amour le veut, crois-en l’amour.La mort sépare tout un jour :Tu fais comme elle ; ah ! quel courage !Vivre et mourir au même lieu ;Dire : Au revoir, jamais : Adieu.Quitter l’amour pour l’opulence !Que faire seul avec de l’or ?Si tu reviens, vivrai-je encor ?Entendras-tu dans mon silence ?Vivre et mourir au même lieu ;Dire : Au revoir, jamais : Adieu.Leur diras-tu : Je suis fidèle !Ils répondront : Cris superflus,Elle repose, et n’entend plus.Le ciel du moins eut pitié d’elle !Vivre et mourir au même lieu ;Dire : Au revoir, jamais : Adieu. Jamais Adieu, Marceline Desbordes-Valmore
    2 min
  • Première solitude - Sully Prudhomme
    Première solitudeOn voit dans les sombres écolesDes petits qui pleurent toujours ;Les autres font leurs cabrioles,Eux, ils restent au fond des cours.Leurs blouses sont très bien tirées,Leurs pantalons en bon état,Leurs chaussures toujours cirées ;Ils ont l'air sage et délicat.Les forts les appellent des filles,Et les malins des innocents :Ils sont doux, ils donnent leurs billes,Ils ne seront pas commerçants.Les plus poltrons leur font des niches,Et les gourmands sont leurs copains ;Leurs camarades les croient riches,Parce qu'ils se lavent les mains.Ils frissonnent sous l'oeil du maître,Son ombre les rend malheureux.Ces enfants n'auraient pas dû naître,L'enfance est trop dure pour eux !Oh ! La leçon qui n'est pas sue,Le devoir qui n'est pas fini !Une réprimande reçue,Le déshonneur d'être puni !Tout leur est terreur et martyre :Le jour, c'est la cloche, et, le soir,Quand le maître enfin se retire,C'est le désert du grand dortoir ;La lueur des lampes y trembleSur les linceuls des lits de fer ;Le sifflet des dormeurs ressembleAu vent sur les tombes, l'hiver.Pendant que les autres sommeillent,Faits au coucher de la prison,Ils pensent au dimanche, ils veillentPour se rappeler la maison ;Ils songent qu'ils dormaient naguèresDouillettement ensevelisDans les berceaux, et que les mèresLes prenaient parfois dans leurs lits.Ô mères, coupables absentes,Qu'alors vous leur paraissez loin !À ces créatures naissantesIl manque un indicible soin ;On leur a donné les chemises,Les couvertures qu'il leur faut :D'autres que vous les leur ont mises,Elles ne leur tiennent pas chaud.Mais, tout ingrates que vous êtes,Ils ne peuvent vous oublier,Et cachent leurs petites têtes,En sanglotant, sous l'oreiller. Sully Prudhomme, Les solitudes
    4 min
  • Les séparés, Marceline Desbordes-Valmore
    N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau. N’écris pas ! N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes,Ne demande qu’à Dieu... qu’à toi, si je t’aimais !Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,C’est entendre le ciel sans y monter jamais. N’écris pas ! N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.Une chère écriture est un portrait vivant. N’écris pas ! N’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire :Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;Que je les vois brûler à travers ton sourire ;Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur. N’écris pas ! Les Séparés, Marceline Desbordes-Valmore
    3 min
  • Il n’y a pas d’amour heureux, Louis Aragon
    Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa forceNi sa faiblesse ni son coeur Et quand il croitOuvrir ses bras son ombre est celle d’une croixEt quand il croit serrer son bonheur il le broieSa vie est un étrange et douloureux divorceIl n’y a pas d’amour heureuxSa vie Elle ressemble à ces soldats sans armesQu’on avait habillés pour un autre destinA quoi peut leur servir de se lever matinEux qu’on retrouve au soir désoeuvrés incertainsDites ces mots Ma vie Et retenez vos larmesIl n’y a pas d’amour heureuxMon bel amour mon cher amour ma déchirureJe te porte dans moi comme un oiseau blesséEt ceux-là sans savoir nous regardent passerRépétant après moi les mots que j’ai tressésEt qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururentIl n’y a pas d’amour heureuxLe temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tardQue pleurent dans la nuit nos coeurs à l’unissonCe qu’il faut de malheur pour la moindre chansonCe qu’il faut de regrets pour payer un frissonCe qu’il faut de sanglots pour un air de guitareIl n’y a pas d’amour heureuxIl n’y a pas d’amour qui ne soit à douleurIl n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtriIl n’y a pas d’amour dont on ne soit flétriEt pas plus que de toi l’amour de la patrieIl n’y a pas d’amour qui ne vive de pleursIl n’y a pas d’amour heureuxMais c’est notre amour à tous les deux Louis Aragon
    3 min
  • Le temps de vivre, Anna de Noailles
    Le temps de vivreDéjà la vie ardente incline vers le soir, Respire ta jeunesse, Le temps est court qui va de la vigne au pressoir, De l'aube au jour qui baisse.Garde ton âme ouverte aux parfums d'alentour, Aux mouvements de l'onde,Aime l'effort, l'espoir, l'orgueil, aime l'amour, C'est la chose profonde ;Combien s'en sont allés de tous les coeurs vivantsAu séjour solitaire,Sans avoir bu le miel ni respiré le ventDes matins de la terre,Combien s'en sont allés qui ce soir sont pareilsAux racines des ronces,Et qui n'ont pas goûté la vie où le soleilSe déploie et s'enfonce !Ils n'ont pas répandu les essences et l'orDont leurs mains étaient pleines,Les voici maintenant dans cette ombre où l'on dortSans rêve et sans haleine.- Toi, vis, sois innombrable à force de désirs,De frissons et d'extase,Penche sur les chemins, où l'homme doit servir,Ton âme comme un vase ;Mêlée aux jeux des jours, presse contre ton sein La vie âpre et farouche ;Que la joie et l'amour chantent comme un essaim D'abeilles sur ta bouche.Et puis regarde fuir, sans regret ni tourment, Les rives infidèles, Ayant donné ton coeur et ton consentement A la nuit éternelle...
    3 min
  • Marie et l'Adieu de Guillaume Apollinaire
    MarieVous y dansiez petite filleY danserez-vous mère-grandC’est la maclotte qui sautilleToutes les cloches sonnerontQuand donc reviendrez-vous MarieLes masques sont silencieuxEt la musique est si lointaineQu’elle semble venir des cieuxOui je veux vous aimer mais vous aimer à peineEt mon mal est délicieuxLes brebis s’en vont dans la neigeFlocons de laine et ceux d’argentDes soldats passent et que n’ai-jeUn cœur à moi ce cœur changeantChangeant et puis encor que sais-jeSais-je où s’en iront tes cheveuxCrépus comme mer qui moutonneSais-je où s’en iront tes cheveuxEt tes mains feuilles de l’automneQue jonchent aussi nos aveuxJe passais au bord de la SeineUn livre ancien sous le brasLe fleuve est pareil à ma peineIl s’écoule et ne tarit pasQuand donc finira la semaineGuillaume Apollinaire, Alcools, 1913L’AdieuJ’ai cueilli ce brin de bruyèreL’automne est morte souviens-t’enNous ne nous verrons plus sur terreOdeur du temps brin de bruyèreEt souviens-toi que je t’attendsGuillaume Apollinaire, Alcools, 1913
    3 min
  • Stances à Marquise - Pierre Corneille
    Marquise, si mon visageA quelques traits un peu vieux,Souvenez-vous qu’à mon âgeVous ne vaudrez guère mieux. Le temps aux plus belles chosesSe plaît à faire un affront,Et saura faner vos rosesComme il a ridé mon front. Le même cours des planètesRègle nos jours et nos nuits :On m’a vu ce que vous êtesVous serez ce que je suis. Cependant j’ai quelques charmesQui sont assez éclatantsPour n’avoir pas trop d’alarmesDe ces ravages du temps. Vous en avez qu’on adore ;Mais ceux que vous méprisezPourraient bien durer encoreQuand ceux-là seront usés. Ils pourront sauver la gloireDes yeux qui me semblent doux,Et dans mille ans faire croireCe qu’il me plaira de vous. Chez cette race nouvelle,Où j’aurai quelque crédit,Vous ne passerez pour belleQu’autant que je l’aurai dit. Pensez-y, belle Marquise.Quoiqu’un grison fasse effroi,Il vaut bien qu’on le courtise,Quand il est fait comme moi. Stances à Marquise, Pierre Corneille
    3 min
  • Aux Feuillantines - Victor Hugo
    Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.Notre mère disait: jouez, mais je défendsQu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles.Abel était l'aîné, j'étais le plus petit.Nous mangions notre pain de si bon appétit,Que les femmes riaient quand nous passions près d'elles.Nous montions pour jouer au grenier du couvent.Et là, tout en jouant, nous regardions souventSur le haut d'une armoire un livre inaccessible.Nous grimpâmes un jour jusqu'à ce livre noir ;Je ne sais pas comment nous fimes pour l'avoir,Mais je me souviens bien que c'était une Bible.Ce vieux livre sentait une odeur d'encensoir.Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire!Nous l'ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,Et dès le premier mot il nous parut si douxQu'oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux,S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux,De sentir dans leur main la douceur de ses plumes. Aux Feuillantines, Victor Hugo
    3 min
  • Chanson de grand-père - Victor Hugo
    Dansez, les petites filles,Toutes en rond.En vous voyant si gentilles,Les bois riront.Dansez, les petites reines,Toutes en rond.Les amoureux sous les frênesS'embrasseront.Dansez, les petites folles,Toutes en rond.Les bouquins dans les écolesBougonneront.Dansez, les petites belles,Toutes en rond.Les oiseaux avec leurs ailesApplaudiront.Dansez, les petites fées,Toutes en rond.Dansez, de bleuets coiffées,L'aurore au front.Dansez, les petites femmes,Toutes en rond.Les messieurs diront aux damesCe qu'ils voudront. Chanson de grand-père, Victor Hugo
    2 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.