Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

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Robert Werner lit les poètes episodes

  • A M. V. H, Alfred de Musset
    Alfred de Musset (1810/1857)Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux,Les bonbons, l’Océan, le jeu, l’azur des cieux,Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux.Puis le cœur s’aperçoit qu’il est devenu vieux,Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes.De ces biens passagers que l’on goûte à demi,Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.On se brouille, on se fuit. Qu’un hasard nous rassemble,On s’approche, on sourit, la main touche la main,Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,Que l’âme est immortelle, et qu’hier c’est demain.
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  • Lorsque l'enfant paraît, Victor Hugo
    Lorsque l’enfant paraît, le cercle de familleApplaudit à grands cris ; son doux regard qui brilleFait briller tous les yeux,Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,Innocent et joyeux.Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembreFasse autour d’un grand feu vacillant dans la chambreLes chaises se toucher,Quand l’enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.On rit, on se récrie, on l’appelle, et sa mèreTremble à le voir marcher.Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme,De patrie et de Dieu, des poètes, de l’âmeQui s’élève en priant ;L’enfant paraît, adieu le ciel et la patrieEt les poëtes saints ! la grave causerieS’arrête en souriant.La nuit, quand l’homme dort, quand l’esprit rêve, à l’heureOù l’on entend gémir, comme une voix qui pleure,L’onde entre les roseaux,Si l’aube tout à coup là-bas luit comme un phare,Sa clarté dans les champs éveille une fanfareDe cloches et d’oiseaux !Enfant, vous êtes l’aube et mon âme est la plaineQui des plus douces fleurs embaume son haleineQuand vous la respirez ;Mon âme est la forêt dont les sombres ramuresS’emplissent pour vous seul de suaves murmuresEt de rayons dorés !Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies,Car vos petites mains, joyeuses et béniesN’ont point mal fait encor ;Jamais vos jeunes pas n’ont touché notre fange ;Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel angeÀ l’auréole d’or !Vous êtes parmi nous la colombe de l’arche.Vos pieds tendres et purs n’ont point l’âge où l’on marche ;Vos ailes sont d’azur.Sans le comprendre encor, vous regardez le monde.Double virginité ! corps où rien n’est immonde,Âme où rien n’est impur !Il est si beau, l’enfant, avec son doux sourire,Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,Ses pleurs vite apaisés,Laissant errer sa vue étonnée et ravie,Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vieEt sa bouche aux baisers !Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j’aime,Frères, parents, amis, et mes ennemis mêmeDans le mal triomphants,De jamais voir, Seigneur ! l’été sans fleurs vermeilles,La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,La maison sans enfants !
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  • Paris, Louis Amade - Bonjour Paris, Francis Carco - Sur Paris, Paul Scarron
    Bonjour, Paris - Francis CarcoC’est toujours la même chanson,O mon amour, que je fredonne :Tout ce que j’ai, je te le donne,Nos cœurs battent à l’unisson.Sur les quais, le long de la Seine,À Montmartre, près des moulins,Mes souvenirs entrent en scène :Bonjour, Paris des assassins !Bonjour, Paris des midinettes,Des filles, des mauvais garçons,Des bistrots et des bals-musettes !Si je te dois d’être poète,C’est sur un air d’accordéon.
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  • Automne, Guillaume Apollinaire - Paul-Jean Toulet - Chanson d’automne, Paul Verlaine
    Automne - Guillaume ApollinaireDans le brouillard s’en vont un paysan cagneuxEt son boeuf lentement dans le brouillard d’automneQui cache les hameaux pauvres et vergogneuxEt s’en allant là-bas le paysan chantonneUne chanson d’amour et d’infidélitéQui parle d’une bague et d’un coeur que l’on briseOh! l’automne l’automne a fait mourir l’étéDans le brouillard s’en vont deux silhouettes grisesPaul-Jean TouletLe temps irrévocable a fui. L’heure s’achève.Mais toi, quand tu reviens, et traverses mon rêve,Tes bras sont plus frais que le jour qui se lève,Tes yeux plus clairs.A travers le passé ma mémoire t’embrasse.Te voici. Tu descends en courant la terrasseOdorante, et tes faibles pas s’embarrassentParmi les fleurs.Par un après-midi de l’automne, au mirageDe ce tremble inconstant que varient les nuages,Ah ! verrai-je encore se farder ton visageD’ombre et de soleil ?Chanson d’automne - Paul VerlaineLes sanglots longsDes violonsDe l’automneBlessent mon coeurD’une langueurMonotone.Tout suffocantEt blême, quandSonne l’heure,Je me souviensDes jours anciensEt je pleureEt je m’en vaisAu vent mauvaisQui m’emporteDeçà, delà,Pareil à laFeuille morte.
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  • À Mme du Châtelet, Voltaire
    Si vous voulez que j’aime encore,Rendez-moi l’âge des amours ;Au crépuscule de mes joursRejoignez, s’il se peut, l’aurore.Des beaux lieux où le dieu du vinAvec l’Amour tient son empire,Le Temps, qui me prend par la main,M’avertit que je me retire.De son inflexible rigueurTirons au moins quelque avantage.Qui n’a pas l’esprit de son âge,De son âge a tout le malheur.Laissons à la belle jeunesseSes folâtres emportements.Nous ne vivons que deux moments :Qu’il en soit un pour la sagesse.Quoi ! pour toujours vous me fuyez,Tendresse, illusion, folie,Dons du ciel, qui me consoliezDes amertumes de la vie !On meurt deux fois, je le vois bien :Cesser d’aimer et d’être aimable,C’est une mort insupportable ;Cesser de vivre, ce n’est rien. »Ainsi je déplorais la perteDes erreurs de mes premiers ans ;Et mon âme, aux désirs ouverte,Regrettait ses égarements.Du ciel alors daignant descendre,L’Amitié vint à mon secours ;Elle était peut-être aussi tendre,Mais moins vive que les Amours.Touché de sa beauté nouvelle,Et de sa lumière éclairé,Je la suivis; mais je pleuraiDe ne pouvoir plus suivre qu’elle.
    3 min
  • Stances galantes, Molière - Stances à Marquise, Pierre Corneille
    Stances galantes, MolièreSouffrez qu'Amour cette nuit vous réveille ;Par mes soupirs laissez-vous enflammer ;Vous dormez trop, adorable merveille,Car c'est dormir que de ne point aimer.Ne craignez rien ; dans l'amoureux empireLe mal n'est pas si grand que l'on le faitEt, lorsqu'on aime et que le coeur soupire,Son propre mal souvent le satisfait.Le mal d'aimer, c'est de vouloir le taire :Pour l'éviter, parlez en ma faveur.Amour le veut, n'en faites point mystère.Mais vous tremblez, et ce dieu vous fait peur !Peut-on souffrir une plus douce peine ?Peut-on subir une plus douce loi ?Qu'étant des coeurs la douce souveraine,Dessus le vôtre Amour agisse en roi ;Rendez-vous donc, ô divine Amarante !Soumettez-vous aux volontés d'Amour ;Aimez pendant que vous êtes charmante,Car le temps passe et n'a point de retour.
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  • Le long du quai, Sully Prudhomme - Les Effarés, Arthur Rimbaud - Le Pont Mirabeau, Guillaume Apollinaire
    Le long du quai, Sully PrudhommeLe long des quais les grands vaisseaux,Que la houle incline en silence,Ne prennent pas garde aux berceauxQue la main des femmes balance.Mais viendra le jour des adieux ;Car il faut que les femmes pleurentEt que les hommes curieuxTentent les horizons qui leurrent.Et ce jour-là les grands vaisseaux,Fuyant le port qui diminue,Sentent leur masse retenuePar l’âme des lointains berceaux.
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  • Sonnet, Félix Arvers - Laisse-moi !, Gérard de Nerval
    Sonnet, Félix ArversMon âme a son secret, ma vie a son mystère,Un amour éternel en un moment conçu :Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,Elle suit son chemin, distraite et sans entendreCe murmure d’amour élevé sur ses pas.À l’austère devoir, pieusement fidèle,Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle » Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.
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  • Elle était déchaussée - Pour Jeanne seule, Victor Hugo
    Elle était déchaussée, elle était décoiffée,Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;Moi, qui passais par là, je crus voir une fée,Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?Elle me regarda de ce regard suprêmeQui reste à la beauté quand nous en triomphons,Et je lui dis : Veux-tu, c'est le mois où l’on aime,Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?Elle essuya ses pieds à l’herbe de la rive,Elle me regarda pour la première fois,Et la belle folâtre alors devint pensive.Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !Comme l’eau caressait doucement le rivage !Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,La belle fille heureuse, effarée et sauvage,Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.Elle était déchaussée, Victor Hugo
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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.