Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
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Robert Werner lit les poètes episodes

  • Complainte du petit cheval blanc - Paul Fort
    Le petit cheval dans le mauvais temps, qu'il avait donc du courage !C'était un petit cheval blanc, tous derrière et lui devant.Il n'y avait jamais de beau temps dans ce pauvre paysage.Il n'y avait jamais de printemps, ni derrière ni devant.Mais toujours il était content, menant les gars du village,A travers la pluie noire des champs, tous derrière et lui devant.Sa voiture allait poursuivant sa belle petite queue sauvage.C'est alors qu'il était content, eux derrière et lui devant.Mais un jour, dans le mauvais temps, un jour qu'il était si sage,Il est mort par un éclair blanc, tous derrière et lui devant.Il est mort sans voir le beau temps, qu'il avait donc du courage !Il est mort sans voir le printemps ni derrière ni devant. Complainte du petit cheval blanc, Paul Fort
    2 min
  • J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans - Charles Baudelaire
    J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,De vers, de billets doux, de procès, de romances,Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,Cache moins de secrets que mon triste cerveau.C’est une pyramide, un immense caveau,Qui contient plus de morts que la fosse commune.— Je suis un cimetière abhorré de la lune,Où comme des remords se traînent de longs versQui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,Où gît tout un fouillis de modes surannées,Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,Quand sous les lourds flocons des neigeuses annéesL’ennui, fruit de la morne incuriosité,Prend les proportions de l’immortalité.— Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,Assoupi dans le fond d’un Saharah brumeux ;Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,Oublié sur la carte, et dont l’humeur faroucheNe chante qu’aux rayons du soleil qui se couche. Spleen (« J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans »), Charles Baudelaire
    2 min
  • Gaspard Hauser chante - Paul Verlaine
    Je suis venu, calme orphelin,Riche de mes seuls yeux tranquilles,Vers les hommes des grandes villes :Ils ne m'ont pas trouvé malin.À vingt ans un trouble nouveauSous le nom d'amoureuses flammesM'a fait trouver belles les femmes :Elles ne m'ont pas trouvé beau.Bien que sans patrie et sans roiEt très brave ne l'étant guère,J'ai voulu mourir à la guerre :La mort n'a pas voulu de moi.Suis‑je né trop tôt ou trop tard ?Qu'est‑ce que je fais en ce monde ?Ô vous tous, ma peine est profonde :Priez pour le pauvre Gaspard ! Gaspard Hauser chante, Paul Verlaine
    2 min
  • A vingt ans - René-François Sully Prudhomme
    À vingt ans on a l'oeil difficile et très fier :On ne regarde pas la première venue,Mais la plus belle ! Et, plein d'une extase ingénue,On prend pour de l'amour le désir né d'hier.Plus tard, quand on a fait l'apprentissage amer,Le prestige insolent des grands yeux diminue,Et d'autres, d'une grâce autrefois méconnue,Révèlent un trésor plus intime et plus cher.Mais on ne fait jamais que changer d'infortune :À l'âge où l'on croyait n'en pouvoir aimer qu'une,C'est par elle déjà qu'on apprit à souffrir ;Puis, quand on reconnaît que plus d'une est charmante,On sent qu'il est trop tard pour choisir une amanteEt que le coeur n'a plus la force de s'ouvrir. A vingt ans, René-François Sully Prudhomme
    2 min
  • Villanelle - Philippe Desportes
    Rosette, pour un peu d'absence,Votre cœur vous avez changé,Et moi, sachant cette inconstance,Le mien autre part j'ai rangé :Jamais plus, beauté si légèreSur moi tant de pouvoir n'aura :Nous verrons, volage bergère,Qui premier s'en repentira.Tandis qu'en pleurs je me consume,Maudissant cet éloignement,Vous qui n'aimez que par coutume,Caressiez un nouvel amant.Jamais légère girouetteAu vent si tôt ne se vira :Nous verrons, bergèreRosette,Qui premier s'en repentira.Où sont tant de promesses saintes,Tant de pleurs versés en partant?Est-il vrai que ces tristes plaintesSortissent d'un cœur inconstant?Dieux! que vous êtes mensongère!Maudit soit qui plus vous croira !Nous verrons, volage bergère,Qui premier s'en repentira.Celui qui a gagné ma placeNe vous peut aimer tant que moi;Et celle que j'aime vous passeDe beauté, d'amour et de foi.Gardez bien votre amitié neuve,La mienne plus ne variera,Et puis, nous verrons à l'épreuveQui premier s'en repentira.Villanelle, Philippe Desportes
    3 min
  • L'isolement - Alphonse de Lamartine
    Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;Je promène au hasard mes regards sur la plaine,Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes ;Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;Là, le lac immobile étend ses eaux dormantesOù l’étoile du soir se lève dans l’azur.Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,Le crépuscule encor jette un dernier rayon,Et le char vaporeux de la reine des ombresMonte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.Cependant, s’élançant de la flèche gothique,Un son religieux se répand dans les airs,Le voyageur s’arrête, et la cloche rustiqueAux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.Mais à ces doux tableaux mon âme indifférenteN’éprouve devant eux ni charme ni transports,Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante :Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.De colline en colline en vain portant ma vue,Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,Je parcours tous les points de l’immense étendue,Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m’attend. »Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.[...]L'isolement, Alphonse de Lamartine
    3 min
  • La femme - Max Elskamp
    Mais maintenant vient une femme,Et lors voici qu’on va aimer,Mais maintenant vient une femmeEt lors voici qu’on va pleurer,Et puis qu’on va tout lui donnerDe sa maison et de son âme,Et puis qu’on va tout lui donnerEt lors après qu’on va pleurerCar à présent vient une femme,Avec ses lèvres pour aimer,Car à présent vient une femmeAvec sa chair tout en beauté,Et des robes pour la montrerSur des balcons, sur des terrasses,Et des robes pour la montrerA ceux qui vont, à ceux qui passent,Car maintenant vient une femmeSuivant sa vie pour des baisers,Car maintenant vient une femme,Pour s’y complaire et s’en aller.Max Elskamp, La femme
    2 min
  • À une passante - Charles Baudelaire
    La rue assourdissante autour de moi hurlait.Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,Une femme passa, d’une main fastueuseSoulevant, balançant le feston et l’ourlet;Agile et noble, avec sa jambe de statue.Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beautéDont le regard m’a fait soudainement renaître,Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal
    2 min
  • Souvenir - Alfred de Musset
    J'espérais bien pleurer, mais je croyais souffrirEn osant te revoir, place à jamais sacrée,O la plus chère tombe et la plus ignoréeOù dorme un souvenir !Que redoutiez-vous donc de cette solitude,Et pourquoi, mes amis, me preniez-vous la main,Alors qu'une si douce et si vieille habitudeMe montrait ce chemin ?Les voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries,Et ces pas argentins sur le sable muet,Ces sentiers amoureux, remplis de causeries,Où son bras m'enlaçait.Les voilà, ces sapins à la sombre verdure,Cette gorge profonde aux nonchalants détours,Ces sauvages amis, dont l'antique murmureA bercé mes beaux jours.Les voilà, ces buissons où toute ma jeunesse,Comme un essaim d'oiseaux, chante au bruit de mes pas.Lieux charmants, beau désert où passa ma maîtresse,Ne m'attendiez-vous pas ?Ah ! laissez-les couler, elles me sont bien chères,Ces larmes que soulève un coeur encor blessé !Ne les essuyez pas, laissez sur mes paupièresCe voile du passé !Je ne viens point jeter un regret inutileDans l'écho de ces bois témoins de mon bonheur.Fière est cette forêt dans sa beauté tranquille,Et fier aussi mon coeur.Que celui-là se livre à des plaintes amères,Qui s'agenouille et prie au tombeau d'un ami.Tout respire en ces lieux ; les fleurs des cimetièresNe poussent point ici.Voyez ! la lune monte à travers ces ombrages.Ton regard tremble encor, belle reine des nuits ;Mais du sombre horizon déjà tu te dégages,Et tu t'épanouis.Ainsi de cette terre, humide encor de pluie,Sortent, sous tes rayons, tous les parfums du jour :Aussi calme, aussi pur, de mon âme attendrieSort mon ancien amour.Que sont-ils devenus, les chagrins de ma vie ?Tout ce qui m'a fait vieux est bien loin maintenant ;Et rien qu'en regardant cette vallée amieJe redeviens enfant.O puissance du temps ! ô légères années !Vous emportez nos pleurs, nos cris et nos regrets ;Mais la pitié vous prend, et sur nos fleurs fanéesVous ne marchez jamais.Tout mon coeur te bénit, bonté consolatrice !Je n'aurais jamais cru que l'on pût tant souffrirD'une telle blessure, et que sa cicatriceFût si douce à sentir.Loin de moi les vains mots, les frivoles pensées,Des vulgaires douleurs linceul accoutumé,Que viennent étaler sur leurs amours passéesCeux qui n'ont point aimé !Dante, pourquoi dis-tu qu'il n'est pire misèreQu'un souvenir heureux dans les jours de douleur ?Quel chagrin t'a dicté cette parole amère,Cette offense au malheur ?En est-il donc moins vrai que la lumière existe,Et faut-il l'oublier du moment qu'il fait nuit ?Est-ce bien toi, grande âme immortellement triste,Est-ce toi qui l'as dit ?Non, par ce pur flambeau dont la splendeur m'éclaire,Ce blasphème vanté ne vient pas de ton coeur.Un souvenir heureux est peut-être sur terrePlus vrai que le bonheur.[...]Souvenir, Alfred de Musset
    5 min
  • Qu'en avez-vous fait ? - Marceline Desbordes-Valmore
    Vous aviez mon cœur,Moi, j'avais le vôtre :Un cœur pour un cœur ;Bonheur pour bonheur !Le vôtre est rendu,Je n'en ai plus d'autre,Le vôtre est rendu,Le mien est perdu !La feuille et la fleurEt le fruit lui-même,La feuille et la fleur,L'encens, la couleur :Qu'en avez-vous fait,Mon maître suprême ?Qu'en avez-vous fait,De ce doux bienfait ?Comme un pauvre enfantQuitté par sa mère,Comme un pauvre enfantQue rien ne défend,Vous me laissez là,Dans ma vie amère ;Vous me laissez là,Et Dieu voit cela !Savez-vous qu'un jourL'homme est seul au monde ?Savez-vous qu'un jourIl revoit l'amour ?Vous appellerez,Sans qu'on vous réponde ;Vous appellerez,Et vous songerez !…Vous viendrez rêvantSonner à ma porte ;Ami comme avant,Vous viendrez rêvant.Et l'on vous dira :«Personne !… elle est morte. »On vous le dira ;Mais qui vous plaindra ? Qu'en avez-vous fait ?, Marceline Desbordes-Valmore
    3 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.