Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
Download on the App Store

Robert Werner lit les poètes episodes

  • L'Amour de l'Amour - Germain Nouveau
    Aimez bien vos amours ; aimez l’amour qui rêveUne rose à la lèvre et des fleurs dans les yeux ;C’est lui que vous cherchez quand votre avril se lève,Lui dont reste un parfum quand vos ans se font vieux.Aimez l’amour qui joue au soleil des peintures,Sous l’azur de la Grèce, autour de ses autels,Et qui déroule au ciel la tresse et les ceintures,Ou qui vide un carquois sur des coeurs immortels.Aimez l’amour qui parle avec la lenteur basseDes Ave Maria chuchotés sous l’arceau ;C’est lui que vous priez quand votre tête est lasse,Lui dont la voix vous rend le rythme du berceau.Aimez l’amour que Dieu souffla sur notre fange,Aimez l’amour aveugle, allumant son flambeau,Aimez l’amour rêvé qui ressemble à notre ange,Aimez l’amour promis aux cendres du tombeau !Aimez l’antique amour du règne de Saturne,Aimez le dieu charmant, aimez le dieu caché,Qui suspendait, ainsi qu’un papillon nocturne,Un baiser invisible aux lèvres de Psyché !Car c’est lui dont la terre appelle encore la flamme,Lui dont la caravane humaine allait rêvant,Et qui, triste d’errer, cherchant toujours une âme,Gémissait dans la lyre et pleurait dans le vent.Il revient ; le voici : son aurore éternelleA frémi comme un monde au ventre de la nuit,C’est le commencement des rumeurs de son aile ;Il veille sur le sage, et la vierge le suit.Le songe que le jour dissipe au coeur des femmes,C’est ce Dieu. Le soupir qui traverse les bois,C’est ce Dieu. C’est ce Dieu qui tord les oriflammesSur les mâts des vaisseaux et des faîtes des toits.Il palpite toujours sous les tentes de toile,Au fond de tous les cris et de tous les secrets ;C’est lui que les lions contemplent dans l’étoile ;L’oiseau le chante au loup qui le hurle aux forêts.La source le pleurait, car il sera la mousse,Et l’arbre le nommait, car il sera le fruit,Et l’aube l’attendait, lui, l’épouvante douceQui fera reculer toute ombre et toute nuit.Le voici qui retourne à nous, son règne est proche,Aimez l’amour, riez ! Aimez l’amour, chantez !Et que l’écho des bois s’éveille dans la roche,Amour dans les déserts, amour dans les cités !Amour sur l’Océan, amour sur les collines !Amour dans les grands lys qui montent des vallons !Amour dans la parole et les brises câlines !Amour dans la prière et sur les violons !Amour dans tous les coeurs et sur toutes les lèvres !Amour dans tous les bras, amour dans tous les doigts !Amour dans tous les seins et dans toutes les fièvres !Amour dans tous les yeux et dans toutes les voix !Amour dans chaque ville : ouvrez-vous, citadelles !Amour dans les chantiers : travailleurs, à genoux !Amour dans les couvents : anges, battez des ailes !Amour dans les prisons : murs noirs, écroulez-vous !Mais adorez l’Amour terrible qui demeureDans l’éblouissement des futures Sions,Et dont la plaie, ouverte encor, saigne à toute heureSur la croix, dont les bras s’ouvrent aux nations. L’Amour de l’Amour, Germain Nouveau
    3 min
  • Les enfants qui s'aiment, Jacques Prévert
    Les enfants qui s'aiment s'embrassent deboutContre les portes de la nuitEt les passants qui passent les désignent du doigtMais les enfants qui s'aimentNe sont là pour personneEt c'est seulement leur ombreQui tremble dans la nuitExcitant la rage des passantsLeur rage leur mépris leurs rires et leur envieLes enfants qui s'aiment ne sont là pour personneIls sont ailleurs bien plus loin que la nuitBien plus haut que le jourDans l'éblouissante clarté de leur premier amour. Les enfants qui s'aiment, Jacques Prévert
    2 min
  • Le Cancre, Jacques Prévert
    Il dit non avec la têteMais il dit oui avec le cœurIl dit oui à ce qu'il aimeIl dit non au professeurIl est deboutOn le questionneEt tous les problèmes sont posésSoudain le fou rire le prendEt il efface toutLes chiffres et les motsLes dates et les nomsLes phrases et les piègesEt malgré les menaces du maîtreSous les huées des enfants prodigesAvec des craies de toutes les couleursSur le tableau noir du malheurIl dessine le visage du bonheur. Le Cancre, Jacques Prévert
    2 min
  • L'Espèce Humaine, Raymond Queneau
    L'espèce humaine m'a donnéle droit d'être mortelle devoir d'être civiliséla conscience humainedeux yeux qui d'ailleurs ne fonctionnent pas très bieale nez au milieu du visagedeux pieds deux mainsle langagel'espèce humaine m'a donnémon père et ma mèrepeut-être des frères on ne saitdes cousins à pelletéeset des arrière-grands-pèresl'espèce humaine m'a donnéses trois facultésle sentiment l'intelligence et la volontéchaque chose de façon modéréel'espèce humaine m'a donnétrente-deux dents un cour un foied'autres viscères et dix doigtsl'espèce humaine m'a donnéde quoi se dire satisfait L'Espèce Humaine, Raymond Queneau
    2 min
  • Amour, Francis Carco
    Tu riais. Tu te renversaisDans mes bras et l’aube amoureuseIlluminait ma tête creuseEt lourde, mais je te berçais, En chantant. Le jour, dans la pluie,Se levait et n’en pouvait plus.Contre ta hanche étroite et nue,Je tombais enfin d’insomnie. Matins amers, amour charmant,Épuisante et trouble folie,Au réveil, la mélancolieSépara plus tard ces amants. Francis Carco
    2 min
  • La maison des enfants, Louise de Vilmorin
    La maison des enfants Est livrée au grand ventLeurs chambres sont désertes.Le grand vent du matinNe dénoue au jardinNul ruban de soie verte. Plus de mots hésitantsEt plus de complimentsAu midi de ma fêteEt plus de petits pas, Plus de secrets tout basNi de cris à tue-tête.Loin de moi grandissezEnfants de mon passéQui vivez en voyage,Puis venez à mon cœurFontaine de mes pleursY puiser votre image. Usez de mon amour.Votre jour est toujoursL’objet de mon envie.Revenez à mes bras,Ne vous éloignez pasDu sein de votre vie. Êtes-vous nés trop tôtRires de mes berceauxÀ l’âge du quadrille ?Êtes-vous nés trop tardEnfant de mes hasards,Enfants petites filles ? Le jardin est pareil,L’abeille et soleilY font leur course à l’aise,Mais sous les hauts sapinsPlus de jeux anciensPlus de chansons Françaises.Plus de baisers le soirNi de peur dans le noirOù vient rôder le diable,Plus de jouets cassés,Plus de genoux blessésNi de châteaux de sable.Enfants, c’est mon passéPassé que vous bercezAu jardin de Verrières,Car je riais aussiSous l’arbre que voiciEt que planta mon père. Les jours sont abîmés.Aurais-je trop aiméLe pas qui déconcerte ?Je suis seule à présentVoyageuses enfantsDevant la porte ouverte.
    3 min
  • La France, Paul Fort
    Ah quelle vie, quelle fraîcheur, quelle gaitéLa France court les bois et court sous les pommiersEt Dieu, quelle souplesse et quelle agilitéLa France court les airs et court les pigeonniersQuelle fougue de voir, quel désir de monterLa France court le ciel, est-ce un paradisier ?Quelle joie de sonder l’abîme et d’existerDe tout l’esprit du monde, elle est seule hantéeQuelle âme, quel amour, quel feu, quelle clartéLa France court l’espace et court l’éternité
    2 min
  • Adieu à la Meuse, Charles Péguy
    Adieu, Meuse endormeuse et douce à mon enfance,Qui demeures aux prés, où tu coules tout bas.Meuse, adieu: j’ai déjà commencé ma partanceEn des pays nouveaux où tu ne coules pas.Voici que je m’en vais en des pays nouveaux:Je ferai la bataille et passerai les fleuves;Je m’en vais m’essayer à de nouveaux travaux,Je m’en vais commencer là-bas les tâches neuves.Et pendant ce temps-là, Meuse ignorante et douce,Tu couleras toujours, passante accoutumée,Dans la vallée heureuse où l’herbe vive pousse,Ô Meuse inépuisable et que j’avais aimée.Tu couleras toujours dans l’heureuse vallée;Où tu coulais hier, tu couleras demain.Tu ne sauras jamais la bergère en allée,Qui s’amusait, enfant, à creuser de sa mainDes canaux dans la terre, à jamais écroulés.La bergère s’en va, délaissant les moutons,Et la fileuse va, délaissant les fuseaux.Voici que je m’en vais loin de tes bonnes eaux,Voici que je m’en vais bien loin de nos maisons.Meuse qui ne sais rien de la souffrance humaine,Ô Meuse inaltérable et douce à toute enfance,Ô toi qui ne sais pas l’émoi de la partance,Toi qui passes toujours et qui ne pars jamais, Ô Meuse inaltérable, ô Meuse que j’aimais,Quand verrai-je tes flots qui passent par chez nous?Quand nous reverrons-nous? Et nous reverrons-nous?
    3 min
  • Le chat, Baudelaire
    Dans ma cervelle se promène,Ainsi qu’en son appartement,Un beau chat, fort, doux et charmant ;Quand il miaule, on l’entend à peine,Tant son timbre est tendre et discret ;Mais que sa voix s’apaise ou gronde,Elle est toujours suave et profonde.C’est là son charme et son secret.Cette voix, qui perle et qui filtreDans mon fonds le plus ténébreux,Me remplit comme un vers nombreuxEt me pénètre comme un philtre.Elle endort les plus cruels mauxEt contient toutes les extases ;Pour dire les plus longues phrases,Elle n’a pas besoin de mots.Non, il n’est pas d’archet qui mordeSur mon cœur, parfait instrument,Et fasse plus royalementChanter sa plus vibrante cordeQue ta voix, chat mystérieux,Chat séraphique, chat étrange,En qui tout est, comme en un ange,Aussi subtil qu’harmonieux.De sa fourrure blonde et bruneSort au parfum si doux qu’un soirJ’en fus embaumé, pour l’avoirCaressée une fois, rien qu’une.C’est l’esprit familier du lieu ;Il juge, il préside, il inspireToutes choses dans son empire ;Peut-être est-il fée, est-il dieu ?Quand mes yeux vers ce chat que j’aime,Tirés comme par un aimant,Se retournent docilement,Et que je regarde en moi-même,Je vois avec étonnementLe feu de ses prunelles pâles,Clairs fanaux, vivantes opales,Qui me contemplent fixement.
    3 min
  • Colloque sentimental, Paul Verlaine
    Dans le vieux parc solitaire et glacé,Deux formes ont tout à l’heure passé.Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,Et l’on entend à peine leurs paroles.Dans le vieux parc solitaire et glacé,Deux spectres ont évoqué le passé.– Te souvient-il de notre extase ancienne ?– Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?– Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?Toujours vois-tu mon âme en rêve ? – Non.– Ah ! les beaux jours de bonheur indicibleOù nous joignions nos bouches ! – C’est possible.– Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir !– L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.Tels ils marchaient dans les avoines folles,Et la nuit seule entendit leurs paroles.
    2 min

About Robert Werner lit les poètes

From the publisher's feed

Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.