Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
Download on the App Store

Robert Werner lit les poètes episodes

  • La mémoire, François Coppée
    Souvent, lorsque la main sur les yeux je médite,Elle m’apparaît, svelte et la tête petite,Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front.Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,La chère vision que malgré moi j’ai fuie ?Qu’est auprès de son teint la rose après la pluie ?Peut-on comparer même au chant du bengaliSon exotique accent, si clair et si joli ?Est-il une grenade entr’ouverte qui rendeL’incarnat de sa bouche adorablement grande ?Oui, les astres sont purs, mais aucun, dans les cieux,Aucun n’est éclatant et pur comme ses yeux ;Et l’antilope errant sous le taillis humideN’a pas ce long regard lumineux et timide.Ah ! devant tant de grâce et de charme innocent,Le poète qui veut décrire est impuissant ;Mais l’amant peut du moins s’écrier : « Sois bénie,O faculté sublime à l’égal du génie,Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix,Et qui fais qu’exilé loin d’elle, je la vois !
    3 min
  • Notre Europe, André Pieyre de Mandiargues
    Rieuse Europe, Europe trop légère,Où vas-tu, si nue, sur cette mer troublée,Comme par le coup d’œil d’un dieu,Qui eut été jaloux de ton miroir ?Assise en amazone pour mieux te faire voir,En quel espace où tant que nul ne sait vas-tu ?Toi qui tiens à deux mains,Sans effort que l’on sente,Le guidon de moto des cornes du taureau,Où vas-tu, notre Europe ?Vas-tu mourir au bord où tu seras laissée ?Europe chérie des peintres et des poètes,Toi qui pendant plus de vingt-cinq siècles,Offrit à tes amants beauté si généreuse,Qu’à flots encore, elle déborde des musées,Autant que des bibliothèques,Comme gorge splendide hors du corset défait.De te défendre, il ne nous semble point que souvent soucis te soient venus,Ris donc Europe, tant qu’il t’est permis,Ou galamment souris le plus tard qu’il se puisse,Emporte nous avec toi sur les eaux,Nous qui, peut-être, ne sommes rien,Qu’un faible écho de tes fêtes passées.
    3 min
  • Réponse, Charles Cros - Il pleure dans mon cœur, Paul Verlaine
    Réponse - Charles CrosCe que je te suis te donne du doute ?Ma vie est à toi, si tu la veux, toute.Et loin que je sois maître de tes voeux,C'est toi qui conduis mon rêve où tu veuxAvec la beauté du ciel, en toi vibreUn rhythme fatal ; car mon âme librePasse de la joie aux âpres soucisSelon que le veut l'arc de tes sourcils.Que j'aye ton coeur ou que tu me l'ôtes,Je te bénirai dans des rimes hautes,Je me souviendrai qu'un jour je te plusEt que je n'ai rien à vouloir de plus. Il pleure dans mon cœur - Paul Verlaine Il pleure dans mon coeurComme il pleut sur la ville ;Quelle est cette langueurQui pénètre mon coeur ?Ô bruit doux de la pluiePar terre et sur les toits !Pour un coeur qui s’ennuie,Ô le chant de la pluie !Il pleure sans raisonDans ce coeur qui s’écoeure.Quoi ! nulle trahison ?…Ce deuil est sans raison.C’est bien la pire peineDe ne savoir pourquoiSans amour et sans haineMon coeur a tant de peine !
    4 min
  • Roses de juin, vous les plus belles, Emile Verhaeren - La cueillette, Guillaume Apollinaire
    Roses de juin, vous les plus bellesRoses de juin, vous les plus belles,Avec vos coeurs de soleil transpercés ;Roses violentes et tranquilles, et tellesQu’un vol léger d’oiseaux sur les branches posés ;Roses de Juin et de Juillet, droites et neuves,Bouches, baisers qui tout à coup s’émeuventOu s’apaisent, au va-et-vient du vent,Caresse d’ombre et d’or, sur le jardin mouvant ;Roses d’ardeur muette et de volonté douce,Roses de volupté en vos gaines de mousse,Vous qui passez les jours du plein étéA vous aimer, dans la clarté ;Roses vives, fraîches, magnifiques, toutes nos rosesOh ! que pareils à vous nos multiples désirs,Dans la chère fatigue ou le tremblant plaisirS’entr’aiment, s’exaltent et se reposent !La cueillette, Nous vînmes au jardin fleuri pour la cueillette.Belle, sais-tu combien de fleurs, de roses-thé,Roses pâles d'amour qui couronnent ta tête,S'effeuillent chaque été ?Leurs tiges vont plier au grand vent qui s'élève.Des pétales de rose ont chu dans le chemin.Ô Belle, cueille-les, puisque nos fleurs de rêveSe faneront demain !Mets-les dans une coupe et toutes portes doses,Alanguis et cruels, songeant aux jours défunts,Nous verrons l'agonie amoureuse des rosesAux râles de parfums. Le grand jardin est défleuri, mon égoïste,Les papillons de jour vers d'autres fleurs ont fui,Et seuls dorénavant viendront au jardin tristeLes papillons de nuit.Et les fleurs vont mourir dans la chambre profane.Nos roses tour à tour effeuillent leur douleur.Belle, sanglote un peu... Chaque fleur qui se fane,C'est un amour qui meurt !
    4 min
  • Nevermore, Paul Verlaine - XLV, Tristan Derème
    Nevermore, Paul Verlaine Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automneFaisait voler la grive à travers l’air atone,Et le soleil dardait un rayon monotoneSur le bois jaunissant où la bise détone.Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :« Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d’or vivant,Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.Un sourire discret lui donna la réplique,Et je baisai sa main blanche, dévotement.– Ah ! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées !Et qu’il bruit avec un murmure charmantLe premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées ! XLV, Tristan Derème La porte du jardin donne sur la ruelleEt c’est là qu’un beau soir elle est apparue, elleDe qui l’amour est clair, comme l’aube et l’azur.Elle m’attend. Le chat s’étire sur le mur.Elle m’attend. C’est le village après le steppe.Son sourire est léger comme une aile de guêpe.Elle m’attend sous la tonnelle de roseaux.Mon cœur est une cage où chantent mille oiseaux.Elle m’attend, elle regarde la pendule.J’arriverai dans la tiédeur du crépuscule,Et quand je la verrai me tendre les deux mains,Les roses de juillet pleuvront sur les chemins.
    3 min
  • Laisse-moi, Gérard de Nerval
    Non, laisse-moi, je t'en supplie ;En vain, si jeune et si jolie,Tu voudrais ranimer mon coeur :Ne vois-tu pas, à ma tristesse,Que mon front pâle et sans jeunesseNe doit plus sourire au bonheur ?Quand l'hiver aux froides haleinesDes fleurs qui brillent dans nos plainesGlace le sein épanoui,Qui peut rendre à la feuille morteSes parfums que la brise emporteEt son éclat évanoui !Oh ! si je t'avais rencontréeAlors que mon âme enivréePalpitait de vie et d'amours,Avec quel transport, quel délireJ'aurais accueilli ton sourireDont le charme eût nourri mes jours.Mais à présent, Ô jeune fille !Ton regard, c'est l'astre qui brilleAux yeux troublés des matelots,Dont la barque en proie au naufrage,A l'instant où cesse l'orageSe brise et s'enfuit sous les flots.Non, laisse-moi, je t'en supplie ;En vain, si jeune et si jolie,Tu voudrais ranimer mon coeur :Sur ce front pâle et sans jeunesseNe vois-tu pas que la tristesseA banni l'espoir du bonheur ?
    3 min
  • Un amour de lumière, Pierre Perrin
    J’aurais tant voulu vivre un amour de lumièreEt combler une femme à la fois mon amanteEt ma mère, avec qui, le jour, la nuit, liésTout n’eût été qu’espoir, partage et démesure.Cette femme, un matin, est entrée dans ma vie.Elle a souri, m’a pris la main, m’a entraînéSur ses pas, dans un lit, vers son âme avec grâce.Par son corps et son rire, elle était l’avenir.Naturelle, attentive, ingénieuse et secrète,Elle se livrait nue comme on roule dans l’herbe ;Elle ouvrait le mystère, agrandissait le temps.Pourquoi tout a croulé ? Pourquoi a-t-il falluQue le bonheur explose, et revienne l’absence ?Qui gouverne la vie sinon, partout la mort ?
    2 min

About Robert Werner lit les poètes

From the publisher's feed

Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.