Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
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Robert Werner lit les poètes episodes

  • Sonnet, Sully Prudhomme et La vieillesse, Sully Prudhomme
    SonnetÀ vingt ans on a l’œil difficile et très fier :On ne regarde pas la première venue,Mais la plus belle ! et, plein d’une extase ingénue,On prend pour de l’amour le désir né d’hier. Plus tard, quand on a fait l’apprentissage amer,Le prestige insolent des grands yeux diminue,Et d’autres, d’une grâce autrefois méconnue,Révèlent un trésor plus intime et plus cher. Mais on ne fait jamais que changer d’infortune :À l’âge où l’on croyait n’en pouvoir aimer qu’une,C’est par elle déjà qu’on apprit à souffrir ; Puis, quand on reconnaît que plus d’une est charmante,On sent qu’il est trop tard pour choisir une amante,Et que le cœur n’a plus la force de s’ouvrir.Sully Prudhomme
    2 min
  • Le mépris de la vie et consolation contre la mort, Jean-Baptiste Chassignet et Sonnet, Théophile de Viau
    Tantost la crampe aus piés, tantost la goute aus mainsTantost la crampe aus piés, tantost la goute aus mains,Le muscle, le tendon, et le nerf te travaille ;Tantost un pleuresis te livre la bataille,Et la fievre te poingt de ses trais inhumains ;Tantost l'aspre gravelle espaissie en tes reinsTe pince les boyaus de trenchante tenaille :Tantost une apostume aus deux poumons t'assaille,Et l'esbat de Venus trouble tes yeux serains.Ainsi en advient il à quiconque demeureEn la maison d'autruy, mais s'il faut que tu meure,Tu deviens aussi tost pensif et soucieus :Helas aimes tu mieus mourir tousjours en douteQue vivre par la mort ? celuy qui la redouteNe fera jamais rien digne d'un homme preus.Jean-Baptiste Chassignet
    2 min
  • Chance, Paul Geraldy et Adieux, Louise de Vilmorin
    ChanceEt pourtant, nous pouvions ne jamais nous connaître!Mon amour, imaginez-voustout ce que le Sort dû permettrepour que l'on soit là, qu'on s'aime, et pour que ce soit nous?Tu dis: «Nous étions nés l'un pour l'autre». Mais penseà ce qu'il a dû falloir de chances, de concours,de causes, de coïncidences,pour réaliser ça, simplement, notre amour!Songe qu'avant d'unir nos têtes vagabondes,nous avons vécu seuls, séparés, égarés,et que c'est long, le temps, et que c'est grand, le monde,et que nous aurions pu ne pas nous rencontrer.As-tu jamais pensé, ma jolie aventure,aux dangers que courut notre pauvre bonheurquand l'un vers l'autre, au fond de l'infinie nature,mystérieusement gravitaient nos deux coeurs?Sais-tu que cette course était bien incertainequi vers un soir nous conduisait,et qu'un caprice, une migraine,pouvaient nous écarter l'un de l'autre à jamais?Je ne t'ai jamais dit cette chose inouïe:lorsque je t'aperçus pour la première fois,je ne vis pas d'abord que tu étais jolie.Je pris à peine garde à toi.Ton amie m'occupait bien plus, avec son rire.C'est tard, très tard, que nos regards se sont croisés.Songe, nous aurions pu ne pas savoir y lire,et toi ne pas comprendre, et moi ne pas oser.Où serions-nous ce soir si, ce soir-là, ta mèret'avait reprise un peu plus tôt?Et si tu n'avais pas rougi, sous les lumières,quand je voulus t'aider à mettre ton manteau?Car souviens-toi, ce furent là toutes les causes.Un retard, un empêchement,et rien n'aurait été du cher enivrement,de l'exquise métamorphose!Notre amour aurait pu ne jamais advenir !Tu pourrais aujourd'hui n'être pas dans ma vie !...Mon petit coeur, mon coeur, ma petite chérie,je pense à cette maladiedont vous avez failli mourir...Paul Géraldy
    2 min
  • Comme alors et Ici-bas, Sully Prudhomme
    Comme alorsQuand j'étais tout enfant, ma boucheIgnorait un langage appris :Du fond de mon étroite coucheJ'appelais les soins par des cris ;Ma peine était la peur cruelleDe perdre un jouet dans mes draps,Et ma convoitise était celleQui supplie en tendant les bras.Maintenant que sans être aidéesMes lèvres parlent couramment,J'ai moins de signes que d'idées :On a changé mon bégaiement.Et maintenant que les caressesNe me bercent plus quand je dors,J'ai d'inexprimables tendresses,Et je tends les bras comme alors.
    3 min
  • Sur Paris, Paul Scarron et Jardins, Francis Carco
    Sur ParisUn amas confus de maisonsDes crottes dans toutes les ruesPonts, églises, palais, prisonsBoutiques bien ou mal pourvuesForce gens noirs, blancs, roux, grisonsDes prudes, des filles perdues,Des meurtres et des trahisonsDes gens de plume aux mains crochuesMaint poudré qui n'a pas d'argentMaint filou qui craint le sergentMaint fanfaron qui toujours tremble,Pages, laquais, voleurs de nuit,Carrosses, chevaux et grand bruitVoilà Paris que vous en semble ?Paul Scarron
    2 min
  • Fin d’automne, Germain Nouveau
    Fin d’automneC’est le soir au jardin du Luxembourg ; les portesVont se fermer ; le jour qui meurt à l’horizonSemble un dernier adieu de la douce saison ;Le pied foule un tapis mourant de feuilles mortes.La nuit lente descend ; on entend s’apaiserDes passants attardés les pas et les murmures ;Les groupes, sur leur socle, au milieu des ramures,Pour conjurer le froid échangent un baiser.Car voici que l’Hiver s’avance, triste et sombre !Vous allez être seuls, ô pauvres marbres nus!Les amoureux discrets, à vous tous bien connus,Ne viendront de longtemps s’abriter à votre ombre.Un brouillard gris et fin s’estompe dans les airs ;Le mystère se fait dans les mornes alléesQue hanteront bientôt les bises désolées ;Les moineaux sont partis et les bancs sont déserts.Oh ! le triste retour des saisons enrhumées !Déjà sur votre épaule un frisson vient courir ;Déjà le coeur se serre et, comme pour s’ouvrir,Aspire au chaud parfum des chambres bien fermées.Germain NOUVEAU
    3 min
  • A Mme Lullin, Voltaire
    A Mme LullinHé quoi ! vous êtes étonnéeQu’au bout de quatre-vingts hivers,Ma Muse faible et surannéePuisse encor fredonner des vers ?Quelquefois un peu de verdureRit sous les glaçons de nos champs ;Elle console la nature,Mais elle sèche en peu de temps.Un oiseau peut se faire entendreAprès la saison des beaux jours ;Mais sa voix n’a plus rien de tendre,Il ne chante plus ses amours.Ainsi je touche encor ma lyreQui n’obéit plus à mes doigts ;Ainsi j’essaie encor ma voixAu moment même qu’elle expire.« Je veux dans mes derniers adieux,Disait Tibulle à son amante,Attacher mes yeux sur tes yeux,Te presser de ma main mourante. »Mais quand on sent qu’on va passer,Quand l’âme fuit avec la vie,A-t-on des yeux pour voir Délie,Et des mains pour la caresser ?Dans ce moment chacun oublieTout ce qu’il a fait en santé.Quel mortel s’est jamais flattéD’un rendez-vous à l’agonie ?Délie elle-même, à son tour,S’en va dans la nuit éternelle,En oubliant qu’elle fut belle,Et qu’elle a vécu pour l’amour.Nous naissons, nous vivons, bergère,Nous mourons sans savoir comment ;Chacun est parti du néant :Où va-t-il ?… Dieu le sait, ma chère.Voltaire
    2 min
  • Chanson de grand-père, Victor Hugo
    Chanson de grand-pèreDansez, les petites filles,Toutes en rond.En vous voyant si gentilles,Les bois riront.Dansez, les petites reines,Toutes en rond.Les amoureux sous les frênesS'embrasseront.Dansez, les petites folles,Toutes en rond.Les bouquins dans les écolesBougonneront.Dansez, les petites belles,Toutes en rond.Les oiseaux avec leurs ailesApplaudiront.Dansez, les petites fées,Toutes en rond.Dansez, de bleuets coiffées,L'aurore au front.Dansez, les petites femmes,Toutes en rond.Les messieurs diront aux damesCe qu'ils voudront.Victor Hugo.
    2 min
  • Chanson de la dernière fois, Anna Akhmatova et l'Amour, Anna Akhmatova
    Chanson de la dernière fois J’avais froid sans recours à la poitrine.Et pourtant je marchais légèrement.J’ai mis à la main droitele gant de la main gauche.J’ai pensé : il y a beaucoup de marches.Il y en a trois. Je le savais.Entre les érables une voix d’automneMe chuchotait : « Meurs avec moi ! »Il m’a trompée, il est lugubre,Il est changeant, méchant, mon destin.J’ai répondu : « Mon amour ! mon amour !Moi aussi ! Je vais mourir ! Avec toi ! »C’est la chanson de la dernière fois !J’ai jeté un coup d’œil dans la maison obscure.Rien, sinon, près du lit, dans la chambreLes bougies, leur lumière jaune, indifférente.Anna AkhmatovaL'Amour C’est parfois un serpent magicien,Lové près de ton cœur.C’est parfois un pigeon qui roucoule,Sur la fenêtre blanche.C’est parfois sous le givre qui brilleLa vision d’une fleur.Mais mène, en secret, à coup sur,Loin de la joie tranquille.Il sait pleurer si doucementDans la prière du violon,Il fait peur quand on le devineSur des lèvres que jamais on n’avait vues.Anna Akhmatova
    3 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.