Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
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Robert Werner lit les poètes episodes

  • Au cabaret des assassins, Montmartre, Victor Meusy et Bonjour, Paris !, Francis Carco
    Bonjour, Paris !C’est toujours la même chanson,O mon amour, que je fredonne :Tout ce que j’ai, je te le donne,Nos cœurs battent à l’unisson.Sur les quais, le long de la Seine,À Montmartre, près des moulins,Mes souvenirs entrent en scène :Bonjour, Paris des assassins !Bonjour, Paris des midinettes,Des filles, des mauvais garçons,Des clochards et des bals-musettes !Si je te dois d’être poète,C’est sur un air d’accordéon.Francis Carco
    4 min
  • Jamais, Alfred de Musset et Tristesse, Alfred de Musset
    JamaisJamais, avez-vous dit, tandis qu'autour de nousRésonnait de Schubert la plaintive musique ;Jamais, avez-vous dit, tandis que, malgré vous,Brillait de vos grands yeux l'azur mélancolique.Jamais, répétiez-vous, pâle et d'un air si douxQu'on eût cru voir sourire une médaille antique.Mais des trésors secrets l'instinct fier et pudiqueVous couvrit de rougeur, comme un voile jaloux.Quel mot vous prononcez, marquise, et quel dommage !Hélas ! je ne voyais ni ce charmant visage,Ni ce divin sourire, en vous parlant d'aimer.Vos yeux bleus sont moins doux que votre âme n'est belle.Même en les regardant, je ne regrettais qu'elle,Et de voir dans sa fleur un tel coeur se fermer.
    3 min
  • Le vin des chiffonniers, Charles Baudelaire
    Souvent à la clarté rouge d’un réverbèreDont le vent bat la flamme et tourmente le verre,Au cœur d’un vieux faubourg, labyrinthe fangeuxOù l’humanité grouille en ferments orageux,On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête,Butant, et se cognant aux murs comme un poète,Et, sans prendre souci des mouchards, ses sujets,Epanche tout son cœur en glorieux projets.Il prête des serments, dicte des lois sublimes,Terrasse les méchants, relève les victimes,Et sous le firmament comme un dais suspenduS’enivre des splendeurs de sa propre vertu.Oui, ces gens harcelés de chagrins de ménageMoulus par le travail et tourmentés par l’âgeEreintés et pliant sous un tas de débris,Vomissement confus de l’énorme Paris,Reviennent, parfumés d’une odeur de futailles,Suivis de compagnons, blanchis dans les batailles,Dont la moustache pend comme les vieux drapeaux.Les bannières, les fleurs et les arcs triomphauxSe dressent devant eux, solennelle magie !Et dans l’étourdissante et lumineuse orgieDes clairons, du soleil, des cris et du tambour,Ils apportent la gloire au peuple ivre d’amour !C’est ainsi qu’à travers l’Humanité frivoleLe vin roule de l’or, éblouissant Pactole;Par le gosier de l’homme il chante ses exploitsEt règne par ses dons ainsi que les vrais rois.Pour noyer la rancœur et bercer l’indolenceDe tous ces vieux maudits qui meurent en silence,Dieu, touché de remords, avait fait le sommeil;L’Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil !Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857
    4 min
  • À M. Haussmann, Charles Cros et Sérénade, Théophile Gautier
    À M. Haussmann, Charles Cros.La maison est démolie,Le petit nid est en l’airOù j’eus ton cœur et ta chair,Ma maîtresse si jolie !... Je vois toujours dans l’ouest clairCette comète abolie.Tombez pierre, ciment, fer !L’amour jamais ne s’oublie. Démolissez les maisons,Changez le cours des saisons,Plongez-moi dans l’opulence, Vous ne pourrez effacerLa trace de son baiser.Le vrai c’est ce que je pense.Charles Cros.Sérénade Sur le balcon où tu te penchesJe veux monter… efforts perdus !Il est trop haut, et tes mains blanchesN’atteignent pas mes bras tendus.Pour déjouer ta duègne avare,Jette un collier, un ruban d’or ;Ou des cordes de ta guitareTresse une échelle, ou bien encor…Ôte tes fleurs, défais ton peigne,Penche sur moi tes cheveux longs,Torrent de jais dont le flot baigneTa jambe ronde et tes talons.Aidé par cette échelle étrange,Légèrement je gravirai,Et jusqu’au ciel, sans être un ange,Dans les parfums je monterai !Théophile Gautier.
    3 min
  • La verdure dorée, Tristan Derème
    Quand on n’a plus ni sou, ni bûche, ni fagot,Quand on a le cœur froid comme un vieil escargot,Hélas ! et pas un brin de tabac pour trois pipes,On évoque un jardin torride où des tulipesFastueuses dans la fournaise des juilletsS’épanouissent ; et les yeux émerveillés,L’on rêve. Mais alors doucement tu murmures,Ma lampe, et songeant au verger des figues mûres,Aux corbeilles de fruits lourds sur le guéridon,Le cœur s’en va comme un navire à l’abandon.
    3 min
  • Dernier Madrigal, Germain Nouveau
    Quand je mourrai, ce soir peut-être,Je n’ai pas de jour préféré,Si je voulais, je suis le maître,Mais… ce serait mal me connaître,N’importe, enfin, quand je mourrai.Mes chers amis, qu’on me prometteDe laisser le bois… au lapin,Et, s’il vous plaît, qu’on ne me mettePas, comme une simple allumette,Dans une boîte de sapin ;Ni, comme un hareng, dans sa tonne ;Ne me couchez pas tout du long,Pour le coup de fusil qui tonne,Dans la bière qu’on capitonneSous sa couverture de plomb.Car, je ne veux rien, je vous jure ;Pas de cercueil ; quant au tombeau,J’y ferais mauvaise figure,Je suis peu fait pour la sculpture,Je le refuse, fût-il beau.Mon voeu jusque-là ne se hausse ;Ça me laisserait des remords,Je vous dis (ma voix n’est pas fausse) :Je ne veux pas même la fosse,Où sont les lions et les morts.Je ne suis ni puissant ni riche,Je ne suis rien que le toutou,Que le toutou de ma Niniche ;Je ne suis que le vieux canicheDe tous les gens de n’importe où.Je ne veux pas que l’on m’enferreNi qu’on m’enmarbre, non, je veuxTout simplement que l’on m’enterre,En faisant un trou… dans ma Mère,C’est le plus ardent de mes voeux.Moi, l’enterrement qui m’enlève,C’est un enterrement d’un sou,Je trouve ça chic ! Oui, mon rêve,C’est de pourrir, comme une fève ;Et, maintenant, je vais dire où.Eh ! pardieu ! c’est au cimetièrePrès d’un ruisseau (prononcez l’Ar),Du beau village de PourrièreDe qui j’implore une prière,Oui, c’est bien à Pourrières, Var.Croisez-moi les mains sous la tête,Qu’on laisse mon oeil gauche ouvert ;Alors ma paix sera complète,Vraiment je me fais une fêteD’être enfoui comme un pois vert.Creusez-moi mon trou dans la terre,Sous la bière, au fond du caveau,Où tout à côté de son père,Dort déjà ma petite mère,Madame Augustine Nouveau.Puis… comblez-moi de terre… fine,Sur moi, replacez le cercueil ;Que comme avant dorme Augustine !Nous dormirons bien, j’imagine,Fût-ce en ne dormant… que d’un oeil.Et… retournez-la sur le ventre,Car, il ne faut oublier rien,Pour qu’en son regard le mien entre,Nous serons deux tigres dans l’antreMais deux tigres qui s’aiment bien.Je serai donc avec les FemmesQui m’ont fait et qui m’ont reçu,Bonnes et respectables Dames,Dont l’une sans coeur et sans flammesPour le fruit qu’elles ont conçu.Ah ! comme je vais bien m’étendre,Avec ma mère sur mon nez.Comme je vais pouvoir lui rendreLes baisers qu’en mon âge tendreElle ne m’a jamais donnés.Paix au caveau ! Murez la porte !Je ressuscite, au dernier jour.Entre mes bras je prends la Morte,Je m’élève d’une aile forte,Nous montons au ciel dans l’Amour.Un point… important… qui m’importe,Pour vous ça doit vous être égal,Je ne veux pas que l’on m’emporteDans des habits d’aucune sorte,Fût-ce un habit de carnaval.Pas de suaire en toile bise…Tiens ! c’est presque un vers de Gautier ;Pas de linceul, pas de chemise ;Puisqu’il faut que je vous le dise,Nu, tout nu, mais nu tout entier.Comme sans fourreau la rapière,Comme sans gant du tout la main,Nu comme un ver sous ma paupière,Et qu’on ne grave sur leur pierre,Qu’un nom, un mot, un seul, GERMAIN.Fou de corps, fou d’esprit, fou d’âme,De coeur, si l’on veut de cerveau,J’ai fait mon testament, Madame ;Qu’il reste entre vos mains de femme,Dûment signé : GERMAIN NOUVEAU.Germain Nouveau, Dernier Madrigal.
    4 min
  • Montblainville, Charles Vildrac
    Maison, maison de Montblainville,Abri d’une nuit frissonnanteEntre les coups de feu du soir et ceux de l’aube !Tes habitants étaient partisMais la vie en toi persistaitComme la forme et la chaleurD’un corps au creux d’un lit.Contre ton âtre raniméJe suis resté blotti des heuresPendant que les autres dormaient.Je regardais, je regardaisChaque objet fidèle à sa place ;J’imaginais toute une vieOii je m’étais servi de lui ;Et j’étreignais de tout mon coeur,Humble maison de paysan,Ton vieux bonheur intact encore.J’avais toujours connuTes assiettes sur le mur,Ta lampe et son abat-jour,Ton seau de bois et ta huche ;Et j’écoutais sans m’en lasser le balancierDe la haute horloge sonoreQui m’assurait avec lenteurDe l’égalité de la nuit.Maison, maison de Montblainville,Le lendemain tu flambais touteEt l’herbe, aujourd’hui, à ta placeDoit recouvrir un éboulis de pierres.Je pense à ceux qui t’ont perdueCeux dont je fus le dernier hôteEt qu’un autre toit que leur toitAbrite aujourd’hui quelque part.Ils ne me connaîtront jamais ;Et pourtant nous sommes peut-être,Eux et moi, les seuls au mondeEn qui survive ô maison morteLa douce image de ton coeur.Charles Vildrac, Montblainville
    3 min
  • Dernier madrigal, Germain Nouveau
    Quand je mourrai, ce soir peut-être,Je n'ai pas de jour préféré,Si je voulais, je suis le maître,Mais... ce serait mal me connaître,N'importe, enfin, quand je mourrai. Mes chers amis, qu'on me prometteDe laisser le bois... au lapin,Et, s'il vous plaît, qu'on ne me mettePas, comme une simple allumette,Dans une boîte de sapin ; Ni, comme un hareng, dans sa tonne ;Ne me couchez pas tout du long,Pour le coup de fusil qui tonne,Dans la bière qu'on capitonneSous sa couverture de plomb. Car, je ne veux rien, je vous jure ;Pas de cercueil ; quant au tombeau,J'y ferais mauvaise figure,Je suis peu fait pour la sculpture,Je le refuse, fût-il beau. Mon vœu jusque-là ne se hausse ;Ça me laisserait des remords,Je vous dis (ma voix n'est pas fausse) :Je ne veux pas même la fosse,Où sont les lions et les morts. Je ne suis ni puissant ni riche,Je ne suis rien que le toutou,Que le toutou de ma Niniche ;Je ne suis que le vieux canicheDe tous les gens de n'importe où. Je ne veux pas que l'on m'enferreNi qu'on m'enmarbre, non, je veuxTout simplement que l'on m'enterre,En faisant un trou... dans ma Mère,C'est le plus ardent de mes vœux. Moi, l'enterrement qui m'enlève,C'est un enterrement d'un sou,Je trouve ça chic ! Oui, mon rêve,C'est de pourrir, comme une fève ;Et, maintenant, je vais dire où. Eh ! pardieu ! c'est au cimetièrePrès d'un ruisseau (prononcez l'Ar),Du beau village de PourrièreDe qui j'implore une prière,Oui, c'est bien à Pourrières, Var. Croisez-moi les mains sous la tête,Qu'on laisse mon œil gauche ouvert ;Alors ma paix sera complète,Vraiment je me fais une fêteD'être enfoui comme un pois vert. Creusez-moi mon trou dans la terre,Sous la bière, au fond du caveau,Où tout à côté de son père,Dort déjà ma petite mère,Madame Augustine Nouveau. Puis... comblez-moi de terre... fine,Sur moi, replacez le cercueil ;Que comme avant dorme Augustine !Nous dormirons bien, j'imagine,Fût-ce en ne dormant... que d'un œil. Et... retournez-la sur le ventre,Car, il ne faut oublier rien,Pour qu'en son regard le mien entre,Nous serons deux tigres dans l'antreMais deux tigres qui s'aiment bien. Je serai donc avec les FemmesQui m'ont fait et qui m'ont reçu,Bonnes et respectables Dames,Dont l'une sans cœur et sans flammesPour le fruit qu'elles ont conçu. Ah ! comme je vais bien m'étendre,Avec ma mère sur mon nez.Comme je vais pouvoir lui rendreLes baisers qu'en mon âge tendreElle ne m'a jamais donnés. Paix au caveau ! Murez la porte !Je ressuscite, au dernier jour.Entre mes bras je prends la Morte,Je m'élève d'une aile forte,Nous montons au ciel dans l'Amour. Un point... important... qui m'importe,Pour vous ça doit vous être égal,Je ne veux pas que l'on m'emporteDans des habits d'aucune sorte,Fût-ce un habit de carnaval. Pas de suaire en toile bise...Tiens ! c'est presque un vers de Gautier ;Pas de linceul, pas de chemise ;Puisqu'il faut que je vous le dise,Nu, tout nu, mais nu tout entier. Comme sans fourreau la rapière,Comme sans gant du tout la main,Nu comme un ver sous ma paupière,Et qu'on ne grave sur leur pierre,Qu'un nom, un mot, un seul, GERMAIN. Germain Nouveau, Dernier madrigal
    3 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.