Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
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Robert Werner lit les poètes episodes

  • Première soirée, Arthur Rimbaud
    Première soirée, Arthur Rimbaud Elle était fort déshabilléeEt de grands arbres indiscretsAux vitres jetaient leur feuilléeMalinement, tout près, tout près.Assise sur ma grande chaise,Mi-nue, elle joignait les mains.Sur le plancher frissonnaient d’aiseSes petits pieds si fins, si fins.Je regardai, couleur de cireUn petit rayon buissonnierPapillonner dans son sourireEt sur son sein, – mouche au rosier.Je baisai ses fines chevilles.Elle eut un doux rire brutalQui s’égrenait en claires trilles,Un joli rire de cristal.Les petits pieds sous la chemiseSe sauvèrent : « Veux-tu finir ! »La première audace permise,Le rire feignait de punir !Pauvrets palpitants sous ma lèvre,Je baisai doucement ses yeux :Elle jeta sa tête mièvreEn arrière : « Oh ! c’est encor mieux !Monsieur, j’ai deux mots à te dire… »Je lui jetai le reste au seinDans un baiser, qui la fit rireD’un bon rire qui voulait bien…Elle était fort déshabilléeEt de grands arbres indiscretsAux vitres jetaient leur feuilléeMalinement, tout près, tout près.
    3 min
  • L'amour ressemble, Marguerite de France - La belle Crépusculaire, Tristan L'Hermite
    L'amour ressemble L'amour ressemble un champ, le laboureur l'amant;L'un et l'autre présument, à la fin de l'année,Selon qu'elle sera mauvaise ou fortunée,Moissonner le chardon, la paille ou le froment. La paille est la douceur d'un vain contentement,Mais le vent la dérobe aussitôt qu'elle est née;Le chardon, la rigueur d'une Dame obstinée;Et la grâce est le grain qu'on recueille en l'aimant. L'amant ne peut gagner, pour service qu'il fasse,Un point d'honneur plus haut qu'être en la bonne grâceD'une Dame accomplie, objet de sa langueur. La grâce vient du coeur, et toute autre espéranceS'éloigne du devoir d'honnête récompense.Que désire-t-on plus en amour que le coeur? La belle Crépusculaire Sur la fin de son cours le Soleil sommeillaitEt déjà ses coursiers abordaient la marine,Quand Élise passa dans un char qui brillaitDe la seule splendeur de sa beauté divine.Mille appas éclatants qui font un nouveau jourEt qui sont couronnés d'une grâce immortelle,Les rayons de la gloire et les feux de l'amourÉblouissaient la vue et brûlaient avec elle.Je regardais coucher le bel astre des cieux,Lorsque ce grand éclat me vint frapper les yeux,Et de cet accident ma raison fut surprise.Mon désordre fut grand, je ne le cèle pas.Voyant baisser le jour et rencontrant Élise,Je crus que le Soleil revenait sur ses pas.
    3 min
  • A son altesse royale, Madame la princesse de Suède, Voltaire
    Souvent la plus belle princesse Languit dans l'âge du bonheur; L'étiquette de la grandeur, Quand rien n'occupe et n'intéresse. Laisse un vide afTreux dans le cœur. Souvent même un grand roi s'étonne. Entouré de sujets soumis, Que tout l'éclat de sa couronne Jamais en secret ne lui donne Ce bonheur qu'elle avait promis. On croirait que le jeu console ; Mais l'Ennui vient à pas comptés,A la table d'un cavagnole. S'asseoir entre des majestés
    3 min
  • Premier sourire de printemps, Théophile Gautier
    Tandis qu’à leurs œuvres perversesLes hommes courent haletants,Mars qui rit, malgré les averses,Prépare en secret le printemps.Pour les petites pâquerettes,Sournoisement lorsque tout dort,II repasse des collerettesEt cisèle des boutons-d’or.Dans le verger et dans la vigne,II s’en va, furtif perruquier,Avec une houppe de cygne,Poudrer à frimas l’amandier.La nature au lit se repose ;Lui, descend au jardin désertEt lace les boutons de roseDans leur corset de velours vert.Tout en composant des solfègesQu’aux merles il siffle à mi-voix,II sème aux prés les perce-neigeEt les violettes au bois.Sur le cresson de la fontaineOù le cerf boit, l’oreille au guet,De sa main cachée il égrèneLes grelots d’argent du muguet.Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,II met la fraise au teint vermeil,Et te tresse un chapeau de feuillesPour te garantir du soleil.Puis, lorsque sa besogne est faite,Et que son règne va finir,Au seuil d’avril tournant la tête,II dit : « Printemps, tu peux venir ! »Théophile Gautier (1811-1872)
    3 min
  • Dans la rue des Blancs-Manteaux, Jean-Paul Sartre - Vous N'écrivez Plus, Max Jacob
    Dans la rue des Blancs-ManteauxDans la rue des Blancs-ManteauxIls ont élevé des tréteauxEt mis du son dans un seauEt c’était un échafaudDans la rue des Blancs-ManteauxDans la rue des Blancs-ManteauxLe bourreau s’est levé tôtC’est qu’il avait du boulotFaut qu’il coupe des générauxDes évêques, des amiraux,Dans la rue des Blancs-ManteauxDans la rue des Blancs-ManteauxSont venues des dames comme il fautAvec de beaux affûtiauxMais la tête leur faisait défautElle avait roulé de son hautLa tête avec le chapeauDans le ruisseau des Blancs-Manteaux
    3 min
  • La voie lactée, René-François Sully Prudhomme
    Aux étoiles j'ai dit un soir :« Vous ne paraissez pas heureuses ;Vos lueurs, dans l'infini noir,Ont des tendresses douloureuses ;« Et je crois voir au firmamentUn deuil blanc mené par des viergesQui portent d'innombrables ciergesEt se suivent languissamment.« Êtes-vous toujours en prière ?Êtes-vous des astres blessés ?Car ce sont des pleurs de lumière,Non des rayons, que vous versez.« Vous, les étoiles, les aïeulesDes créatures et des dieux,Vous avez des pleurs dans les yeux... »Elles m'ont dit : « Nous sommes seules...« Chacune de nous est très loinDes sœurs dont tu la crois voisine ;Sa clarté caressante et fineDans sa patrie est sans témoin ;« Et l'intime ardeur de ses flammesExpire aux cieux indifférents. »Je leur ai dit : « Je vous comprends !Car vous ressemblez à des âmes :« Ainsi que vous, chacune luitLoin des sœurs qui semblent près d'elle,Et la solitaire immortelleBrûle en silence dans la nuit. »
    3 min
  • Première solitude, René-François Sully Prudhomme
    On voit dans les sombres écolesDes petits qui pleurent toujours ;Les autres font leurs cabrioles,Eux, ils restent au fond des cours.Leurs blouses sont très bien tirées,Leurs pantalons en bon état,Leurs chaussures toujours cirées ;Ils ont l'air sage et délicat.Les forts les appellent des filles,Et les malins des innocents :Ils sont doux, ils donnent leurs billes,Ils ne seront pas commerçants.Les plus poltrons leur font des niches,Et les gourmands sont leurs copains ;Leurs camarades les croient riches,Parce qu'ils se lavent les mains.Ils frissonnent sous l'œil du maître,Son ombre les rend malheureux.Ces enfants n'auraient pas dû naître,L'enfance est trop dure pour eux !Oh ! La leçon qui n'est pas sue,Le devoir qui n'est pas fini !Une réprimande reçue,Le déshonneur d'être puni !Tout leur est terreur et martyre :Le jour, c'est la cloche, et, le soir,Quand le maître enfin se retire,C'est le désert du grand dortoir ;La lueur des lampes y trembleSur les linceuls des lits de fer ;Le sifflet des dormeurs ressembleAu vent sur les tombes, l'hiver.Pendant que les autres sommeillent,Faits au coucher de la prison,Ils pensent au dimanche, ils veillentPour se rappeler la maison ;Ils songent qu'ils dormaient naguèresDouillettement ensevelisDans les berceaux, et que les mèresLes prenaient parfois dans leurs lits.Ô mères, coupables absentes,Qu'alors vous leur paraissez loin !À ces créatures naissantesIl manque un indicible soin ;On leur a donné les chemises,Les couvertures qu'il leur faut :D'autres que vous les leur ont mises,Elles ne leur tiennent pas chaud.Mais, tout ingrates que vous êtes,Ils ne peuvent vous oublier,Et cachent leurs petites têtes,En sanglotant, sous l'oreiller.
    4 min
  • De sa grande amie, Clément Marot
    Dedans Paris, ville jolie,Un jour, passant mélancolie,Je pris alliance nouvelleA la plus gaie demoiselleQui soit d'ici en Italie.D'honnêteté elle est saisieEt crois (selon ma fantaisie)Qu'il n'en est guère de plus belleDedans Paris.Je ne vous la nommerai mie,Sinon, que c'est ma grande Amie,Car l'alliance se fit telle,Par un doux baiser, que j'eus d'elleSans penser aucune infamie,Dedans Paris.
    3 min
  • Réponse à la pièce intitulée Le cœur du Chevalier de Boufflers, Voltaire
    Certaine dame honnête et savante, et profonde,Ayant lu le traité du cœur, Disait en se pâmant : « Que j'aime cet auteur ! Ah! je vois bien qu'il a le plus grand cœur du monde!« De mon heureux printemps j'ai vu passer la fleur: Le cœur pourtant me parle encore :Du nom de Petit-Cœur quand mon amant m'honore, Je sens qu'il me fait trop d'honneur. »Hélas! faibles humains, quels destins sont les nôtres! Qu'on a mal placé les grandeurs! Qu'on serait heureux si les cœurs Étaient faits les uns pour les autres!
    3 min
  • Impromptu, Voltaire
    Il faut penser, sans quoi l'homme devient, Malgré son âme, un vrai cheval de somme : Il faut aimer, c'est ce qui nous soutient ; Sans rien aimer, il est triste d'être homme.Il faut avoir douce sociétéDe gens savants, instruits sans suffisance,Et de plaisirs grande variété,Sans quoi les jours sont plus longs qu'on ne pense.Il faut avoir un ami qu'en tout temps. Pour son honheur, on écoute, on consulte. Qui puisse rendre à notre âme en tumulte Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.Il faut, le soir, un souper délectable. Où l'on soit libre, où l'on goûte à propos Les mets exquis, les bons vins, les bons mots ; Et sans être ivre il faut sortir de table.
    2 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.