Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
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Robert Werner lit les poètes episodes

  • La mort des oiseaux - Vous êtes dans le vrai, canotiers, calicots, François Coppée
    Le soir, au coin du feu, j’ai pensé bien des fois,A la mort d’un oiseau, quelque part, dans les bois,Pendant les tristes jours de l’hiver monotoneLes pauvres nids déserts, les nids qu’on abandonne,Se balancent au vent sur le ciel gris de fer.Oh ! comme les oiseaux doivent mourir l’hiver !Pourtant lorsque viendra le temps des violettes,Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes.Dans le gazon d’avril où nous irons courir.Est-ce que « les oiseaux se cachent pour mourir ? » François Coppée, La mort des oiseaux Vous êtes dans le vrai, canotiers, calicots !Pour voir des boutons d'or et des coquelicots,Vous partez, le dimanche, et remplissez les garesDe femmes, de chansons, de joie et de cigares,Et, pour être charmants et faire votre cour,Vous savez imiter les cris de basse-cour.Vous avez la gaîté peinte sur la figure.Pour vous, le soir qui vient, c'est la tonnelle obscureOù, bruyants et grivois, vous prenez le repas ;Et le soleil couchant ne vous attriste pas. François Coppée, Vous êtes dans le vrai, canotiers, calicots
    3 min
  • À Laure, Alfred de Musset
    Si tu ne m’aimais pas, dis-moi, fille insensée,Que balbutiais-tu dans ces fatales nuits ?Exerçais-tu ta langue à railler ta pensée ?Que voulaient donc ces pleurs, cette gorge oppressée,Ces sanglots et ces cris ?Ah ! si le plaisir seul t’arrachait ces tendresses,Si ce n’était que lui qu’en ce triste momentSur mes lèvres en feu tu couvrais de caressesComme un unique amant ;Si l’esprit et les sens, les baisers et les larmes,Se tiennent par la main de ta bouche à ton cœur,Et s’il te faut ainsi, pour y trouver des charmes,Sur l’autel du plaisir profaner le bonheur :Ah ! Laurette ! ah ! Laurette, idole de ma vie,Si le sombre démon de tes nuits d’insomnieSans ce masque de feu ne saurait faire un pas,Pourquoi l’évoquais-tu, si tu ne m’aimais pas ? Alfred de Musset, À Laure
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  • Notre Europe, André Pieyre de Mandiargues
    Rieuse Europe, Europe trop légère,Où vas-tu, si nue, sur cette mer troublée,Comme par le coup d’œil d’un dieu,Qui eut été jaloux de ton miroir ?Assise en amazone pour mieux te faire voir,En quel espace où tant que nul ne sait vas-tu ?Toi qui tiens à deux mains,Sans effort que l’on sente,Le guidon de moto des cornes du taureau,Où vas-tu, notre Europe ?Vas-tu mourir au bord où tu seras laissée ?Europe chérie des peintres et des poètes,Toi qui pendant plus de vingt-cinq siècles,Offrit à tes amants beauté si généreuse,Qu’à flots encore, elle déborde des musées,Autant que des bibliothèques,Comme gorge splendide hors du corset défait.De te défendre, il ne nous semble point que souvent soucis te soient venus,Ris donc Europe, tant qu’il t’est permis,Ou galamment souris le plus tard qu’il se puisse,Emporte nous avec toi sur les eaux,Nous qui, peut-être, ne sommes rien,Qu’un faible écho de tes fêtes passées. André Pieyre de Mandiargues, Notre Europe
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  • Si j'étais votre député, Aristide Bruant
    Si j'étais votre député,- Ohé ! ohé ! qu'on se le dise !J'ajouterais "Humanité ",Aux trois mots de notre devise...Au lieu de parler tous les joursPour la république ou l'empireEt de faire de longs discours,Pour ne rien dire,Je parlerais des petits fieux,Des filles-mères, des pauvres vieuxQui, l'hiver, gèlent par la ville...Ils auraient chaud, comme en été,Si j'étais nommé député,À Belleville.Je parlerais des tristes gueux,Des purotins batteurs de dèche,Des ventres-plats, des ventres-creux.Et je parlerais d'une crèchePour les pauvres filles sans lit,Que l'on repousse et qu'on envoieDans la rue !... avec leur petit !...Mères de joie!...Je parlerais de leurs mignons,De ces minables chérubinsDont les pauvres petits fignonsNe connaissent pas l'eau des bains.Chérubins dont l'âme et le sangSe pourrissent à l'air des bougesEt qu'on voit passer le teint blancEt les yeux rouges.Je parlerais des vieux perclusQui voudraient travailler encore,Mais dont l'atelier ne veut plus...Et qui traînent, jusqu'à l'aurore,Sur le dur pavé de Paris,- Leur refuge, leurs invalides, ?Errants... chassés... honteux... meurtris,Les boyaux vides.Je parlerais des petits lieux,Des filles-mères, des pauvres vieuxQui, l'hiver, gèlent par la ville...Ils auraient chaud, comme en été,Si j'étais nommé député,À Belleville. Aristide Bruant, Si j'étais votre député
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  • Cousinons la cousine, Marc Papillon de Lasphrise
    Cousinons la cousine, elle est cointe et jolie,Elle aime à cousiner, et ne refuse rienAu cousin cousinant, qui la cousine bien,Car il a bouche à cour, et la chambre garnie.En si beau cousinage un cousin ne s’ennuie,Ce n’est que sucre et miel, ce n’est qu’humble entretien,Il ne manque d’attraits, de faveurs, de moyen,Tant qu’il peut cousiner sa cousine s’amie.Cousinons donc, cousins, un chacun à son tour,Cousinant à rangette on cousine en amour,Que chaque cousineux en cousinant s’assemble !Mais non, nobles cousins, fuyons ce cœur paillard,Laissons le cousiner au cousin grand pendard,Car au cheval Séjan la cousine ressemble. Marc Papillon de Lasphrise, Cousinons la cousine
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  • Tant que mes yeux pourront larmes épandre, Louise Labé
    Tant que mes yeux pourront larmes épandreÀ l'heur passé avec toi regretter,Et qu'aux sanglots et soupirs résisterPourra ma voix, et un peu faire entendre ;Tant que ma main pourra les cordes tendreDu mignard luth, pour tes grâces chanter ;Tant que l'esprit voudra se contenterDe ne vouloir rien fors que toi comprendre ;Je ne souhaite encore point mourir.Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,Ma voix cassée, et ma main impuissante,Et mon esprit en ce mortel séjourNe pouvant plus montrer signe d'amante,Prierai la mort noircir mon plus clair jour. Louise Labé, Tant que mes yeux pourront larmes épandre
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  • Le départ, Henri de Régnier
    Je n'emporte avec moi sur la mer sans retourQu'une rose cueillie à notre long amour.J'ai tout quitté; mon pas laisse encore sur la grèveEmpreinte au sable insoucieux sa trace brèveEt la mer en montant aura vite effacéCe vestige incertain qu'y laissa mon passé.Partons! que l'âpre vent en mes voiles tenduesSouffle et m'entraîne loin de la terre perdueLà-bas. Qu'un autre pleure en fuite à l'horizonLa tuile rouge encore au toit de sa maison,Là-bas, diminuée et déjà si lointaine!Qu'il regrette le clos, le champ et la fontaine!Moi je ferme la porte et je ne pleure pas.Et puissent, si les dieux me mènent au trépas,Les flots m'ensevelir en la tombe que creuseAu voyageur la mer perfide et dangereuse!Car je mourrai debout comme tu m'auras vu,Sur la proue, au départ, heureux et gai pourvuQue la rose à jamais de mon amour vivantEmbaume la tempête et parfume le vent. Henri de Régnier, Le départ
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  • Le cœur volé, Arthur Rimbaud
    Mon pauvre cœur bave à la poupe,Mon cœur est plein de caporal ;Ils lui lancent des jets de soupe,Mon triste cœur bave à la poupe :Sous les quolibets de la troupeQui pousse un rire général,Mon triste cœur bave à la poupeMon cœur est plein de caporal !Ithyphalliques et pioupiesques,Leurs insultes l’ont dépravé.À la vesprée, ils font des fresquesIthyphalliques et pioupiesques,Ô flots abracadabrantesquesPrenez mon cœur, qu’il soit sauvé !Ithyphalliques et pioupiesquesLeurs insultes l’ont dépravé !Quand ils auront tari leurs chiques,Comment agir, ô cœur volé ?Ce seront des refrains bachiquesQuand ils auront tari leurs chiques :J’aurai des sursauts stomachiquesSi mon cœur triste est ravalé :Quand ils auront tari leurs chiques,Comment agir, ô cœur volé ? Arthur Rimbaud, Le cœur volé
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  • Apparition, Stéphane Mallarmé
    La lune s’attristait. Des séraphins en pleursRêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleursVaporeuses, tiraient de mourantes violesDe blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.C’était le jour béni de ton premier baiser.Ma songerie aimant à me martyriserS’énivrait savamment du parfum de tristesseQue même sans regret et sans déboire laisseLa cueillaison d’un rêve au cœur qui l’a cueilli.J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilliQuand avec du soleil aux cheveux, dans la rueEt dans le soir, tu m’es en riant apparueEt j’ai cru voir la fée au chapeau de clartéQui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâtéPassait, laissant toujours de ses mains mal ferméesNeiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées. Stéphane Mallarmé, Apparition
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  • Maussaderie, Charles Cros
    À notre époque froide, on ne fait plus l’amour.Loin des bois endormeurs et loin des femmes nuesLes pauvres vont, cherchant ces sommes inconnuesQue cachent les banquiers, inquiets nuit et jour.C’était bien bon l’odeur des pains sortant du four,C’était bien beau, dans l’ouest, l’éclat doré des nues,Quand les brumes d’automne étaient déjà venues,Alors qu’on ramenait les bœufs las du labour !Les aspirations n’étaient pas étouffées,Et dans la ville heureuse on voyait des trophées,On entendait sonner la victoire au tambour.On rêvait d’or, d’azur, de fêtes à la cour,Et du prince Charmant, filleul des belles fées.À notre époque froide, on ne fait plus l’amour ! Charles Cros, Maussaderie
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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.