Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
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Robert Werner lit les poètes episodes

  • Yver, vous n’estes qu’un villain, Charles d'Orléans
    Yver, vous n’estes qu’un villain !Esté est plaisant et gentil,En tesmoing de May et d’AvrilQui l’acompaignent soir et main.Esté revest champs, bois et fleurs,De sa livree de verdureEt de maintes autres couleurs,Par l’ordonnance de Nature.Mais vous, Yver, trop estes plainDe nege, vent, pluye et grezil ;On vous deust banir en essil.Sans point flater, je parle plain,Yver, vous n’estes qu’un villain ! Charles d'Orléans, Yver vous n'estes qu'un villain (version originale)
    2 min
  • Du mouron pour les p'tits oiseaux, Jean Richepin
    Grand’mère, fillette et garçonChantent tour à tour la chanson.Tous trois s’en vont levant la tête :La vieille à la jaune binette,Les enfants aux roses museaux.Que la voix soit rude ou jolie,L’air est plein de mélancolie :Du mouron pour les p’tits oiseaux !Le mouron vert est ramasséDans la haie et dans le fossé.Au bout de sa tige qui bougeLa fleur bonne est blanche et non rouge.Il sent la verdure et les eaux ;Il sent les champs et l’azur libreOù l’alouette vole et vibre.Du mouron pour les p’tits oiseaux !C’est ce matin avant le jourQue la vieille a fait son grand tour.Elle a marché deux ou trois lieuesHors du faubourg, dans les banlieues,Jusqu’à Clamart ou jusqu’à Sceaux.Elle est bien lasse sous sa hotte !Et l’on ne vend qu’un sou la botteDu mouron pour les p’tits oiseaux !Les petits trouvant le temps longTraînent en allant leur talon.La sœur fait la grimace au frèreQui, sans la voir, pour se distraire,Trempe ses pieds dans les ruisseaux,Tandis qu’au cinquième peut-êtreOn demande par la fenêtreDu mouron pour les p’tits oiseaux !Mais la grand’mère a vu cela.Un sou par-ci, deux sous par-là !C’est elle encor, la pauvre vieille,Qui le mieux des trois tend l’oreille,Et dont les jambes en fuseaux,Quand à monter quelqu’un l’invite,Savent apporter le plus viteDu mouron pour les p’tits oiseaux !Un sou par-là, deux sous par-ci !La bonne femme dit merci.C’est avec les gros sous de cuivreQue l’on achète de quoi vivre,Et qu’elle, la peau sur les os,Peut donner, à l’heure où l’on dîne,A son bambin, à sa bambine,Du mouron pour les p’tits oiseaux ! Jean Richepin, Du mouron pour les p'tits oiseaux
    3 min
  • Et la fête continue, Jacques Prévert
    Debout devant le zincSur le coup de dix heuresUn grand plombier zingueurHabillé en dimanche et pourtant c’est lundiChante pour lui tout seulChante que c’est jeudiQu’il n’ira pas en classeQue la guerre est finieEt le travail aussiQue la vie est si belleEt les filles si joliesEt titubant devant le zincMais guidé par son fil à plombIl s’arrête pile devant le patronTrois paysans passeront et vous paierontPuis disparaît dans le soleilSans régler les consommationsDisparait dans le soleil tout en continuant sa chanson Jacques Prévert, Et la fête continue
    2 min
  • La grand-mère voltairienne et son petit-fils qui ne l’était pas, Raymond Queneau
    Tudieu dit la grand-mèredu tout petit JéromeTudieu dit la grand-mèreTu n’iras pas à RomeBien bien dit cet enfantsi c’est pas chos’ permisebien bien dit cet enfantj’fais tout d’mêm’ mes valisesEt puis je prendrai l’trainou bien le chemin d’ferl’avion le zeppelinou bien l’hélicoptèreJ’veux aller voir le papeajout’ le petit garsje veux aller voir le papeet tu m’empêch’ras pasTudieu dit la grand-mèredu tout petit JéromeTudieu dit la grand-mèremais le voilà-z à Rome !Et je l’vois qu’est assisTudieu c’est pas croyab’au milieu du Concileil est pt’êt’ mêm’ papableIl a donc pris le trainou bien le chemin d’ferl’avion le zeppelinou bien l’hélicoptèreVoilà ce qui arriveavec tous ces transportsc’est plus qu’on devient conplus qu’on arrive au portRaymond Queneau, La grand-mère voltairienne et son petit-fils qui ne l’était pas
    2 min
  • La chambre, Paul Géraldy
    J’aime plus fort, aux fins des soirs trop doux, ma chambre tiède, intime, quotidienne, intérieure, où dans des clartés miennes, tout mon passé m’a donné rendez-vous. Je l’ai peuplée avec de vieilles lettres. Je m’y suis fait mes amours en lisant. Et le miroir où se rit ma fenêtre double pour moi le ciel insuffisant. Le grand fauteuil est tout plein des histoires d'un livre rouge et or que j'ai aimé.Et mon enfance est là, dans les armoires, Qui dort tout bas sous des jouets brisés.Parfois cependant, des fadeurs remontent des murs gris et lourds d'ennuis amassés.Je n'écoute plus ce qu'il me racontent,je n'ai plus d'amour pour mon temps passé. Et tandis qu'usé par des habitudeset n'évoquant plus ce qui dort en eux,les objets qui me font une solitude,je rêve à la chambre où nous serions deux.Paul Géraldy, « La Chambre », Les Petites Âmes
    3 min
  • Page d’écriture, Jacques Prévert
    Deux et deux quatreQuatre et quatre huitHuit et huit font seize…Répétez! dit le maîtreDeux et deux quatreQuatre et quatre huitHuit et huit font seize…Mais voilà l’oiseau-lyreQui passe dans le cielL’enfant le voitL’enfant l’entendL’enfant l’appelle :Sauve-moiJoue avec moiOiseau!Alors l’oiseau descendEt joue avec l’enfantDeux et deux quatre…Répétez! dit le maîtreEt l’enfant joueL’oiseau joue avec lui…Quatre et quatre huitHuit et huit font seizeEt seize et seize qu’est-ce qu’ils font ?Ils ne font rien seize et seizeEt surtout pas trente-deuxDe toute façonEt ils s’en vont.Et l’enfant a caché l’oiseauDans son pupitreEt tous les enfantsEntendent sa chansonEt tous les enfantsEntendent la musiqueEt huit et huit à leur tour s’en vontEt quatre et quatre et deux et deuxA leur tour fichent le campEt un et un ne font ni une ni deuxUn à un s’en vont également.Et l’oiseau-lyre joueEt l’enfant chanteEt le professeur crie :Quand vous aurez fini de faire le pitre!Mais tous les autres enfantsÉcoutent la musiqueEt les murs de la classeS’écroulent tranquillement.Et les vitres redeviennent sableL’encre redevient eauLes pupitres redeviennent arbresLa craie redevient falaiseLe porte-plume redevient oiseau.
    3 min
  • Rose Blanche, Aristide Bruant
    Elle avait sous sa toque d’martre,Sur la butte Montmartre,Un p’tit air innocent.On l’appelait rose, elle était belle,A’ sentait bon la fleur nouvelle,Rue Saint-Vincent.On n’ avait pas connu son p ère,A n’ avait p’us d’mère,Et depuis 1900,A’ d’meurait chez sa vieille aïeuleOù qu’a’ s’élevait comme ça, toute seule,Rue Saint-Vincent.A’ travaillait déjà pour vivreEt les soirs de givre,Sous l’froid noir et glaçant,Son p’tit fichu sur les épaules,A’ rentrait par la rue des Saules,Rue Saint-Vincent.A voyait dans les nuit d’gelée,La nappe étoilée,Et la lune en croissantQui brillait, blanche et fatidiqueSur la p’tite croix d’la basilique,Rue Saint-Vincent.L’été, par les chauds crépuscules,A rencontrait Jules,Qu’était si caressant,Qu’a’ restait la soirée entière,Avec lui près du vieux cim’tière,Rue Saint-Vincent.Mais le p’tit Jules était d’la tierceQui soutient la gerce,Aussi l’adolescent,Voyant qu’a n’marchait pas au pantre,D’un coup d’surin lui troua l’ventre,Rue Saint-Vincent.Quand ils l’ont couché sur la planche,Elle était toute blanche,Même qu’en l’ensevelissant,Les croqu’morts disaient qu’la pauv’ gosseEtait claqué’ l’soir de sa noce,Rue Saint-Vincent.Elle avait sous sa toque d’martre,Sur la butte Montmartre,Un p’tit air innocent.On l’appelait rose, elle était belle,A’ sentait bon la fleur nouvelle,Rue Saint-Vincent.
    3 min
  • Le temps perdu, René-François Sully Prudhomme
    Si peu d’oeuvres pour tant de fatigue et d’ennui !De stériles soucis notre journée est pleine :Leur meute sans pitié nous chasse à perdre haleine,Nous pousse, nous dévore, et l’heure utile a fui…« Demain ! J’irai demain voir ce pauvre chez lui,« Demain je reprendrai ce livre ouvert à peine,« Demain je te dirai, mon âme, où je te mène,« Demain je serai juste et fort… pas aujourd’hui. »Aujourd’hui, que de soins, de pas et de visites !Oh ! L’implacable essaim des devoirs parasitesQui pullulent autour de nos tasses de thé !Ainsi chôment le coeur, la pensée et le livre,Et, pendant qu’on se tue à différer de vivre,Le vrai devoir dans l’ombre attend la volonté.René-François Sully Prudhomme, Les vaines tendresses
    2 min
  • Les Effarés, Arthur Rimbaud
    Noirs dans la neige et dans la brume,Au grand soupirail qui s’allume,Leurs culs en rondA genoux, cinq petits, -misère!-Regardent le boulanger faireLe lourd pain blond…Ils voient le fort bras blanc qui tourneLa pâte grise, et qui l’enfourneDans un trou clair.Ils écoutent le bon pain cuire.Le boulanger au gras sourireChante un vieil air.Ils sont blottis, pas un ne bougeAu souffle du soupirail rougeChaud comme un sein.Et quand, pendant que minuit sonne,Façonné, pétillant et jaune,On sort le pain,Quand, sous les poutres enfuméesChantent les croûtes parfuméesEt les grillons,Quand ce trou chaud souffle la vie;Ils ont leur âme si ravieSous leurs haillons,Ils se ressentent si bien vivre,Les pauvres petits pleins de givre,-Qu’ils sont là, tous,Collant leurs petits museaux rosesAu grillage, chantant des choses,Entre les trous,Mais bien bas, -comme une prière…Repliés vers cette lumièreDu ciel rouvert,-Si fort, qu’ils crèvent leur culotte-Et que leur lange blanc tremblotteAu vent d’hiver…
    3 min
  • Le Doigt de Dieu, Georges Fourest
    Il avait violé sa sœur, coupé sa mèreen tous petits morceaux : jugeant la vie amèreet voulant se donner quelque distraction,il servit à son père une décoctionvénéneuse, du foie et des reins ennemie(car il avait un peu potassé la chimie).Cette mixture fit mourir le doux vieillard.Il était mal poli, journaliste, paillardtrichait au jeu, faisait des vers, fumait la pipedans la rue, et le soir se gavait de tripesà la mode de Caen parmi les croquemorts.Cependant, il n’éprouvait pas l’ombre d’un remordset vivait très tranquille et très digne et coulait debien beaux jours (comme fait M. Paul Déroulède).Mais Dieu possède un DOIGT et l’immoraliténe saurait échapper à la fatalité…Un matin, comme il avait fait la grande fêteUn pot de réséda lui tomba sur la tête,et le Seigneur l’admit au Paradis profondcar il était plus vif que méchant dans le fond.
    2 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.