Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
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Robert Werner lit les poètes episodes

  • Sagesse, Paul Géraldy
    Ne soyons pas trop exigeants :Le bonheur n’est pas accessibleA toutes les sortes de gens.Il faudrait être moins sensible,Ou bien avoir beaucoup d’argent...Ne demandons pas l’impossible.Nous devons nous trouver contentsD’être les êtres que nous sommes:Des amoureux intermittentsQui sont fous l’un de l’autre en sommeDe temps en temps.C’est déjà beaucoup d’être deux,Deux côte à côte sur la Terre,Qui peuvent souffrir entre euxEt vivre sans trop se taire.Et si l’on est plus exigeant,Si l’on se sent en y songeantL’âme encore trop célibataire,C’est qu’on a mauvais caractère...Ou qu’on est trop intelligent...
    2 min
  • Déjeuner du matin, Jacques Prévert
    Il a mis le café Dans la tasse Il a mis le lait Dans la tasse de café Il a mis le sucre Dans le café au lait Avec la petite cuillèreIl a tourné Il a bu le café au lait Et il a reposé la tasse Sans me parlerIl a allumé Une cigarette Il a fait des ronds Avec la fumée Il a mis les cendres Dans le cendrier Sans me parler Sans me regarderIl s’est levé Il a mis Son chapeau sur sa tête Il a mis son manteau de pluie Parce qu’il pleuvait Et il est parti Sous la pluie Sans une parole Sans me regarderEt moi j’ai pris Ma tête dans ma main Et j’ai pleuré
    2 min
  • Les yeux, René-François Sully Prudhomme
    Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;Ils dorment au fond des tombeauxEt le soleil se lève encore.Les nuits plus douces que les joursOnt enchanté des yeux sans nombre ;Les étoiles brillent toujoursEt les yeux se sont remplis d’ombre.Oh ! qu’ils aient perdu le regard,Non, non, cela n’est pas possible !Ils se sont tournés quelque partVers ce qu’on nomme l’invisible ;Et comme les astres penchants,Nous quittent, mais au ciel demeurent,Les prunelles ont leurs couchants,Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,Ouverts à quelque immense aurore,De l’autre côté des tombeauxLes yeux qu’on ferme voient encore.René-François Sully Prudhomme, La vie intérieure
    2 min
  • La maison des enfants, Louise de Vilmorin
    La maison des enfantsEst livrée au grand ventLeurs chambres sont désertes.Le grand vent du matinNe dénoue au jardinNul ruban de soie verte.Plus de mots hésitantsEt plus de complimentsAu midi de ma fêteEt plus de petits pas,Plus de secrets tout basNi de cris à tue-tête.Loin de moi grandissezEnfants de mon passéQui vivez en voyage,Puis venez à mon cœurFontaine de mes pleursY puiser votre image.Usez de mon amour.Votre jour est toujoursL’objet de mon envie.Revenez à mes bras,Ne vous éloignez pasDu sein de votre vie.Êtes-vous nés trop tôtRires de mes berceauxÀ l’âge du quadrille ?Êtes-vous nés trop tardEnfant de mes hasards,Enfants petites filles ?Le jardin est pareil,L’abeille et soleilY font leur course à l’aise,Mais sous les hauts sapinsPlus de jeux anciensPlus de chansons Françaises.Plus de baisers le soirNi de peur dans le noirOù vient rôder le diable,Plus de jouets cassés,Plus de genoux blessésNi de châteaux de sable.Enfants, c’est mon passéPassé que vous bercezAu jardin de Verrières,Car je riais aussiSous l’arbre que voiciEt que planta mon père.Les jours sont abîmés.Aurais-je trop aiméLe pas qui déconcerte ?Je suis seule à présentVoyageuses enfantsDevant la porte ouverte.
    3 min
  • Le grand métingue du métropolitain, Maurice Mac-Nab
    C'était hier, samedi, jour de paye,Et le soleil se levait sur nos frontsJ'avais déjà vidé plus d'un' bouteille,Si bien qu' j'm'avais jamais trouvé si rondV'là la bourgeois' qui rappliqu' devant l' zingue:"Feignant, qu'ell' dit, t'as donc lâché l' turbin?""Oui, que j' réponds, car je vais au métingue,Au grand métingu' du métropolitain !"Les citoyens, dans un élan sublime,Etaient venus guidés par la raisonA la porte, on donnait vingt-cinq centimesPour soutenir les grèves de VierzonBref à part quatr' municipaux qui chlinguentEt trois sergents déguisés en pékins,J'ai jamais vu de plus chouette métingue,Que le métingu' du métropolitain !Y avait Basly, le mineur indomptable,Camélinat, l'orgueille du paysIls sont grimpés tous deux sur une table,Pour mettre la question sur le tapisMais, tout à coup, on entend du bastringue;C'est un mouchard qui veut fair' le malin !Il est venu pour troubler le métingue,Le grand métingu' du métropolitain !Moi j' tomb' dessus, et pendant qu'il proteste,D'un grand coup d' poing, j'y renfonc' son chapeau.Il déguerpit sans demander son reste,En faisant signe aux quatr' municipauxA la faveur de c'que j'étais brind'zingueOn m'a conduit jusqu'au poste voisinEt c'est comm' ça qu'a fini le métingue,Le grand métingu' du métropolitain
    3 min
  • La verdure dorée, Tristan Derème
    Nous nous taisons. Le vent balanceLes deux saules sur l’abreuvoir ;Et je sais malgré ton silenceQue ce soir est le dernier soir.Adieu. Les feuilles tombent. LuneCoutumière. Décor banal.Tourterelles, crépuscule. UneÉtoile, comme un point final.Tu as la force de sourireEt dans mon cœur je reconnaisL’odeur des buis que l’on respireDans les jardins abandonnés.Six heures tombent de l’horlogeComme six noix dans un chaudronDéjà le soir triste grelotteSous un lourd nuage marron.Elle, naguère sous le sauleÀ cette heure elle souriait…Faudra-t-il que je me consoleDe son doux regard inquiet ?Roses chaudes de sa jeunesse,Hélas ! j’en ai mal à mourir.Comme un colibri dans la neigeMon cœur se glace au souvenir.Et ce soir morose d’automneDans le vieux jardin qu’elle aima,Il tombe d’un marronnier jauneDes feuilles sur mon panama.
    3 min
  • Montmartre, Francis Carco
    Montmartre a connu d’autre jeux,D’autres voix, d’autres rires jeunes.Mais cela n’importe : le jauneMatin brille dans les carreaux.Hélas ! l’Amour nous trompe et pleure,Nous l’accueillons et le fêtons.Le matin bleuit tristement,L’horloge ne marque pas l’heure.Ceux qui nous ont quittés sont là :L’un chante et l’autre est près du feu.Ils boivent et se rient entre euxDu jour et de son mauve éclat.Voici Mimi, Blanche et Germaine ;La plus sévère a les yeux faits.Le jour envahit tout à faitLes carreaux encrassés et blêmes.Et toi, buttée contre mon cœur,Pauvre petite abandonnée,Tu te plains à la dérobéeDe quel cruel et doux malheur ?Tais-toi : mes souvenirs blessésDorlotent tes mauvais sourires.Je t’adorais sans te le dire.Tu pleuras quand j’en eus assez.O Moreau, poète ! Hégésippe !Parle lui, tu sais consoler.Moi, dans le matin violet,(Jaune, bleu, mauve, violet)Je descends en fumant ma pipe
    3 min
  • Pater Noster, Jacques Prévert
    Notre Père qui êtes au Cieux, restez-yEt nous, nous resterons sur la Terre qui est quelquefois si jolieAvec ses mystères de New York et puis ses mystères de ParisQui valent bien celui de la Trinité avec son petit canal de l'OurcqSa grande muraille de Chine, sa rivière de Morlaix, ses bêtises de CambraiAvec son océan Pacifique et ses deux bassins aux TuileriesAvec ses bons enfants et ses mauvais sujetsAvec toutes les merveilles du monde qui sont là, simplement sur la TerreOffertes à tout le monde, éparpilléesÉmerveillées elles-mêmes d'être de telles merveilles et qui n'osent se l'avouerComme une jolie fille nue qui n'ose se montrerAvec les épouvantables malheurs du monde qui sont légionAvec leurs légionnaires, avec leurs tortionnaires, avec les maîtres de ce mondeLes maîtres avec leurs prêtres, leurs traîtres et leurs reîtresAvec les saisons, avec les annéesAvec les jolies filles et avec les vieux consAvec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons
    3 min
  • J'écris pour que le jour, Anna de Noailles
    J’écris pour que le jour où je ne serai plus
    On sache comme l’air et le plaisir m’ont plu,
    Et que mon livre porte à la foule future
    Comme j’aimais la vie et l’heureuse Nature.
    Attentive aux travaux des champs et des maisons,
    J’ai marqué chaque jour la forme des saisons,
    Parce que l’eau, la terre et la montante flamme
    En nul endroit ne sont si belles qu’en mon âme !
    J’ai dit ce que j’ai vu et ce que j’ai senti,
    D’un cœur pour qui le vrai ne fut point trop hardi,
    Et j’ai eu cette ardeur, par l’amour intimée,
    Pour être, après la mort, parfois encore aimée,
    Et qu’un jeune homme, alors, lisant ce que j’écris,
    Sentant par moi son cœur ému, troublé, surpris,
    Ayant tout oublié des épouses réelles,
    M’accueille dans son âme et me préfère à elles…
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  • Si je mourais là-bas, Guillaume Apollinaire
    Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
    Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
    Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
    Un obus éclatant sur le front de l’armée
    Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
    Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
    Couvrirait de mon sang le monde tout entier
    La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
    Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
    Comme font les fruits d’or autour de Baratier
    Souvenir oublié vivant dans toutes choses
    Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
    Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
    Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
    Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
    Le fatal giclement de mon sang sur le monde
    Donnerait au soleil plus de vive clarté
    Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
    Un amour inouï descendrait sur le monde
    L’amant serait plus fort dans ton corps écarté
    Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
    — Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
    De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —
    Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
    Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
    Ô mon unique amour et ma grande folie
    3 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.