Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

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Robert Werner lit les poètes episodes

  • L'exil, Victor Hugo
    Si je pouvais voir, ô patrie,
    Tes amandiers et tes lilas,
    Et fouler ton herbe fleurie,
    Hélas !
    Si je pouvais, - mais, ô mon père,
    Ô ma mère, je ne peux pas, -
    Prendre pour chevet votre pierre,
    Hélas !
    Dans le froid cercueil qui vous gêne,
    Si je pouvais vous parler bas,
    Mon frère Abel, mon frère Eugène,
    Hélas !
    Si je pouvais, ô ma colombe,
    Et toi, mère, qui t'envolas,
    M'agenouiller sur votre tombe,
    Hélas !
    Oh ! vers l'étoile solitaire,
    Comme je lèverais les bras !
    Comme je baiserais la terre,
    Hélas !
    Loin de vous, ô morts que je pleure,
    Des flots noirs j'écoute le glas ;
    Je voudrais fuir, mais je demeure,
    Hélas !
    Pourtant le sort, caché dans l'ombre,
    Se trompe si, comptant mes pas,
    Il croit que le vieux marcheur sombre
    Est las.
    2 min
  • À la musique, Arthur Rimbaud
    Sur la place taillée en mesquines pelouses,
    Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
    Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
    Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.
    – L’orchestre militaire, au milieu du jardin,
    Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
    Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
    Le notaire pend à ses breloques à chiffres.
    Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
    Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames
    Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
    Celles dont les volants ont des airs de réclames ;
    Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
    Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
    Fort sérieusement discutent les traités,
    Puis prisent en argent, et reprennent : » En somme !… »
    Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
    Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
    Savoure son onnaing d’où le tabac par brins
    Déborde – vous savez, c’est de la contrebande ; –
    Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
    Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
    Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
    Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…
    – Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
    Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
    Elles le savent bien ; et tournent en riant,
    Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.
    Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
    La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
    Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
    Le dos divin après la courbe des épaules.
    J’ai bientôt déniché la bottine, le bas…
    – Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
    Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
    – Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…
    Arthur Rimbaud, Poésies, 1870-1871
    4 min
  • Moi, mes souliers, Félix Leclerc
    Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé
    Ils m’ont porté de l’école à la guerre
    J’ai traversé sur mes souliers ferrés
    Le monde et sa misère
    Moi, mes souliers ont passé dans les prés
    Moi, mes souliers ont piétiné la lune
    Puis mes souliers ont couché chez les fées
    Et fait danser plus d’une
    Sur mes souliers y a de l’eau des rochers
    D’la boue des champs et des pleurs de femmes
    J’peux dire qu’ils ont respecté le curé
    L’pays, l’bon Dieu et l’âme
    S’ils ont marché pour trouver l’débouché
    S’ils ont traîné de village en village
    Suis pas rendu plus loin qu’à mon lever
    Mais devenu plus sage
    Tous les souliers qui bougent dans les cités
    Souliers de gueux et souliers de reine
    Un jour cesseront d’user les planchers
    Peut-être cette semaine
    Moi, mes souliers n’ont pas foulé Athènes
    Moi, mes souliers ont préféré les plaines;
    Quand mes souliers iront dans les musées
    Ce s’ra pour s’y,s’y accrocher
    Au paradis, paraît-il, mes amis
    C’est pas la place pour les souliers vernis
    Dépêchez-vous de salir vos souliers
    Si vous voulez être pardonnés...
    3 min
  • Vieille chanson du jeune temps, Victor Hugo
    Je ne songeais pas à Rose ;
    Rose au bois vint avec moi ;
    Nous parlions de quelque chose,
    Mais je ne sais plus de quoi.
    J'étais froid comme les marbres ;
    Je marchais à pas distraits ;
    Je parlais des fleurs, des arbres
    Son oeil semblait dire : " Après ? "
    La rosée offrait ses perles,
    Le taillis ses parasols ;
    J'allais ; j'écoutais les merles,
    Et Rose les rossignols.
    Moi, seize ans, et l'air morose ;
    Elle, vingt ; ses yeux brillaient.
    Les rossignols chantaient Rose
    Et les merles me sifflaient.
    Rose, droite sur ses hanches,
    Leva son beau bras tremblant
    Pour prendre une mûre aux branches
    Je ne vis pas son bras blanc.
    Une eau courait, fraîche et creuse,
    Sur les mousses de velours ;
    Et la nature amoureuse
    Dormait dans les grands bois sourds.
    Rose défit sa chaussure,
    Et mit, d'un air ingénu,
    Son petit pied dans l'eau pure
    Je ne vis pas son pied nu.
    Je ne savais que lui dire ;
    Je la suivais dans le bois,
    La voyant parfois sourire
    Et soupirer quelquefois.
    Je ne vis qu'elle était belle
    Qu'en sortant des grands bois sourds.
    " Soit ; n'y pensons plus ! " dit-elle.
    Depuis, j'y pense toujours.
    3 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.