Emmanuel Macron est à Bruxelles ce jeudi pour un sommet de deux jours. Le président va plaider auprès de ses homologues européens pour une politique commerciale différente. La France prend en quelque sorte la tête des pays du sud, ceux qui veulent une politique commerciale plus protectrice, protectionniste disent même certains. Emmanuel Macron estime que la Commission européenne va trop vite dans la négociation de certains accords de libre-échange. Dans sa ligne de mire : le CETA, l'accord avec le Canada appliqué provisoirement depuis septembre, mais aussi les négociations en cours avec le Mercosur et le Mexique, et celles à venir avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Des pays susceptibles de concurrencer l'agriculture française.
Emmanuel Macron est poussé par son propre camp
Le président a beau dire qu'il entend la colère populaire autour du CETA toutes ces voix qui s'élèvent dans la société civile depuis plusieurs mois pour dénoncer un accord qui favorise les intérêts des multinationales au détriment de la santé des citoyens et de la planète, c'est surtout l'opposition à ce traité au sein même de son parti qui l'incite à réagir.
Une rébellion assez rare pour être signalée. Hier, 18 députés de La République en marche ont écrit au Premier ministre Edouard Philippe pour lui demander de revenir sur certaines dispositions contenues dans le CETA. Ils lui demandent notamment de mieux encadrer l'importation de viande, et de compléter l'accord avec un volet sur la lutte contre le changement climatique. Ces députés exigent aussi plus de transparence dans la mise en œuvre du CETA et dans les négociations à l'avenir.
Dans cette lettre, les députés reconnaissent toutefois l’intérêt du CETA pour les exportations européennes, et surtout françaises. Ils estiment qu'il permettra notamment au secteur industriel de réaliser des « gains économiques réels » mais le CETA doit être complété, insistent-ils... Si ce n'est pas le cas, au moins l'un des signataires, Mathieu Orphelin, député du Maine-et-Loire, se dit prêt à voter contre. Or si le Parlement français - ou un autre au sein de l'Union européenne d'ailleurs - si l'un des Parlements nationaux de l'UE dit non au CETA, alors l'accord avec le Canada sera remis en cause. Le gouvernement français doit dévoiler un plan pour répondre aux inquiétudes des élus. Ce sera mercredi prochain.
Inquiétudes partagées par un comité d'experts
Ils ont été nommés en juillet dernier par le gouvernement pour évaluer les impacts du CETA sur la santé et l'environnement. Dans son rapport publié en septembre, ce comité a regretté un « manque d'ambition » du texte sur le plan environnemental et a fait toute une série de recommandations qu'Emmanuel Macron devrait prendre en compte.
L'opposition de la Suède
Au niveau européen, en revanche, Emmanuel Macron risque de rencontrer sur sa route Cecilia Malmström, la commissaire au Commerce. La très libérale Suédoise compte profiter d'une jurisprudence récente de la justice européenne qui pourrait permettre à Bruxelles de conclure seule ses futurs traités commerciaux. Oubliée, donc, la nécessaire ratification des parlements nationaux. Cecilia Malmström entend aussi occuper le terrain laissé libre par Donald Trump, farouchement opposé au libre-échange.
Bref, la commissaire européenne au Commerce veut signer des accords à tour de bras. Une ligne que défend aussi le Premier ministre suédois. Il l'a redit ce matin. Emmanuel Macron demande, lui, de ralentir. Une pause le temps de débattre de la stratégie commerciale de l'Union européenne, voilà ce que réclame le Français. Le président de la Commission Jean-Claude Juncker va devoir jouer les arbitres.