Dans un entretien accordé à France 24, le ministre libanais de la Justice, Adel Nassar, appelle au désarmement du Hezbollah, sans lequel "le Liban en tant qu'État ne pourrait pas exister", jugeant "absurde" l'idée de conditionner ce désarmement au retrait israélien. Le ministre affirme également que l'enquête sur l'explosion du port de Beyrouth "détermine aussi l'existence de l'État libanais", et soutient un accord permettant à une partie des Syriens détenus au Liban d'être transférés en Syrie.
Invité par France 24 à s'exprimer sur la situation au Liban, le ministre libanais de la Justice Adel Nassar estime qu'un "État libanais serait beaucoup plus fort pour exiger un retrait des troupes israéliennes lorsque l'État a tous ses attributs".
Israël frappe régulièrement le territoire libanais, où l'armée israélienne occupe cinq positions, en violation de l'accord de cessez-le-feu conclu avec le Hezbollah fin novembre.
Le ministre libanais de la Justice considère toutefois que lier le désarmement du Hezbollah au retrait d'Israël "n'est pas constructif" : "On ne met pas des conditions à la constitution de l'État, qu'un [pays] ennemi", devrait remplir. "C'est absurde", explique-t-il.
Pour le ministre, l'existence d'un État libanais est également déterminée par l'enquête "primordiale" portant sur l'explosion qui a soufflé le port de Beyrouth et une partie de la ville, le 4 août 2020. Près de cinq ans plus tard, les responsables n'ont pas été identifiés et les victimes n'ont pas obtenu justice.
Détenus syriens : vers un accord avec Damas ?
Le Hezbollah et son allié, le mouvement Amal, ont plusieurs fois réclamé la destitution du juge Tarek Bitar, contribuant ainsi au blocage de l’enquête. Mais aujourd'hui, "nous laissons faire le juge d'instruction, et nous nous garantissons qu'il n'y ait pas d'interférence politique dans son travail, quel que soit le coupable", assure Adel Nassar.
Un État qui ne serait pas capable de clôturer une enquête dans un événement aussi dramatique "serait un État lacunaire", renchérit le ministre.
À l'échelle régionale, le Pays du Cèdre entend écrire une nouvelle page de sa relation avec son voisin syrien. Environ 1 700 Syriens sont détenus dans les prisons libanaises. Nombre d'entre eux ont été accusés d'appartenance à des groupes armés opposés à l'ancien régime syrien, qui s'est effondré en décembre 2024.
Ceux emprisonnés pour terrorisme ou crimes commis contre des Libanais ne seront pas renvoyés dans leur pays, prévient Adel Nassar. Mais le ministre demeure favorable à un accord qui permettrait le transfert des autres vers la Syrie : "J'appelle d'ailleurs de mes vœux une visite du ministre [syrien] de la Justice à Beyrouth, afin que nous puissions discuter d'un cadre juridique à cette fin."
Texte par Sophian Aubin