Je n'aime pas le football. J'ai suivi cette Coupe du monde par amour pour les miens, pour rester dans la pièce pendant qu'ils criaient, et c'est là qu'un homme de deux mètres est entré dans ma vie sans frapper : un géant norvégien au visage étrange, qu'on ne sait ranger nulle part, et qui, chaque fois qu'il marque, au milieu du vacarme, s'assoit dans l'herbe et ferme les yeux. Il se couche à vingt-deux heures. Il dit tout haut que le stress n'est bon pour personne.
Son père a reçu, il y a vingt-cinq ans, l'un des tacles les plus violents de l'histoire du sport - une vengeance mûrie pendant quatre ans - et le fils, lui, ne rend pas le coup : il marque, et il s'assied. Pendant que j'écrivais cet épisode depuis la grotte où je termine mon livre, Fontainebleau brûlait, cette forêt-là précisément, la première au monde qu'on ait protégée, arrachée aux scieries par des peintres qui n'avaient pour arme que leur façon de regarder les arbres.
Il y a quelque chose à comprendre dans cette coïncidence. Quelque chose sur la douceur qui n'est pas une faiblesse, sur le repos qui fabrique la puissance, sur le geste juste qu'on ne peut poser que si l'on a cessé de tirer dans tous les sens. Vous n'aurez pas à choisir entre votre force et votre tendresse. Restez le refuge, car le monde en manque cruellement.
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