Après des heures de labeur, Amandine donna naissance le 10 mai 1980 au petit matin à Paul, dans le nord-ouest parisien. Comme pour confirmer la réalité de l’existence de son fils, Jacques s’était précipité, sitôt passé le score d'Apgar, à la mairie d’arrondissement pour déclarer la naissance de cet enfant tant souhaité.
Jacques fut profondément ému de voir l’officier d’Etat civil manipuler un livret de famille, qui n’était autre que le livret de sa famille.
En sortant des locaux de la mairie, Jacques s’assit sur un banc pour feuilleter les pages décrivant par le menu les composantes de cette famille qui serait donc la sienne.
Passées les pages relatives aux « époux ou père » et « épouse ou mère » - père d’abord mère ensuite - arrivent les pages relatives aux enfants nés ou à venir : un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, pour la suite on verra - on n’y est pas de toute façon.
En l’occurrence, la page consacrée au 1er enfant indique : « le 10 mai 1980 à 6 heures 32 est né Paul, Marie, André, Aïoli. »
Il ne le sait bien sûr pas encore, mais en venant au monde avec ce patronyme, Paul initie un périple semé de calembours médiocres.